Brésil-Japon : le retour des « Nikkei »

Dans un précédent article de février 2013, nous avions décrit la forte immigration japonaise au Brésil dans la première moitié du XXe siècle. Presqu’un siècle plus tard, les « Nikkei », ces descendants de ces générations d’immigrants retournent au Japon comme émigrants du pays en voie de développement qu’est devenu le Brésil. En effet, au moment même où le Brésil, qui sort de la période sombre de la dictature en 1985, vit une crise économique sans précédent, le Japon devient l’un des pays les plus riches du monde et a un fort besoin de main d’œuvre pour alimenter sa croissance.

Japon-Brésil, une relation ancienne

Japon-Brésil, une relation ancienne

Dès le début des années 1980, l’industrie japonaise a commencé à faire appel à une main d’œuvre immigrée pour accomplir les tâches que les Japonais ne veulent plus accomplir. Ce sont les travaux décrits comme les « trois K », pour Kitanai (sale), Kitsui (pénible), Kiken (dangereux). Cette immigration attire tout d’abord des ressortissants de toute l’Asie mais aussi des Dekasegi c’est-à-dire des Sud-Américains, descendants de Japonais, qui quittent la patrie d’adoption de leurs parents temporairement afin de gagner de l’argent. Tous ces immigrants quelque soit leur origine sont généralement en statut précaire et sans-papiers.
Le gouvernement japonais décide alors d’organiser cette immigration spontanée et de favoriser l’immigration de descendants de Japonais jusqu’à trois générations. Se percevant comme homogène sur le plan racial et culturel, le Japon privilégie les descendants de ses compatriotes dont ils pensent qu’ils s’adapteront plus facilement au pays et se réclame d’une vision de la nationalité fondée sur le jus sanguinis (droit du sang) qui est tout à l’opposé de la vision brésilienne qui valorise le droit du sol. La loi d’immigration de 1989 octroie automatiquement un visa de travail aux Brésiliens qui peuvent prouver au moins un ancêtre japonais dans leur ascendance. Entre 1990 et 1992, 130.000 Brésiliens viennent travailler au Japon. Ce chiffre augmentera encore jusqu’en 2008 où la population brésilienne localisée au Japon atteint 312.582 personnes. La crise économique puis le tremblement de terre de mars 2011 ramèneront ce chiffre à 207.000 personnes en 2012.

Quelques ouvrages brésiliens sur l'histoire des migrations des Nikkei

Quelques ouvrages brésiliens sur l’histoire des migrations des Nikkei

Le Japon ne paraît pas avoir pour objectif de permettre aux nouveaux arrivants de s’assimiler de façon durable mais plutôt d’avoir une réserve de main d’œuvre qui puisse répondre aux besoins de son industrie. Représentant la 3ème communauté étrangère au Japon, à 97,9% d’ascendance japonaise, le cas de ces Nikkei (descendants) permet de s’interroger sur ce qu’il reste de la culture japonaise après plusieurs générations dans un pays aussi différent que le Brésil et surtout comment ces Brésiliens d’origine japonaise « retrouvent » le Japon à l’occasion de leur immigration dans ce pays. Il faut en effet noter que les Brésiliens d’origine japonaise qui émigrent au Japon partent avec l’illusion d’un retour en mère-patrie alors que pour la plupart ils ne se sont jamais rendus au Japon.
Dans ce contexte le témoignage de Monsieur Ryo Wakabayashi, né au Brésil de parents japonais et arrivé au Japon en 1991, offre un exemple intéressant du chemin riche mais difficile que constitue l’adaptation à un nouveau pays. S’adapter, c’est aussi perdre par un processus d’acculturation une partie de ce que l’on est. La perception d’être différent conduit à l’introspection et la comparaison. Elle ne conduit pas nécessairement à faire un choix entre deux identités mais peut conduire à une meilleure connaissance de soi-même. Lorsqu’on est héritier d’une double culture, le sentiment d’appartenance ne va pas de soi et l’on peut éprouver des conflits d’identité. On est conduit à comparer, réfléchir et à définir son positionnement par rapport à chacune des cultures. Cette démarche permet sans doute de mieux se connaître soi-même et de dépasser la nécessité de se définir par une appartenance culturelle. On se révèle à soi-même en se confrontant à l’autre.

