Le Festival International du Film de Busan, BIFF

L'affiche officielle

Le festival international du Film de Busan (부산) est un événement annuel qui a été créé en 1996. Premier festival de Corée il est devenu au fil des ans le plus important festival cinématographique d’Asie. Engagé en faveur du nouveau cinéma et du cinéma d’auteur, il a d’ailleurs permis la découverte de nombreux talents. De nos jours le Festival de Busan est un rendez-vous incontournable presque aussi important que celui de Cannes car il demeure l’un des plus gros des marchés du film.

L’origine du festival de Busan remonte bien avant sa création. Kim Dong-ho le créateur de cet événement, voulait au commencement montrer que la culture cinématographique asiatique était importante et qu’il fallait la répandre à travers le monde. Voulant se démarquer des autres grands rendez vous audiovisuelles, Kim Dong-ho a mis en place un système de soutien aux jeunes cinéastes et jeunes producteurs. Depuis sa création, il a ainsi révélé des cinéastes tels que Jia Zhangke, Hong Sang-soo, Kim Ki-duk, Im Sang-soo, Hur Jin-ho et Fruit Chan.

Cette 16ème édition était marquée sous le sceau de la nouveauté. En effet le festival plus communément appelé PIFF (Pusan International Film Festival) s’est transformé en BIFF (Busan International Film Festival) afin de se moderniser par rapport à l’aire occidentale. De plus le fondateur Kim Dong-ho a décidé de se retirer et de laisser sa place au nouveau président M. Lee Yong-Kwan.

Parmi toutes les sections proposées, les deux plus importantes sont le « new current » réservé aux films asiatiques et dont la palme est très prisée, et le « world cinema ». Le principal objectif du festival étant de faire connaitre les nouvelles tendances audiovisuelles mondiales, pas moins de 307 films de 70 pays ont ainsi donc été présenté. La France faisait d’ailleurs partie de l’une des participations étrangère les mieux représentées avec 31 films et 32 invités. On retrouve parmi ces invités des grands noms du cinéma français tels qu’Isabelle Huppert, qui après trois séjours en Corée, et un rôle dans un film de Hong Sang Soo, semble devenir « la plus coréenne des actrices françaises ». On rencontre aussi Luc Besson venu présenter son dernier film, hommage à la résistante birmane Aung San Kyi. Ces invités montrent l’importance qu’a le festival de Busan sur le marché du film.

Cette année était une année importante pour le cinéma français à Busan. En effet, le festival s’est porté pour les films les plus importants, sur des choix français. Le premier était un hommage à Georges Méliès (grand réalisateur et inventeur des trucages et effets spéciaux dont on célébrait en 2011 le 150 ème anniversaire de sa naissance) avec un de ses films de 1904 intitulé « Le voyage à travers l’impossible ». Enfin, en avant première asiatique, le film de l’année « The Artist » de Michel Hazanavicius avec Jean Dujardin et Bérénice Béjo dont tout le monde connait le succès qui lui a précédé.


Le festival de Busan est donc un lieu de rendez vous important dans le milieu cinématographique. Malgré quelques clins d’œil à certains festivals tels que celui de Cannes avec le tapis rouge, le BIFF s’est démarqué de façon original et a su se maintenir au meilleur niveau.

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Le festival n’a pas seulement augmenté culturellement la ville de Busan, elle l’a aussi développé économiquement. En effet depuis l’apparition du BIFF, la ville est la quatrième, meilleure ville d’Asie derrière Singapour, Séoul et Tokyo.

La ville de Busan est à l’ origine une ville industrielle qui devait lancer l’industrie coréenne dans le monde. Elle est par la suite, grâce à son succès, devenue une ville polyfonctionnelle. Les différents flux en sont les principales raisons. En effet les flux avec le reste du monde sont le principal attrait économique de Busan. Disposant d’un TGV qui la relie à Séoul, Busan est connectée avec la Corée toute entière. La ville possède également un aéroport, (Gimhae) mais aussi un port, qui fait maintenant partie des plus importants au monde !

Le port de Busan s’est développé au même rythme que l’industrie de la ville et du développement de la Corée. C’est d’ailleurs le cinquième plus grand port du monde sur l’axe maritime le plus dynamique au monde. Ce développement est dû aux nombreuses grandes compagnies coréennes ou étrangères qui se sont implantés dans le secteur tel que Renault-Samsung Motors ou Busan Air, du fait de la création d’une zone économique spéciale, que l’on retrouve en Corée mais aussi dans d’autres pays en plein essor économique, comme à Shenzhen, en Chine. Au fil des ans, cette partie de la Corée est devenue un passage régulier des autres puissances mondiales. Ce port fait maintenant partie intégrante du monde économique, sa notoriété est essentiellement dû à son développement industriel rapide mais, en partie aussi grâce au BIFF en raison du fait que le festival se trouve non loin du port et y est représenté durant toute la durée de l’événement.

La plage de Haeundae

Le gouvernement coréen a voulu au début des années 2000 donner un nouvel intérêt à la ville de Busan.

Le BIFF a ainsi créé quelque chose qui n’existait nulle part ailleurs en Corée : le tourisme de masse. Busan est connue dans la péninsule pour sa fameuse plage Haeundae (해운대), qui a notamment inspiré un film. Cette plage est vraiment le symbole du changement touristique de Busan. Elle a réussi à changer l’état d’esprit des Coréens, qui pour leur développements économique ne pensait qu’au travail et ne prenait que très peu de vacances. Il faut savoir, que le développement économique de la Corée du Sud s’est fait en moins de 50 ans, et que cela n’est pas du au hasard, mais à la force de travail de la plupart des Coréens.

Cette ville est d’ailleurs appelée plus communément dans le pays du matin calme, comme la capitale de l’été. La plupart des coréens vont d’ailleurs passer leurs vacances là-bas. Anecdote intéressante, vu du ciel la plage et la mer de Haeundae, durant la saison chaude, sont quasiment indifférenciables à cause de la foule présente. Pour faire face a cette masse, de nombreux aménagement ont été faits. La création d’un parc de 70.000 m2 a été l’un des premiers. On y retrouve à l’intérieur, la fameuse tour de Busan, ainsi que le Yongdusan Art Gallery et, l’aquarium de la ville. Ce parc est d’ailleurs la première destination touristique. Les Coréens, connus mondialement grâce aux technologiex développées par des grands groupes comme Samsung electronics, ont réussi à instaurer dans la ville de Busan, plaisir et technologie. En effet des centres cinématographiques bordent les routes de la ville et, permettent une autre source de détente que la plage.

La littoralisation des activités

La littoralisation des activités à forte valeurs ajouté ont par ailleurs aussi aidé à ce développement économique et touristique. L’activité automobile avec le groupe français Renault-Samsung ainsi que les groupes coréens KIA et Hyundai (qui font d’ailleurs grande impression dans le monde ainsi qu’en France) est très présente dans l’agglomération de Busan dont les activités les moins « nobles », donc industrielles sont délocalisées en périphérie mais toujours sur le littoral. On retrouve aussi l’activité alimentaire avec le poisson qui est l’un des marchés les plus profitables à Busan grâce au marché de Jagalchi, dont les poissons sont envoyé dans la plupart des grandes agglomérations sud-coréennes. Ce marché est d’ailleurs dont le bâtiment a été récemment rénové est une attraction touristique importante de la ville. Le marché du cinéma coréen suit ce mouvement en s’inscrivant dans la littoralisation. Placé au plus proche du port de Busan, le BIFF a donc ainsi une importante place dans la vie des Coréens de Busan. Son point stratégique lui donne une possibilité d’exportation incroyable sur le reste du monde. Aujourd’hui, le marché de l’immobilier attire de plus en plus les Japonais : sécurité, cadre de vie et proximité du Japon.

L’art cinématographique coréen a su trouver sa voie telle que l’on peut le constater avec les deux films de la péninsule au festival de Cannes, dont un du fameux Hong Sang-soo avec « In another country » ou tout a commencé pour lui au festival international du film de Busan… Isabelle Huppert y tient d’ailleurs un rôle important. Le BIFF a su inspirer d’autres festivals dans d’autres régions comme celui de Chonju. Le cinéma coréen est partie intégrante de la vague de produits culturels coréens, connue sous le nom de Hanryu, associé à la K-pop, et aux dramas. Ce développement culturel semble indiquer une volonté de la part des Coréens de donner une identité autre à cette région du Sud de la Corée. Les festivals sont d’ailleurs nombreux aujourd’hui dans toutes les régions de la Corée.


Le festival du film de Busan fait de cette agglomération un haut-lieu de la mondialisation culturelle. La volonté des Coréens à participer aux grands événements de ce monde est une constante. L’exposition internationale à Yeosu cette année, les Jeux Olympiques d’hiver en 2018 ou bien tout simplement le BIFF le démontrent. Ces événements de portée mondiale font de la Corée, plus qu’un nouveau pays industrialisé.

Thibault Pelletier

Sources :

1 comment for “Le Festival International du Film de Busan, BIFF

  1. Patique
    24 novembre 2019 at 21:38

    Magnifique !

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