Guy Delisle de passage à Hong Kong

 De passage à Hong Kong comme invité d’honneur de la librairie Parenthèses pour le 25e anniversaire de celle-ci, Guy Delisle est passé au lycée pour évoquer son métier.

 Guy Delisle est l’auteur de bandes dessinées à l’origine des « romans graphiques » Shenzen, Pyongyang, Chroniques birmanes et, plus récemment les Chroniques de Jérusalem, primé Meilleur Album au festival d’Angoulême l’année dernière. Comme beaucoup, il a grandi avec Gaston, Tintin, Lucky Luke, Astérix et Obélix et les Schtroumfs. Plus tard, ce n’est pas dans la BD mais dans le domaine du dessin animé qu’il est formé, au Sheridan College, qu’il nous décrit comme « l’équivalent des Gobelins », à Toronto.

 Après ses études, Guy Delisle a commencé comme illustrateur dans Le Lapin, une revue dans laquelle il dessine des BD pour adultes. Il vivait à la base du dessin animé. On peut d’ailleurs apercevoir, selon ses influences, un changement de style, dû à son appartenance au milieu de l’animation… Les animateurs doivent être conformes au style du dessin animé traité. Cette versatilité est visible à travers les illustrations aux styles très variés de l’auteur.

Guy Delisle à l’œuvre

Son entourage se rend rapidement compte de son potentiel en tant qu’auteur de BD… Après avoir affiché un gag représentant une scène typique de la vie quotidienne française, le café, il répertorie les réactions de ses proches sous forme de dessin. D’origine québécoise, il s’identifie cependant à ce genre de coutumes françaises de par le fait qu’il ait habité la moitié de sa vie à Montpellier. La pertinence de son trait autant que de son scénario le pousse à continuer…

Tout change lorsqu’en 1997, Guy Delisle est envoyé à Shenzhen pour diriger une équipe travaillant pour le compte d’un dessin animé français. Il nous explique que plus de 90% des dessins animés sont sous-traités, notamment en Chine ou au Vietnam.

Après avoir vu les carnets de voyage d’un de ses amis, il s’en inspire et fait de même pour combler sa « mauvaise mémoire », dit-il. Il commence donc à Shenzhen, en notant toutes ses péripéties dans de petits carnets de notes. Ses notes ont, à la base, pour but unique celui de se souvenir. Cependant, en rentrant, il les relie et trouve cocasses les situations décrites. Il décide alors d’en faire des histoires courtes, d’une longueur de 16 pages (ce qui explique la présence d’un croquis plus détaillé toutes les 16 pages, Shenzhen étant une compilation de toutes ces histoires courtes). Publiées de manière régulière dans un journal, ces petites histoires se voient compilées en un album complet. Le premier tirage de Shenzhen est de 2 000 copies, ce qui à l’époque et beaucoup pour un auteur de bandes dessinées qui démarre ; le succès est presque immédiat et les re-tirages ont depuis été très nombreux ! Guy Delisle dit de son séjour en Chine qu’il s’agit de « Lost in Translation avant le film », l’album est en effet marqué par la barrière de la langue et les nombreux malentendus qui en découlent.

Après Shenzhen, Guy Delisle va au Vietnam, là encore pour superviser l’élaboration d’un dessin animé. Néanmoins, la banalité des situations et le manque d’anecdotes intéressantes ne lui ont pas permis de faire un album. Il se passera la même chose lorsqu’il suivra sa femme, engagée auprès de l’association Médecins Sans Frontières, en Ethiopie.

Pour Pyongyang, Guy Delisle a rapidement su qu’un album s’imposait. En effet, à peine arrivé, il a été confronté à une situation atypique. Il a été convié à rendre hommage au « grand Kim Jong-Il » sous la statue duquel il a dû déposer des fleurs. Au final, son ouvrage sur Pyongyang a extrêmement bien marché car à l’époque la Corée du Nord est un pays inconnu qui intrigue énormément, en particulier les journalistes qui ont trouvé dans sa bande dessinée des informations jusque-là inédites.