Monsieur Ryo Wakabayashi est peintre et Directeur d’une galerie d’Art à Tokyo
(Traduit du portugais)
« Mes parents étaient originaires de Kobé. Mon père, déjà à l’époque, était peintre, il vivait de la vente de ses tableaux, et ma mère était journaliste. Ils se marièrent à Kobé, et émigrèrent au Brésil en 1961. Ils font donc partie d’une vague d’immigration plus récente. Mon père émigra dans l’intention de rester peintre, et pour cette seule raison. Ce n’est pas de l’argent qu’il emporta avec lui du Japon vers le Brésil, mais des couleurs et de l’encre. Arrivé au Brésil, il remporta toute une série de prix lors de concours de peinture : Biennale d’art de São Paulo, etc.… Il gagnait tous les concours auxquels il se présentait, tout se passait très bien, et c’est ainsi qu’il s’est finalement véritablement installé, à São Paulo. En 1964, il travaillait 5 jours par semaine à sa peinture, et il réalisa l’une des meilleures années de sa vie sur le plan commercial en 1965, parce que le Brésil était en pleine phase de prospérité à cette époque. Cela fait aujourd’hui 50 ans qu’il est installé au Brésil comme peintre.
Je suis né en 1964, c’est-à-dire juste au moment de cette phase d’installation au Brésil de mes parents. Je suis venu au Japon en 1991, j’ai donc vécu les 27 premières années de ma vie au Brésil. Alors, pourquoi est-ce que je suis venu au Japon ? C’est bien compliqué, mais disons pour simplifier que moi aussi, je peignais. La communauté des peintres à São Paulo était très restreinte. Tout le monde se connaissait, connaissait mon père, j’étais sous influence. Je me suis dit que si je restais à São Paulo, je n’aurais jamais ma vie à moi. Je me suis donc décidé à partir. Pourquoi au Japon ? J’étais venu à plusieurs reprises au Japon pour faire du tourisme, et ça m’avait plu. Une des choses qui m’interpelaient, est que le Japon que je découvrais lors de mes séjours, était bien différent du Japon dont mes parents m’avaient parlé quand j’étais petit, parce que mes parents m’en parlaient régulièrement. La société japonaise que je découvrais pendant mes voyages me semblait bien plus attirante que celle que mes parents m’avaient décrite. C’est assez logique, parce que le Japon qu’ils connaissaient était celui de l’après-guerre, qu’ils avaient décidé de quitter. C’était un Japon où l’artiste avait peu de place, et, dans le contexte de la reconstruction où seuls comptaient travail et argent, ils avaient l’impression de suffoquer, tout comme moi je suffoquais au Brésil avant mon départ.
Je suis donc arrivé au Japon en 1991. C’était le début de la crise économique, et d’une certaine façon, j’ai toujours connu le Japon en crise, depuis 22 ans que je suis là. Mais crise ou non, j’ai vécu 22 ans de découverte et d’apprentissage. Et c’est presque mieux comme ça, parce que si tout est trop facile, on perd l’occasion d’approfondir les choses.
Nous parlions japonais dans ma famille au Brésil. Je suis allé à l’école japonaise à partir de l’âge de 5 ans. Nous allions parfois dans le quartier de Liberdade* à São Paulo (le quartier japonais), parce que ma mère faisait souvent de la cuisine japonaise.
En fait, mon père préférait la cuisine japonaise, et ma mère allait ainsi à Liberdade au moins une fois par semaine, parfois plus, acheter les ingrédients. Jusqu’à il y a quelques années, Liberdade était vraiment le quartier japonais. On n’habitait pas trop loin, on y allait souvent. Maintenant ça a changé, il y a aussi des Chinois et des Coréens. Autrefois, c’était vraiment un quartier japonais, et non pas asiatique.

