Donata et Wolf : deux artistes résidents de la villa Kujoyama à la recherche du vide

 À la fin du mois de décembre, nous avons rencontré Maria Donata D’Urso et Wolf Ka, un couple d’artistes choisi pour résider quelques mois à la Villa Kujoyama, à Kyoto. La Villa Kujoyama est une résidence entretenue par le gouvernement français. Elle accueille des artistes travaillant sur un projet culturel en lien avec le Japon. Donata est italienne mais vit en France depuis plus de 20 ans. Elle est danseuse et chorégraphe professionnelle et voue une véritable passion à la danse contemporaine. Wolf Ka, son mari, est un artiste numérique originaire d’Allemagne, également installé à Paris. Il crée des œuvres singulières basées sur les nouvelles technologies.

Les artistes, les élèves et leur professeur

Leur thème de recherche porte sur le concept du mâ, qui s’écrit en japonais間. Il s’agit d’un travail théorique destiné à alimenter leur créativité. Il doit donc déboucher sur des créations inspirées à la fois par la culture occidentale et orientale.

Donata et Wolf nous décrivent en quelques mots leur sujet : « Le mâ peut être considéré comme quelque chose appartenant à l’éphémère. En effet, le graphisme du kanji se lisant mâ (間) symbolise les quelques minutes où l’on entrevoit le soleil entre deux portes étroitement ouvertes ».

Comme souvent, le signifiant, en l’occurrence un idéogramme, est une représentation symbolique du signifié. Littéralement 間 (mâ) veut dire « intervalle ». Pas seulement l’intervalle dans l’espace mais aussi l’intervalle dans le temps ; pas seulement l’intervalle qui sépare mais aussi celui qui unit.

Spectacle Pezzo O donné à Yokohama le 30 août 2012 ©Laurent Goldring

Concernant leur projet, Maria Donata D’Urso et Wolf Ka expliquent : « Il n’y a pas dans notre culture un concept qui exprime une sensibilité similaire concernant le temps et l’espace. Afin de nourrir nos parcours croisés entre la danse et les arts numériques, notre projet est d’étudier le mâ à travers les arts de la composition de l’espace et du temps dans la culture japonaise ».

En effet, le mâ est une idée très prégnante dans les arts traditionnels japonais parfois appelés « arts du mâ ». Le Japon possède une gamme étendue de formes théâtrales. Le Rakugo (落語) est un spectacle humoristique avec un conteur ; le Kabuki (歌舞伎) est un théâtre épique ; le Kyogen (狂言) , un théâtre humoristique. Il y a aussi le théâtre du drame lyrique, le Nô (能), et le Bunraku (文楽) qui est un théâtre de marionnettes. Dans tous ces styles, le mâ s’exprime par les pauses entre les répliques des dialogues et entre les mouvements des personnages.

Il se montre aussi dans les arts silencieux comme l’ikebana (生け花), l’art de l’arrangement des fleurs de saisons. Là, les vides laissés entre les fleurs sont aussi importants que les fleurs elles-mêmes.

Photo du spectacle, dec 2011, Paris. ©Laura Arlotti

Dans la cérémonie du thé également, le sado (茶道), chaque mouvement s’inscrit dans l’espace de façon subtile. L’espace est sculpté tant par les gestes que par les pauses, les arrêts et les silences de la personne qui prépare le thé.

Wolf et Donata en sont venus à la conclusion suivante à la fin de leur séjour : « Les japonais ont le goût des choses très simples. Dans les plus petites, on peut établir la plus grande conscience. C’est une façon de ressentir. Dans les plus petites choses, il peut se cacher l’ immensité. En Occident, on regarde les choses. Ici ,on regarde les interstices, le vide. » Et donc le mâ (間).

Hanami Parent (4°), Mio Eto (4°), Ulysse Pantel (5°), Blanche Ribault (4°), Marie-Line Doi (4°)

 

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