Les Coréens dans le monde

Madame Park se lève très tôt tous les matins pour ouvrir sa petite échoppe dans le quartier de Dae-Rim et vendre toutes sortes de snacks coréens. La devanture est en chinois, son accent et sa façon de parler sont différents de ceux des Coréens. C’est une Chosonjok.

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Hoyhun interrogant Madame Park.

Les Coréens sont un peuple asiatique vivant pour la plupart dans la péninsule coréenne. On en compte à peu près 70 millions, 50 millions en Corée du sud et 20 millions en Corée du nord. Cependant la diaspora coréenne dans le monde compte au moins 5 millions d’individus.

Durant la Guerre de Corée et l’occupation japonaise certains d’entre eux ont dû émigrer de force ou non au Japon. On compte à peu près un million de Coréen du sud-Japonais) et de Coréens du nord-Japonais au Japon. Les relations entre les Coréen-Japonais et les Japonais d’origine n’ont jamais été très bonnes. Les Japonais les ont toujours considérés comme des étrangers quelle que soit leur génération d’arrivée.

Mais les Coréens sont surtout présents en Chine et aux États-Unis, où en 1990 lors du recensement, 630 000 Américains ont déclaré utiliser le coréen chez eux, et on compte aux alentours de 2 millions de Coréens au total sur le sol américain. Cela est surtout dû au fort flux d’immigration coréenne entre les années 60 et 80.

Nous allons nous intéresser plus particulièrement aux Chosonjok, minorité coréenne habitant en Chine, principalement dans la province de Jilin près de la frontière avec la Corée du Nord. Cette minorité témoigne de l’arrivée massive de Coréens à la fin du XIXe siècle. En 1907 les Japonais se sont installés dans cette région et ont tenté d’utiliser ces immigrants afin de réduire l’influence chinoise dans la région de Jilin. En 1945, 74% de la population régionale était coréenne. A leur libération beaucoup de Coréens ont été engagés dans la guerre civile chinoise qui opposait communistes et nationalistes. Mais elle a été stoppée par l’invasion japonaise, et les deux parties ont alors décidé de s’allier.

Certains de ces Chosonjok sont désormais retournés dans leur patrie natale, Le pays du matin calme. Nous avons eu la chance de pouvoir en interroger une, Madame Park qui est revenue dans son pays d’origine il y a une dizaine d’années :

Depuis combien de temps êtes vous revenue en Corée?

Je suis revenue ici en 2000.

Connaissez-vous la raison pour laquelle votre famille a émigré en Chine?

Je ne sais pas exactement car ce sujet n’était pas évoqué dans ma famille. Elle a émigré en Chine dans les années 50 donc je pense que cela est dû à la guerre.

Pourquoi êtes-vous retournée vivre en Corée?

Avec le développement économique de la Corée du Sud, je suis revenue pour trouver du travail comme la plupart des Chosonjok. Certaines de mes amies sont revenues aussi pour trouver un mari d’origine coréenne.

Avez-vous laissé votre famille en Chine ?

Non ma famille est avec moi en Corée. (NDLR : bien que n’ayant pas souhaité nous en parler directement, d’après son âge et les propos tenus sur le sujet, nous pensons qu’elle a rencontré son mari en Corée du Sud)

Les conditions de vie sont-elles meilleures en Chine ou en Corée ?

Le niveau de vie est nettement meilleur en Corée. Ici, à Séoul je travaille dans le commerce alors qu’en Chine les conditions de travail étaient difficiles, la plupart d’entre nous étions paysans avec de faibles revenus.

Est-ce dur de se réintégrer dans la société coréenne ?

Au début oui, je me sentais étrangère dans mon pays d’origine. Les Coréens nous considèrent d’abord comme des Chinois, malgré le fait que nous soyons des Coréens à l’origine. Nos habitudes de vie étaient différentes des leurs.

Vous êtes donc plus considérée comme une Chinoise que comme une Coréenne ?

A mon arrivée oui, mais au fil du temps mon mode de vie s’est rapproché des Coréens et on a commencé à me qualifier plus de coréenne que de chinoise. Mon intégration a également été facilitée grâce à la forte communauté Chosonjok présente dans mon quartier de Séoul. Cependant le gouvernement continue toujours de nous considérer juridiquement comme des étrangers.

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Rue principale du quartier de Dae-Rim.

Comme le dit Madame Park le gouvernement ne considère pas ces Chosonjok comme des Coréens, cela se voit par le type de visa qu’il leur est attribué. Les autres étrangers d’origine coréenne peuvent disposer d’un visa F-4, leur permettant de rester un certain nombre d’années sur le sol coréen et de pratiquer la quasi-totalité des activités liées à l’emploi.

Le gouvernement coréen pour éviter un afflux massif de la population Chosonjok, leur attribue un visa H-2 qui leur permet seulement de rester au maximum deux ans en Corée. De plus la procédure pour les obtenir est longue et complexe quand il s’agit de Chosonjok.

C’est pour cela que de nombreuses femmes de cette minorité viennent pour se trouver un mari coréen et ensuite obtenir un visa F-6 (pour les personnes mariées à des citoyens coréens), qui leur permet de rester beaucoup plus longtemps et de travailler en Corée. La diaspora coréenne n’est pas seulement présente en Chine, au Japon et aux États-Unis, mais également en Amérique du Sud, en Australie, en Russie et même un peu en France.

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Devanture en chinois de l’un des multiples restaurants du quartier.

L’histoire récente et notamment la guerre de Corée à contraint un grand nombre de Coréens à quitter leur pays, alors faussement appelé le pays du matin calme. A cette époque la Corée était connue dans le monde pour la désolation laissée par la guerre et les réfugiés qui en ont résulté. Le miracle économique de la Corée d’aujourd’hui fait revenir ses enfants. Même si pour eux, comme on a pu le voir plus haut, le chemin est encore long pour être réintégré complètement dans la société en dépit du fait que l’État coréen s’appuie sur cette diaspora pour être plus influent dans l’espace-monde mais aussi trouver de nouvelles compétences pour son insertion dans la mondialisation. Destination aujourd’hui attractive, la République de Corée, entre remords et besoins, s’appuie sur les descendants de ceux qui avaient quitté la péninsule pour chercher un avenir plus radieux.

Victor Desille et Hohyun Song, Seconde

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