Est-ce que je me sentais japonais, quand j’habitais au Brésil ? Ça c’est une question bien difficile… parce que même aujourd’hui, je ne sais pas si je suis japonais ou brésilien. Ce sentiment est très fort pour la « deuxième génération ». Je suis né au Brésil, de parents japonais, qui avaient un type physique japonais. Mes parents étaient clairement japonais, et toute l’éducation que j’ai reçue était japonaise, alors que nous étions au Brésil. Il y avait cette contradiction, entre une volonté de rester au Brésil pour s’y installer et une éducation japonaise, une culture japonaise. Il y a un conflit d’identité qui n’est pas facile à vivre. Et je peux vous dire que jusqu’à mes 25 ans, je ne savais pas si j’étais japonais ou brésilien. Bon, s’il fallait choisir, j’essayais de me considérer plus comme Brésilien que comme Japonais. Parce que même si j’étais dans un foyer japonais, c’était tout de même clair que j’étais au Brésil, c’était la référence principale. J’ai donc fait mon service militaire quand j’ai eu vingt ans, je suis passé par tout ce processus de ce que l’on doit faire… J’étais supporter des Palmeiras (l’une des principales équipes de football de São Paulo), j’essayais de participer à tous les évènements de la vie brésilienne. Mes amis à l’école ? Moitié-moitié. Comment étais-je perçu ? Quand j’étais petit, ils me voyaient plus comme un Japonais. A partir du collège, et surtout de l’université, comme un Brésilien. Et au Japon ? On me voit comme un Japonais comme je parle japonais. C’est là qu’a commencé la souffrance. Parce que c’est à ce moment-là que vous découvrez que vous n’êtes pas japonais. En fait, vous n’êtes pas japonais. Je suis un mélange compliqué de Japonais et de Brésilien. C’eût été plus facile pour moi d’avoir été traité comme étranger, parce qu’en réalité, je suis différent. Mais comme j’ai une « tête de Japonais », que je parle japonais, et que j’exerce une profession qui ne correspond pas à ce que les gens attendent des Brésiliens au Japon, je suis traité comme un Japonais. Tout ceci me met une pression très forte, que je ne ressentais pas d’ailleurs comme une pression. Ce n’était pas une pression exercée contre moi. Mais inconsciemment, j’ai eu un stress considérable pendant mes dix premières années au Japon, mais je ne l’ai réalisé que par la suite.
C’est quand j’ai commencé à ne plus ressentir ce stress, que j’ai perçu qu’en fait, avant, j’étais stressé. Et aujourd’hui, s’il fallait choisir entre dire que je me sens Japonais ou Brésilien…je dirais que je me sens « globalisé », parce que je travaille beaucoup avec l’Europe, les Etats-Unis, que je voyage beaucoup en Asie, et que je passe un tiers de mon temps en dehors du Japon.
Je ne ressens pas la nécessité de me définir comme Japonais ou comme Brésilien…Je me sens moi-même !
Je ne peux pas vous dire s’il existe un quartier brésilien au Japon, parce que depuis que je suis arrivé au Japon il y a vingt-deux ans, je n’ai pas cherché à contacter de brésiliens. J’ai quitté le Brésil justement pour trouver ma vie propre, je me suis en quelque sort isolé des Brésiliens. J’ai essayé de bâtir ma réussite comme un Japonais, pour trouver ma vie. J’ai démarré comme chauffeur de camion. Ma philosophie, c’était de commencer de zéro. J’ai donc essayé d’agir simplement en tant que Japonais. Je ne connais donc pas tellement les particularités brésiliennes à Tokyo, je ne suis jamais allé voir les communautés brésiliennes à Gumma ou à Shizuoka. Je crois bien que, depuis 22 ans que je suis à Tokyo, je n’ai pas dû aller plus de cinq fois dans un restaurant brésilien.

Est-ce que j’ai été bien reçu dans la société japonaise ? Je dirais oui. Je pense que cela dépend beaucoup de notre attitude. Je crois que si j’ai finalement été bien reçu, c’est parce que j’avais réellement décidé de m’intégrer à cette société, et d’abandonner un peu de mon identité brésilienne. Mais si vous avez l’illusion de vouloir préserver votre identité brésilienne ici, la société japonaise est plus hostile. Quand je suis arrivé au Japon, je n’ai pas eu l’impression d’un retour. C’était une découverte, c’était pour découvrir ma nouvelle vie, comme si j’étais allé aux Etats-Unis ou en France. Pour moi, le Japon n’était pas la terre de mes ancêtres, c’était un nouveau monde. Et en fait, grâce à ma vie au Japon, j’ai pu découvrir le monde, mes activités au Japon m’ont conduit à visiter le monde entier. Si j’étais resté au Brésil, je n’aurais pas voyagé autant. Le Japon a contribué à l’internationalisation de ma vie. Attention, je ne veux pas dire qu’une vie internationale soit meilleure qu’une vie purement locale. Une vie locale peut être aussi bonne et profonde qu’une vie internationale, et je pense même parfois que cette globalisation peut être un problème.

