À la recherche de l’acteur idéal

Après une course aux interviews, à la recherche de personnalités célèbres dans l’industrie cinématographique vietnamienne, de nombreux témoins ont été interrogés, tous de professions différentes dans l’objectif de mélanger les points de vue. Objectif : Construire une définition précise d’un « bon acteur ».

Les bons acteurs font preuve d'une maitrise corporelle - Nguyen Ngoc Phuong Uyen « Un mauvais comédien joue, un bon comédien est » Actors Studio

Les bons acteurs font preuve d’une maitrise corporelle – Nguyen Ngoc Phuong Uyen
« Un mauvais comédien joue, un bon comédien est » Actors Studio

Même plongé dans le noir complet de la salle de spectacle ou bien de cinéma, on entend toujours murmurer le fatidique «  Qu’est- ce qu’il joue bien celui-là ! ». Il y a toujours des personnes à qui il suffit de monter sur scène ou apparaître sur l’écran pour capter immédiatement l’attention du spectateur : c’est physique, c’est l’instinct. Ils sont si bons acteurs ou actrices qu’ils vous entraînent dans leur monde et vous tiennent en haleine tout au long de leur performance. Puis, le rideau tombe, les lumières se rallument et c’est la fin du rêve. Au-delà de cette téléportation dans un monde nouveau et magique, qu’est-ce qu’est réellement un bon acteur ?

Le métier d’acteur a beaucoup évolué ces vingt dernières années, notamment à la suite de l’augmentation affolante du nombre d’acteurs chaque année. Exercer ce métier tel que nous l’imaginons aujourd’hui est quasi-impossible car les places sont limitées et son accès reste très sélectif. En effet, il y a encore vingt ans, les acteurs pouvaient rencontrer leur metteur en scène sans passer par l’étape du casting et de toute la paperasserie, « c’était du porte à porte », alors que de nos jours, le casting est une étape obligatoire s’ajoutant à une pile innombrable de courriers afin de trouver un tournage rentable. « Il ne faut pas non plus oublier que plus un artiste est populaire, plus la probabilité qu’il apparaisse sur le grand écran sera grande », d’après la scénariste vietnamienne Bui Kim Quy. En parallèle, cette dernière est également professeur du théâtre et de cinéma à l’Université d’Hanoi.

Dès le XVIIIème siècle, la question du bon acteur s’est posée. Denis Diderot, écrivain et philosophe français, auteur de l’essai Paradoxe sur le comédien cherche à montrer que l’acteur convaincant est celui qui est capable d’exprimer une émotion qu’il ne ressent pas forcément, soit d’être un personnage à l’intérieur d’un autre personnage. C’est le paradoxe : « moins on sent, plus on fait sentir ». Diderot expose alors deux sortes de jeux d’acteur qui sont le «  jouer d’âme » consistant à ressentir les émotions que l’on joue et le « jouer d’intelligence » qui, lui, repose sur le paraître et consiste à jouer sans ressentir. Ce paradoxe est le contraste entre l’expression du corps et l’absence d’émotion ressentie de la part de l’acteur. Il joue sans éprouver, il rit sans être gai, pleure sans être triste. L’acteur se sert de son corps comme d’un instrument. Pour autant, cette manière de Diderot de caractériser un « bon acteur » peut paraître réductrice.

« Un bon acteur c’est comme un bon footballeur. » Marianne Séguin

Marianne Séguin, actrice et metteur en scène de la compagnie « Thang Long », réunissant des comédiens vietnamiens et francophones afin de mettre en scène des spectacles par l’intermédiaire d’intervenants. Marianne est aussi intervenante théâtrale au lycée français dans le cadre de l’Option Théâtre nous a donné sa définition d’un bon acteur. L’esprit d’équipe et la solidarité sont des aspects très importants puisque dans le cinéma comme dans le théâtre, les acteurs travaillent toujours en groupe, pas seulement avec d’autres acteurs mais aussi des metteurs en scène, une équipe de montage, cameramen ou stylistes. Ainsi, l’acteur doit se plier aux règles du « jeu collectif ».

L’acteur doit se plier aux règles du « jeu collectif » - Nguyen Ngoc Phuong Uyen

L’acteur doit se plier aux règles du « jeu collectif » – Nguyen Ngoc Phuong Uyen

Cette idée est également reprise par Madame Hanh, directrice de l’entreprise BHD CEO, industrie cinématographique produisant des films, séries et émissions télévisés à l’attention de la télévision vietnamienne, qui affirme que « l’industrie cinématographique repose sur la collectivité ». Mais la qualité la plus importante reste tout de même la singularité, c’est-à-dire le fait d’avoir une identité, sans avoir peur « d’être différent » des autres, car cette différence peut se transformer en un atout. Enfin, le cinéma et le théâtre sont des arts, et comme dans tout art qui se respecte, il faut du savoir et du savoir-faire comme le préconisait si bien notre bon Nietzche dans son ouvrage Humain, trop humain. L’acteur se doit donc d’être un bosseur, une personne ordonnée et professionnelle car sans savoir-faire, le talent reste insuffisant. La personne doit donc « apprendre à se sacrifier » comme l’actrice Anne Hathaway qui joue Fantine, et qui dans le film Les Misérables, réalisé par Tom Hooper, accepte de se couper les cheveux très courts afin d’être conforme au rôle qu’elle doit incarner. Certaines actrices n’auraient jamais accepté un tel sacrifice. Il doit y avoir ainsi conformité entre l’apparence physique, de l’acteur et celle du personnage afin que les spectateurs soient capables de deviner leur tempérament et leur caractère. Selon la réalisatrice Pham Nhue Giang, « ll est fondamental que de l’acteur émane immédiatement la nature du personnage ». Cette réalisatrice travaille de manière indépendante et propose ses projets et réalisation aux entreprises cinématographiques.

