Il y a 82 ans, la première traversée aérienne du Pacifique

Que retient-on aujourd’hui de la période des grandes traversées aéronautiques ? Les noms de Charles Lindberg, Louis Blériot… mais guère plus. Pourtant, une page d’Histoire aujourd’hui méconnue, sinon inconnue en France, a été écrite en 1931 par deux Américains…

Une réplique du Miss Veedol au Musée de l’Aviation de Misawa

Nous sommes dans les années 20. A cette époque les « cirques volants », des démonstrations aéronautiques où les cascades et la vitesse sont de mise, se développent un peu partout aux États-Unis. Des pilotes plus ou moins chevronnés y gagnent la célébrité. Mais l’un d’eux, Clyde Edward Pangborn, sort du lot. Né en 1896, ce pilote est en effet à cette période le premier et le seul Américain à pouvoir voler à l’envers, ce qui lui valut le surnom de « Upside-Down Pangborn ». Il est de plus le propriétaire d’un de ces cirques-volants, le «Gates Flying Circus ». Mais avec l’arrivée de la Grande Dépression, celui-ci se démonte, et toutes les affaires qu’il aura mises sur pied pour se renflouer économiquement s’écroulent. C’est là qu’une idée s’installe dans sa tête : laisser tomber le vol d’exhibition et tenter de battre des records.

Intervient alors Hugh Herndon Junior. Rencontré en 1929, cet homme de 30 ans a une faible qualification aéronautique. Mais il a quelque chose que n’a pas Pangborn : l’argent. Il vient en effet d’une riche famille américaine, qui est prête à faire des dépenses pour les projets du fils. Ils doivent maintenant acheter un avion. Ils jettent leur dévolu sur un Bellanca J-300 Skyrocket, pas très rapide mais ayant une grande endurance. Une qualité essentielle pour ce qui sera leur premier objectif : battre le record de vitesse sur le tour du monde effectué deux ans plus tôt par le dirigeable Graf Zeppelin.

Le projet se concrétise en 1931. Ils trouvent même un sponsor : le fabricant d’huile de moteur Veedol, qui donne son nom à l’avion, le « Miss Veedol ». Cela se passe mal : en effet, après de gros retards et un accident d’atterrissage à Khabarovsk, en Sibérie, il prennent 27 heures de retard sur l’horaire prévu. Mais le rêve de record est toujours présent. Ils laissent donc tomber leur premier objectif et répondent à l’offre du journal Asahi Shimbun : 25 000$ pour tenter la première traversée aéronautique du Pacifique.

Le port de Misawa après le tsunami du 11 Mars 2011

Le Japon sera leur point de départ, plus précisément une ville du Nord du Tohoku : Misawa. Mais les obstacles vont se succéder : tout d’abord, Herndon s’était servi d’un appareil photo durant le vol Khabarovsk-Misawa . Ayant filmé des installations navales militaires et ne possédant pas de papiers en règles, ils sont jetés en prison, accusés d’espionnage. Ils sont finalement libérés avec une caution de 1000$, cette obligation judiciaire leur interdisant de revenir sur le sol nippon en cas d’avarie, sous peine de voir leur avion confisqué et de retourner en prison. De plus leurs cartes avaient été volées par la Société du Dragon Noir, une société secrète d’extrême-droite qui voulait que cette traversée soit effectuée par un Japonais. Il restait encore un problème à régler : le carburant. Ils allaient en effet emporter 915 litres de carburant en barils, alors que le fabricant de l’appareil recommandait de ne pas dépasser les 650 kilos de charge. Ils se résignent au retrait de la radio, des flotteurs d’urgence et du canot de sauvetage, et même au largage du train d’atterrissage en vol.

De préparatifs en préparatifs, on se rapproche de l’objectif, et le 4 Octobre 1931, à 7h01, le Miss Veedol décolle de la plage de Sabishiro, près de Misawa. Quelques dizaines de minutes plus tard, après stabilisation de l’avion, toujours dans le souci d’alléger l’appareil, ils tentent de décrocher le train d’atterrissage grâce à un système installé lors des préparatifs. Mais la manœuvre échoue, et Pangborn, fort de son expérience de cascadeur aérien, sort de l’aéronef pour finir de détacher les dernières pièces. De relais de pilotage en relais de pilotage, la traversée s’accomplit ; elle sera tout de même émaillée d’autres incidents. En effet, en plein milieu du Pacifique, alors que Pangborn dormait, Herndon oublia de remplir le réservoir et ils se seraient écrasés si Pangborn ne s’était pas réveillé à temps, redressant l’appareil. De plus, approchant du continent américain, ils manqueront de s’écraser sur le mont Rainier, près de Vancouver, à cause du brouillard. Dépassant la ville de Seattle, leur premier objectif, ils atterrissent dans une vallée appartenant au village de Wenatchee. Sans train d’atterrissage, ils ne peuvent pas faire de miracle, c’est pourquoi ils se posent assez violemment. Suffisamment pour que le peu de journalistes et de spectateurs venus assister à l’événement se demande s’ils étaient en vie. Mais les inquiétudes se sont vite dissipées lorsque Pangborn se hissa hors de l’aéronef.

Les deux pilotes après leur atterrissage

Ainsi ils avaient fait plus fort que Lindberg : 2000 miles et 10 heures de vol de plus, seulement 4 ans plus tard. Mais le succès sera pourtant beaucoup moins retentissant : alors que leur homologue était attendu par une foule de plus de 150 000 spectateurs, Pangborn et Herndon furent accueillis par moins de 200 personnes : des proches, des habitants de Seattle et de Wenatchee ainsi que quelques journalistes. Ils recevront les 25 000$ proposés par l’Asahi Shimbun ainsi que le trophée Harmon, récompensant les grands exploits aéronautiques. Aujourd’hui encore, on apprend le succès de Lindberg à l’école, tandis que Pangborn et Herndon sont passés aux oubliettes. Le Miss Veedol, fut racheté en 1932 par un homme d’affaires. Rebaptisé The American Nurse en vue d’établir un nouveau record de vitesse entre New York et Rome, il fut vu pour la dernière fois par un ferry, à 650 kilomètres de l’Espagne. Il n’a jamais été retrouvé. Pangborn, après quelques courses aériennes, devint pilote de bombardier, puis pilote d’essai pour l’ US Air Force pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il mourut en 1958. Herndon devint pilote, lui aussi, mais dans l’aviation canadienne, et mourut en 1950.

Ironie de l’Histoire : en juin 2012, un ponton arraché au port de Misawa par le tsunami du 11 mars 2011 est arrivé sur les côtes américaines, effectuant le même trajet qu’Herndon et Pangborn, 80 ans plus tard, après 15 mois de dérive.

Valentin Dubannet (3ème C)

2 comments for “Il y a 82 ans, la première traversée aérienne du Pacifique

  1. Remy MEZZETTA
    14 avril 2013 at 00:04

    Bel article! J’adore la liaison finale! Bravo!

  2. Martine Mihailovic
    3 mai 2013 at 18:21

    Bravo pour l’article! Je ne connaissais pas l’histoire, c’est très intéressant et bien écrit

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