Est-ce que je retourne parfois au Brésil ? Oui, et ces derniers temps, j’essaie d’ailleurs d’y développer des affaires. J’y vais donc trois ou quatre fois par an. J’essaie de construire un pont entre l’art asiatique et l’art latino-américain.

Est-ce que je pense retourner vivre un jour au Brésil ? J’ai toujours mené ma vie d’une manière très fataliste. Je ne pense pas au lendemain. Je n’ai pas décidé si je vais vivre au Brésil ou au Japon, j’irai où j’irai.

Les principales différences culturelles entre le Japon et le Brésil ? Je pense que ce sont des différences radicales, fondamentales. Le Brésil est un continent. Le Japon est une île. Tout ce que la terre brésilienne a à offrir aux Brésiliens est différent de ce que la terre japonaise offre aux Japonais. La culture est ainsi fondamentalement différente.
Vous parler des différences, je pourrais vous en parler pendant dix ans. En fait, ce choc culturel, ce n’est pas à mon arrivée que je l’ai ressenti. C’était tellement différent, que j’ai passé les dix premières années sans bien réfléchir à ce que je ressentais, je prenais les choses comme elles venaient, je n’aurais même pas pu les raconter. On ne comprend pas ce qui nous arrive, on n’est pas préparé. Les Brésiliens ne sont pas préparés à faire face à la société japonaise. Notre tournure d’esprit brésilienne est différente de la tournure d’esprit nécessaire pour assimiler la culture japonaise. Ce qui est très différent, c’est qu’il me semble qu’au Brésil, la vie vient avant la philosophie. Il faut être préparé, pour assimiler deux ou trois mille ans de civilisation japonaise.

Des frères et sœurs ? Oui, j’en ai, ils sont restés au Brésil. J’ai un frère et une sœur, tous deux plus jeunes que moi. Comment est-ce que ma famille a réagi, à mon idée de retourner au Japon ? Plutôt bien, elle a bien compris. J’étais à l’époque « révolté». Je n’étais pas bien, ni dans ma famille, ni dans la société de São Paulo. Je suis parti à vingt-cinq ans, mais ils voyaient bien que depuis l’âge de 15 ans, j’étais révolté. Ils ont donc compris que mon départ était réellement motivé par des raisons de fond, et non sur un coup de tête. J’avais besoin de découvrir qui j’étais, pas simplement un Japonais au Brésil. La société japonaise du Brésil était très fermée. J’avais de nombreux amis brésiliens, mais le poids de faire partie de la communauté japonaise de São Paulo était très fort. Mais ma famille était tout de même un peu différente, parce que mon père était peintre, artiste. L’artiste a une place un peu à part dans la société, il est un peu en dehors de la société. J’ai été éduqué par un père artiste à São Paulo, qui n’était pas très intégré dans la société locale. Si j’avais été fils d’un entrepreneur ou d’un avocat, mon intégration dans la société aurait été plus grande parce que mon père aurait été plus intégré. Je crois que je n’avais pas tout le bagage nécessaire pour pouvoir mener ma vie dans la société de São Paulo. Mon père n’est pas parti au Brésil pour raisons économiques, il y est parti à la recherche de la lumière ! Il vivait bien au Japon à l’époque, mais il trouvait la société japonaise d’après-guerre « obscure », sombre, et il avait besoin de lumière.
Il est allé à Paris et New York, mais il a trouvé ces sociétés encore plus sombres. Il perçut le Brésil comme le pays du futur, le pays de la lumière. Les grandes étendues vertes, le soleil, le bleu…son immigration fut entièrement intellectuelle. Et il y trouva la lumière et les couleurs, le jaune, le rouge, le bleu. Et finalement, moi aussi je travaille dans le domaine de l’art, ce sont les influences de ce que l’on vit quand on est un enfant. Ces influences sont très fortes. Et moi aussi, je suis revenu au Japon pour des raisons d’ordre intellectuel. Mais dans mon cas, c’est moins romantique. J’avais ce problème d’identité. Je peignais cinq tableaux par semaine, je ne dormais pas, dansais nu au clair de lune…je faisais tout pour me trouver, et j’étais tellement en quête de moi-même que j’ai décidé de prendre un peu de distance.
Mes amis avaient déjà un travail, un salaire…pas moi ! Je faisais du sport, je peignais, je lisais, et j’avais de plus en plus peur de faire face à la vie, de survivre. J’avais tout, mais c’était par mes parents. Je me sentais de moins en moins capable de m’occuper de moi-même, d’avoir une famille, j’étais dans une espèce de fuite intellectuelle et philosophique. Je me suis dit que je devais briser cette chaîne, travailler, gagner de l’argent, et trouver mon propre chemin. Alors je me suis dit, même si c’est pour être chauffeur de camion, je vais au Japon ! D’une certaine manière, c’était un choix facile. J’étais déjà venu au Japon, et j’avais bien vu qu’ici, le travail ne manque pas. Comme j’avais peur de ne pas trouver de travail, je me suis décidé pour un endroit où cela semblait facile. C’est pour cette raison, bien plus qu’en raison de mes origines, que j’ai décidé de venir au Japon. Ce fut facile. Du travail ? On en trouve ici dans l’heure. C’est vrai que je parlais japonais. Je ne parlais pas chinois, je n’étais pas très à l’aise en anglais, cela a aussi compté dans mon choix pour le Japon. Il y avait à l’époque tout un mouvement migratoire de « Dekasegi* », de nombreux Brésiliens venaient au Japon pour travailler. En fait, moi aussi je suis, théoriquement, un « Dekasegi ». Ceci dit, ce n’est pas que je ne trouvais pas de travail au Brésil, puisque je n’ai même pas cherché !
J’ai donc commencé comme chauffeur de camion. J’ai loué une maison et il se trouve que le propriétaire de la maison que j’ai louée avait été le Vice-président de la société (de négoce japonaise) Itochu, au Brésil. Il me demanda ce que je faisais là, comme chauffeur routier, alors que j’avais été à l’école, et même la USP (Universidade de São Paulo, l’une des plus réputées du Brésil), ou j’avais étudié l’architecture. Comme il avait vécu au Brésil et savais ce que j’y avais fait, il décida de me présenter à différentes personnes, dans des entreprises, où je commençai à travailler dans le domaine du conseil en architecture, ou en commerce international. Et tout se passa très bien ! En fait, c’est bien en raison de mes origines, et de mon éducation, que je suis parvenu à créer ces contacts.
C’est là que j’ai commencé à comprendre la structure de la vie. Vous avez votre liberté, mais en fait, cette liberté, et votre bonheur, sont le résultat de tout ce que vous avez vécu, compris, essayé. Aujourd’hui, je me sens capable de travailler n’importe où dans le monde.