« Un artiste est un créateur, non pas un imitateur. » Bui Kim Quy

Finalement, d’après Bui Kim Quy, « un bon acteur est quelqu’un qui prend de l’initiative au sein de l’échange et de l’expression de la manière la plus franche possible dans leurs sentiments personnels (…). Il doit pouvoir s’harmoniser avec son personnage sans laisser le corps dominer l’âme de ce dernier » tandis qu’un acteur possédant des lacunes est celui qui écoute plus qu’il ne parle, qui hoche la tête avec résignation plus qu’il ne prend d’initiatives. Son langage corporel n’est pas maîtrisé. Il effectue simplement les actions du personnage, sans les éprouver, comme s’il nous récitait un texte. Ainsi, « être un bon acteur ne se réduit pas uniquement à bien savoir imiter » mais à créer.

Dans la plupart des cas, le public ne se rappelle d’un bon film que par le nom de ses acteurs. En effet, ces derniers sont le « visage du film » comme l’explique Madame Hanh, mais il ne faut toutefois pas oublier que l’industrie cinématographique repose sur un travail collectif. Les acteurs sont très importants, certes, mais il existe bien d’autres  « éléments » qui permettent de créer un bon film et que l’on ne voit pas forcément. Ainsi, afin d’être un bon acteur, l’ensemble de l’équipe directrice, de réalisation ou bien de montage doivent l’être aussi.

Le cinéma, théâtre ou toute autre forme d’art permet au spectateur de s’envoler vers un autre monde, pas facile d’accès, afin de pouvoir sortir de sa routine. L’acteur, soit la personne qui prête son physique ou sa voix à un personnage fictif, est celui qui va relier le spectateur à ce monde imaginaire. Il est donc celui auquel nous voulons tous ressembler, dont la vie nous semble idéale voire parfaite. Pour autant, « il existe de mauvais acteurs comme il existe de mauvais charpentiers » comme le précise Marianne Séguin. Enfin, il arrive que l’on soit mauvais un soir, mais que nos prestations restent généralement bonnes.

Le bon acteur est aussi celui qui incarne son personnage en lui donnant une personnalité crédible et cohérente par rapport à la situation et aux émotions qu’il devrait ressentir à ce même moment dans la vie réelle, et il prend vie dans notre esprit, à tel point que l’on souhaite parfois devenir cette même personne. Il réussit ainsi à mettre en vie son personnage : il est son propre personnage. C’est pour cela que même avant d’entrer dans la phase de l’apprentissage de son texte, il se doit d’analyser objectivement celui qu’il devra interpréter afin de le connaître, de créer des liens étroits et d’être le plus naturel possible lors du fameux jour J.

Critère ultime

Mais, faire un bon film ne suffit pas vraiment à être un bon acteur. Prenons l’exemple de Morgan Freeman, non pas qu’il soit mon acteur préféré, mais plutôt car il s’est imposé comme l’un des grands acteurs américains, et qu’il a remporté un nombre d’oscars considérables. Il se pourrait que Morgan Freeman n’ait pas réellement joué ces rôles et qu’il se comporte comme cela dans la vie réelle. Ainsi, ce qui fait de lui un bon voire excellent acteur est le fait qu’il ait incarné plusieurs personnages, tous différents : il incarne le prisonnier modèle dans The Shawshank Redemption, le Président des États-Unis dans Deep Impact, ou encore l’artiste aveugle dans Danny the Dog. Prenant fait et cause pour la population noire américaine, il dénonce les horreurs de l’apartheid dans Bopha, son premier film en tant que réalisateur, et a rencontré à plusieurs reprises le président sud-africain Nelson Mandela, qu’il incarne dans Invictus, un des films qui lui permettra de s’imposer sur la scène internationale du cinéma. Morgan Freeman semble pouvoir interpréter un grand nombre de rôles, sans qu’on le reconnaisse. Il peut avoir joué un détenu, il incarnera très bien le rôle d’un président. Et c’est bien cela le critère ultime, celui qui permet de reconnaître qu’on est en face d’un bon acteur, c’est qu’il n’est pas reconnaissable.

Morgane Bocquet – Terminale ES

1 comment for “À la recherche de l’acteur idéal

  1. 1 mars 2017 at 22:04

    Bonjour,

    Je suis comédien. Je tiens un blog sur le jeu. Cet article est très intéressant, je souhaitais savoir ce que faisait Morgane Bocquet aujourd’hui, si elle avait persévérer dans le milieu cinématorgraphique, si il y avait un moyen de la contacter.

    Bien à vous,

    Gwen

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