Écotourisme ou hévéa, le Laos ne sait pas…

Enora Lereste, Ili Gindroz (2de) et Ina Goldnick

(TleES) Photos : Club Asia Vientiane

En effet, plusieurs agences de voyage se cachent sous ce label mais proposent en réalité une toute autre forme de tourisme, bien loin des critères définis précédemment. L’étiquette écotourisme n’est alors qu’un prétexte destiné à attirer la clientèle. De plus, l’écotourisme coûte cher car il nécessite de nombreux investissements souvent plus onéreux car devant respecter l’environnement.

Le Laos est un pays enclavé d’Asie du sud-est ayant soudainement l’embarras du choix pour son développement. Une problématique impossible à résoudre ?

L’écotourisme, un choix de développement ?

Né il y a une trentaine d’années, le terme d’écotourisme est récent, à tel point qu’il n’a pas de définition universelle. Généralement décrit comme « un tourisme favorable à l’environnement », il est cependant très diversifié sur un plan pratique, tous les pays l’interprétant différemment. C’est en l’absence de définition claire et reconnue que la Société de l’Écotourisme le définit comme « une forme de tourisme responsable en milieu naturel qui préserve l’environnement et participe au bien-être des populations locales ».

On pourrait dire qu’en réalité, l’écotourisme est un sous- ensemble du tourisme nature. Il respecte une certaine éthique avec pour objectifs protéger la nature et assurer des retombées directes aux populations locales. Selon la Stratégie d’écotourisme 2004-2010 de l’Autorité Nationale du Tourisme Lao, c’est « une activité touristique en zones rurales protégées, aux conséquences négatives réduites et dont l’implication à travers la conservation des ressources naturelles et culturelles, le développement socio-économique rural, est appréciable pour les endroits visités et leurs populations ».

Bien qu’il soit donc difficile de définir l’écotourisme, celui- ci présente des aspects positifs. En effet, cette forme de tourisme axée sur la nature contribue à la préservation de l’environnement et donc à la biodiversité des milieux. De plus, l’écotourisme permet de mettre en valeur les traditions ethniques en incluant un élément pédagogique lors des séjours qu’il propose.

Monsieur Schwettman est directeur adjoint de Green discovery, agence de voyage installée au Laos essayant de développer l’écotourisme. Il nous a donné son point de vue : « Notre agence existe depuis 2001 et suit les critères du TIES, un organisme international définissant les critères de l’écotourisme dans le monde et qui veille à leur application. Pour moi, l’écotourisme est une forme possible de tourisme prenant en compte l’environnement des pays où il est pratiqué. Autrement dit, tout en attirant

les touristes dans certains endroits d’un pays, on tente de respecter la nature ».

Par contre, certains points négatifs doivent être mentionnés. Tout d’abord, l’écotourisme fait l’objet d’abus.

4580 hectares de forêt primaire détruite en 2005

L’hévéa, pourquoi pas ?

L’hévéa est un grand arbre que l’on trouve dans les régions chaudes comme en Asie tropicale. Il est cultivé pour son latex, qu’on extrait de l’arbre en saignant l’écorce deux à quatre fois par semaine avant d’en tirer le caoutchouc. Un champ d’hévéas peut être cultivé pendant 30 ans. Aujourd’hui, ce sont souvent les grandes puissances qui en plantent dans les pays en développement. La Chine, voisin du Laos, a vu dans ce petit pays aux terres encore souvent vierges, une belle opportunité pour y développer cette culture et répondre ainsi à son immense appétit de matières premières.

Alors quel impact pour le pays ?

Les plantations d’hévéas permettent avant toute chose à l’état laotien d’augmenter ses revenus grâce à la concession de terres aux entreprises chinoises. De plus, les populations locales semblent aussi sortir gagnantes de la nouvelle voie choisie… Grâce aux plantations d’hévéas, de nombreux emplois ont été mis en place. Ces postes sont tenus par les dites populations locales. Prenons l’exemple du petit village de Lao Houay dans la province de Luang Nam Tha au nord du pays. Il a aujourd’hui des revenus réguliers grâce aux 33 hectares de plantations d’hévéas concédées à un exploitant chinois. Les villageois sont payés 30 000 kips par jour (3 euros) pour les cultiver, ce qui représente plus du double du salaire moyen d’un enseignant laotien !

Cependant, la plantation et l’exploitation d’hévéas ne sont pas sans conséquences négatives.

Tout d’abord, les populations locales ont dû choisir entre la culture d’hévéas et leurs cultures vivrières. Les agriculteurs se sont aperçus que les plantations d’hévéas leur permettraient d’augmenter leurs revenus. Ils ont donc abandonné les cultures vivrières, ce qui accentue la dépendance alimentaire du pays.

D’autre part, l’hévéa est un arbre qui puise rapidement toutes ses ressources dans le sol. Celui-ci met alors du temps à se régénérer et à retrouver sa fertilité. Ces sols ne peuvent donc pas accueillir d’autres hévéas qui seront alors plantés sur de nouvelles terres. Cela engendre une déforestation de milliers d’hectares de forêts, qui sont détruites chaque année.

Environ 4 580 hectares de forêt primaire sont ainsi partis en fumée en 2005 d’après une étude faite par le « Working Group on Land Issues » (un groupement d’ONG présentes au Laos). Sachant que l’un des objectifs principaux fixés par le gouvernement laotien est de protéger les espaces naturels, le choix de la plantation des hévéas ne parait pas être une si bonne solution…

Futurs pneumatiques chinois ?

L ́écotourisme et l’hévéa présentent donc tous les deux de nombreux points positifs et négatifs ; et le Laos reste complètement partagé entre ces deux moyens de développement. Les nombreuses interrogations en suspens alimentent une polémique entre les partisans de l’hévéa et ceux de l’écotourisme. Polémique qui peut même engendrer des conflits, parfois graves, comme en 2005 dans la province de Luang Nam Tha…

Mai 2010

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