Japon-Brésil : des liens méconnus

Qui marchait dans les rues de Tokyo le 25 août dernier pouvait à juste titre se croire victime d’hallucinations ! Un véritable défilé de Carnaval brésilien se déroule en effet chaque année en plein cœur du quartier traditionnel d’Asakusa… Japon et Brésil ont tissé des liens étroits nés de l’immigration d’un grand nombre de japonais au Brésil dès le début du siècle dernier…

Le Kasato maru, symbole de l’immigration japonaise au Brésil

Vers la fin du XIXe siècle, le Japon est en pleine modernisation suite à la restauration Meiji de 1868. Afin de soulager les tensions dues au manque de terres agricoles et à l’endettement des travailleurs ruraux, le gouvernement japonais incite ses compatriotes à émigrer. C’est ainsi que des japonais vont aller s’installer en Californie, au Pérou, et enfin au Brésil, pays pourtant situé exactement à l’opposé du Japon sur le globe terrestre. Dans cet objectif, le Japon signe avec le Brésil un traité d’amitié, permettant aux japonais d’émigrer vers le Brésil.

Pays du nouveau monde qui a connu de nombreux mouvements migratoires depuis sa découverte en 1500 par le portugais Pedro Cabral, le développement du Brésil s’est effectué dans les premiers siècles grâce à l’utilisation d’une main d’œuvre esclave d’origine africaine. Mais, suite à l’abolition de l’esclavage en 1888, le Brésil se retrouve en déficit de main d’œuvre, en particulier dans les plantations de café, dont la consommation mondiale connaît une très forte croissance à l’époque. Le remplacement de la main d’œuvre esclave par une main d’œuvre salariée fut l’une des principales préoccupations de la classe dirigeante de l’époque. En 1902, le gouvernement italien interdit l’émigration de ses nationaux vers le Brésil, ce qui provoque une grande pénurie de travailleurs. L’Italie avait été en effet le principal pays d’origine des immigrés au Brésil à la fin du XIXe siècle, en particulier dans la région caféière de Sao Paulo. Le Brésil accepte alors d’accueillir des japonais sur son territoire.

Danseuse de samba dans les rues de Tokyo (photographie : Adrien Lienhart)

C’est en 1908 que les premiers japonais émigrent vers le Brésil, suite à un voyage organisé par un certain Ryu Mizuno. 781 personnes s’embarquent à bord du Kasato Maru, bateau qui deviendra ainsi emblématique de ce phénomène. Le voyage de 52 jours démarre au port de Kobe pour se terminer au port de Santos, près de Sao Paulo, le 18 juin 1908. L’accueil des brésiliens ne fut pas très chaleureux. Reflétant les préjugés de l’époque, les journaux locaux rapportent l’arrivée de ‘’3000 jaunes’’ et d’une ‘’race opposée à la nôtre’’. Il faut attendre 1910 pour qu’un autre bateau, le Ryojun Maru, accoste à nouveau au Brésil avec 908 personnes à son bord, bientôt suivi de nombreux autres navires. En 1924, les États-Unis interdisent l’immigration japonaise sur leur territoire. Cette interdiction déclenche une émigration massive vers le Brésil, qui restait une terre d’accueil. On estime à près de cent mille le nombre de japonais ayant ainsi émigré vers le Brésil dans la première moitié du XXe siècle, et le Brésil compte aujourd’hui entre 1,3 et 1,5 million d’habitants d ‘origine japonaise.

Les japonais qui arrivaient à Santos étaient totalement pris en charge dès leur arrivée. Affectés à une plantation de café, une « fazenda », ils devaient travailler dans des conditions très difficiles, et étaient logés de façon sommaire. Comme les autres migrants de fraîche date, ils devaient travailler pendant 10 ans sans être payés afin de rembourser les frais occasionnés par leur voyage. Ces 10 années passées, ils pouvaient s’installer librement et exercer le métier de leur choix. Nombreux sont ceux qui créèrent alors de petites exploitations maraîchères autour de la ville de Sao Paulo, et aujourd’hui encore, la plupart des producteurs de fruits et légumes autour de Sao Paulo sont d’origine japonaise. On trouve ainsi d’excellents champignons Shiitake au marché de Liberdade, quartier de Sao Paulo où reste encore aujourd’hui concentrée la majeure partie de la population d’origine japonaise, comme le reflètent les nombreux témoignages architecturaux et culturels visibles dans la capitale économique du Brésil.

Cette immigration s’arrête brutalement lors de la 2ème guerre mondiale. Le Brésil soutenant les alliés, il interdit la venue de japonais, expulse les diplomates de ce pays, et interdit l’utilisation de la langue japonaise. Les japonais résidents sont alors obligés d’avoir un sauf-conduit pour se déplacer et voyager à l’intérieur du Brésil. A l’issue de la guerre, une nouvelle vague d’immigration japonaise vers le Brésil s’amorce, mais c’est là une autre histoire !

Adrien LIENHART, 1ere ES du Lycée Français International de Tokyo

Note : Photographie du navire Kasato maru Source : Musée de l’Immigration Japonaise du Brésil et publiée dans l’ouvrage Historia dos 100 anos da Immigração Japonesa no Brasil (2008) rédigé par la Commissão da Compilação da Histografia dos 100 anos da Immigração Japonesa no Brasil.

2 comments for “Japon-Brésil : des liens méconnus

  1. 14 février 2013 at 03:34

    Article très intéressant. Il y aurait également un contact avec les langues? J’ai entendu dire que le mot « merci » en portugais (« obrigado ») venait du japonais (« arigatō »).

    • Adrien Lienhart
      14 février 2013 at 17:50

      Chère Thy Anne Chu Quang

      Je ne pense pas qu’il y ai un lien entre  »Arigatô » et  »Obrigado ». Cette ressemblance, bien que frappante, ne peut toutefois être que fortuite puisque le mot arigatô, dans ses formes originelles qui sont arigatai et arigatashi, est utilisé au Japon depuis la période Asuka (milieu VIème siècle au début du VIIIème siècle) alors que les Européens ne sont arrivés massivement que bien des siècles plus tard.En revanche le portugais est la seule langue qui traduit le thé par  »cha ».Il faut certainement y voire l’influence du japonais ou du chinois puisque c’est ainsi que se lit le kangi de  »Thé ». Mais cet échange ne date pas de l’immigration japonaise au brésil mais plutôt des premiers voyages de portugais en Asie suite au premier voyage de Marco Polo.

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