En conclusion, je pense que cette immigration, aussi bien celle de mon père que la mienne, a été une réponse. Parfois, on se sent bloqué. Si vous ne parvenez pas à trouver de solution à l’endroit où vous trouvez aujourd’hui, vous pouvez essayer de continuer en changeant d’endroit. Changer d’endroit a un impact très fort. Les choses commencent à bouger. Je suis venu au Japon d’une façon un peu irrationnelle. Mais si ça c’est bien passé, c’est parce que je suis venu pour faire face, me battre. C’est cette attitude qui a été la clé du succès.

Si je peins encore aujourd’hui ? Non, mais je pense m’y remettre, même si je ne pense pas que je peignais « bien ». Je sais dessiner, mais ça, ce n’est que de la technique. Pour peindre à titre professionnel, il faut avoir une vision, une certitude au fond de vous-même. Et ça, je ne l’avais pas. Je suis venu plein d’incertitudes et de doutes, et je crois avoir commencé à me trouver lorsque j’ai eu 39 ans. J’ai mis quinze ans à trouver les premières réponses aux questions que je me posais lorsque je suis arrivé. Ce fut difficile ! Je suis fataliste. Je trouvais un travail, un bon travail, mais je l’abandonnais pour une autre aventure, et ainsi plusieurs fois. Entre l’Europe et le Japon, dans le design, l’art…et dès que j’avais de l’argent je le plaçais dans la peinture et je perdais, me retrouvais avec des dettes…j’ai tout fait ! Ça n’a pas été facile ! Et parfois, encore aujourd’hui, c’est difficile. Mais ça vaut la peine ! Parce que c’est la vie que j’ai choisie.

Quelle vie ! Oui, quelle vie ! »

Article et propos recueillis par Adrien Lienhart (Tle ES)

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