 

Guy Delisle et les lauréats du concours d’illustration

Pour tous ses ouvrages, il a procédé de la même manière, c’est-à-dire qu’il a fait des croquis et tenu un « journal » durant son séjour et, avec le recul, a procédé à l’élaboration complète de sa bande dessinée. Les carnets sur lesquels il fait ses croquis sont des Moleskines, qu’il préfère en petit format. Ce choix lui impose une démarche synthétique dans ses croquis, ce qui donne leur apparence épurée et qui permet un gain de temps. Il passe généralement environ 15 minutes sur chaque croquis. Ceux-ci sont, selon lui, le meilleur moyen d’apprendre à dessiner. Guy Delisle a remarqué, au fil de ses voyages, que le fait qu’il dessine lui ouvrait des portes car ses croquis intriguent les gens qui l’entourent, et qui lui posent alors des questions, menant à des conversations qu’il n’aurait sûrement pas eu autrement.

Après Shenzhen et Pyongyang, Guy Delisle décide de laisser de côté le métier d’animateur et d’accompagner sa compagne, qui va s’engager dans des missions plus importantes et plus longues auprès de Médecins Sans Frontières. Il passera donc un an en Ethiopie pendant que sa compagne y travaille pour cette association. Par la suite, il s’installe le temps d’une mission pour sa femme en Birmanie (Rangoon). Il en résultera ses Chroniques Birmanes. Dans cette œuvre, Guy Delisle a fait part d’une volonté de « montrer ce qui se passe dans un pays » comme il l’avait auparavant fait avec Pyongyang. Son œuvre prend ainsi une valeur informative, voire journalistique, notamment lorsqu’il explique en une ou deux pages qui est Aung San Suu Kyi et sa situation à l’époque… Lorsqu’il parle d’un sujet lourd ou qu’il esquisse la réalité frappante des pays qu’il visite, Guy Delisle le fait avec humour. « Le sérieux ne m’intéresse pas », dit-il. On décèle ici une volonté de ne pas apitoyer le lecteur et surtout de rester fidèle à son propre style.

Pour l’apparence de ses œuvres, les éditeurs ont cherché à éviter le côté bandes dessinées, jugé trop infantile, valorisant alors le terme de « graphic novel » (roman graphique) et donnant aux couvertures un aspect lisse, jugé plus sérieux. Cependant, Guy Delisle a l’opportunité d’avoir plus de contrôle sur l’apparence de ses ouvrages lorsque, après Shenzhen et Pyongyang, tous deux édités chez l’Association, il se tourne vers Delcourt pour éditer ses deux œuvres suivantes, Chroniques Birmanes et Chroniques de Jérusalem. Ce changement lui a permis de faire « un livre plus gros et moins cher », un avantage considérable pour le dessinateur qui a ainsi la possibilité de plus s’exprimer. S’il a été reconnu pour ceux-ci, Guy Delisle n’a néanmoins pas uniquement illustré des œuvres de voyage, il a également fait des albums pour enfants. Ces albums, intitulés Louis à la plage et Louis au ski mettent en scène son fils, Louis, dans des situations fictives mêlant quotidien banal et aventures fantastiques. Même si elles ne sont pas réelles, ces aventures sont fortement inspirées de la vie réelle du dessinateur et de son « fiston », comme il le nomme à plusieurs reprises. Lorsqu’on l’a interrogé sur ses projets et ses futurs voyages, on a appris que toute possibilité d’expatriation était pour le moment restreinte pour le dessinateur et sa compagne qui, pour leurs enfants, ont décidé de s’installer a Montpellier indéfiniment.

 Nina Roques, Première ES

Le passage de Guy Delisle a également été l’occasion de la remise des prix du Concours d’illustration organisé par le lycée. Présidé par l’invité de marque, le thème du concours était « montrez votre étonnement face à une situation ou à un lieu ». Il a été difficile de choisir parmi les 37 participants… Les gagnants ont reçu des albums dédicacés de Guy Delisle :

 

Tags:

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *