Le libre-échange en Corée

Le pays “ermite” à l’assaut du commerce mondial

La Corée veut prendre pleinement part à la mondialisation

La mondialisation est un phénomène en pleine expansion apparu il y a plus de 25 ans. Les pays développés commercent entre eux plus que jamais, et ce en grande partie grâce au libre-échange, qui s’est largement répandu à partir de 1980. Les marchés communs fleurissent de par le globe (Union européenne, ALENA ou encore ASEAN) et les pays industrialisés tentent d’imposer l’ouverture des frontières aux pays en voie de développement afin d’accroître encore le volume des échanges.

La Corée du Sud a elle aussi conclu des accords garantissant le retrait des barrières douanières avec plusieurs pays. Le premier se fit avec le Chili en 2004. Plus récemment, des accords ont été signés avec l’Union européenne et ces nouvelles mesures devraient être effectives au 1er juillet 2011. Cet accord bilatéral est le plus important jamais signé par l’UE; il est prévu de supprimer 99% des droits de douane dans les cinq prochaines années, cela devant entraîner une augmentation entre 0,5 et 2% de la croissance coréenne.

En s’ouvrant ainsi au reste du monde, la Corée s’assure de ne pas être en marge de la mondialisation et de rester un partenaire économique incontournable.

L’essor économique de la Corée s’est pourtant fait en l’absence totale de libre-échange

Connue sous le nom de pays “ermite”, la Corée s’est longtemps repliée sur elle-même, évitant toute forme d’échange culturel ou économique avec le monde extérieur. L’hostilité envers l’étranger découle d’une forme de nationalisme très prégnant dans la culture coréenne, beaucoup influencée par la colonisation japonaise. Ainsi, pendant la Révolution industrielle du XIXe siècle en Europe, alors que le Japon commence à s’ouvrir progressivement et à développer son industrie, les Coréens continuent de barricader leurs frontières.  C’est précisément durant cette période à la fin des années 1880 que le libre-échange connaît une formidable expansion dans les pays industrialisés d’Europe occidentale. La colonisation japonaise en Corée, de 1910 à 1945, aggrava le niveau de développement du pays, déjà critique, où le revenu par tête en 1961 était inférieur à $90 par an.

Ce n’est qu’après la guerre fratricide entre les deux Corées qui a fait plus de 4 millions de victimes de 1950 à 1953 qu’a débuté le “miracle de la rivière Han.” C’est sous la présidence du général Park Chung-Hee que la Corée connaît un formidable essor économique. Toutefois ce développement n’est pas dû, pour la plus grande partie, au libre-échange, tant glorifié aujourd’hui. Après avoir pris le pouvoir en 1961 par un coup d’État militaire, le général Park met en place des plans quinquennaux dans le but d’industrialiser très rapidement le pays. Sous le régime autoritaire du président Park, la Corée se montre plus protectionniste que jamais : les taxes sur les importations sont considérables, les entreprises sont largement subventionnées par l’État et la plupart d’entre elles sont même gérées en totalité par lui. C’est à cette époque qu’apparaissent les principaux conglomérats coréens (chaebols) que nous connaissons aujourd’hui : LG, Hyundai et Samsung, qui jusqu’en 1970 exportait principalement des biens issus de l’industrie textile. Ce n’est qu’en 1974 que Samsung se lance dans l’industrie de semi-conducteurs, où elle se place désormais deuxième mondialement en terme de chiffre d’affaires, après l’Américain Intel.  En quinze ans, le PIB coréen a été multiplié par cinq.

Il aura finalement fallu près de 40 ans à la Corée pour faire ce que l’Angleterre et les États-Unis ont fait en l’espace d’un siècle, à savoir développer son industrie jusqu’à devenir la 10e puissance économique mondiale par son PIB en 2010.

Quelles perspectives pour le libre-échange en Corée ?

Des négociations avec les États-Unis en 2006 avaient abouti à la signature d’un accord entre les deux pays, mais celui-ci n’a toujours pas été ratifié par le Parlement américain qui, depuis l’élection du Président Obama, se montre hostile au projet. Les Coréens restent en effet assez restrictifs sur certains points, désireux de protéger quelques secteurs clés de l’économie comme l’agriculture. L’Union européenne se montre elle aussi  protectionniste à l’égard de son agriculture à travers notamment la Politique agricole commune (PAC) qui représente la moitié du budget européen, distribué sous forme de subventions. Alors pourquoi demander à la Corée de supprimer ses taxes sur les importations de produits agricoles américains et européens ?

Les termes du libre-échange posent donc de réels problèmes lorsqu’on veut s’attaquer à certains secteurs, celui de la construction automobile par exemple. Dans le cas de l’ALE (Accord de libre-échange) avec l’Union européenne, les constructeurs automobiles européens se disent fortement défavorisés par rapport à la Corée qui exporte presque vingt fois plus d’engins vers l’Europe que l’UE n’en vend en Corée. De même, les Américains reprochent aux Coréens de bloquer l’accès au marché intérieur avec des barrières non tarifaires comme l’existence de normes strictes empêchant la commercialisation de certains produits étrangers en Corée. La question de la propriété intellectuelle (concernant  surtout le secteur automobile et l’industrie pharmaceutique) est au cœur des désaccords en matière de libre-échange. D’autres sujets sensibles concernent l’importation de bœuf américain en Corée qui reste très limitée à cause de la taxe de 40% qui lui est appliquée. Le gouvernement et le Président actuel Lee Myung-Bak vont donc devoir faire des concessions en vue de signer l’ALE avec les États-Unis dans un premier temps, puis avec de nombreux autres pays, ce à quoi elle aspire maintenant. Il est indispensable de réduire le coût des opérations effectuées en Corée afin d’en faire un véritable hub financier à portée internationale. L’Institut Économique de la Corée (KEI) à Washington a ainsi observé qu’il “est encore très difficile de faire du business en Corée.”

Les multiples aspects du libre-échange

Au-delà d’intérêts économiques à court et à long terme, ces accords de libre-échange ont aussi des enjeux géopolitiques majeurs, bien que moins reconnus. La Chine, devenue la deuxième puissance économique mondiale début 2010, est le premier partenaire commercial de la Corée (22% du total des échanges réalisés), qui bénéficie ainsi d’une formidable occasion d’intensifier ses échanges commerciaux avec le reste du monde. Les États-Unis voient ainsi un ALE avec la Corée comme un moyen d’affirmer sa position sur le marché asiatique et de concurrencer partiellement la Chine.

Enfin certains soulignent que malgré toutes les mesures prises pour libéraliser l’économie mondiale, certains déséquilibres commerciaux ne pourront se résorber avec la  simple suppression des barrières douanières. En effet, il semble que certaines barrières à l’entrée des marchés sont plus d’ordre culturel qu’économique. Ainsi, quand bien même l’on retirerait toute taxe aux importations, on constaterait encore qu’un Coréen serait tout de même moins enclin à acheter un 4×4 Grand Cherokee qu’une voiture de marque coréenne du type Hyundai Sonata, moins imposante et plus modeste en termes de consommation d’essence. Les accords de libre-échange ne peuvent ainsi changer radicalement les comportements des consommateurs.

La Corée s’engage de plus en plus dans des accords de libre-échange avec d’autres grandes puissances économiques. Mais ce phénomène n’est que très récent dans un pays resté inaccessible aux flux étrangers jusqu’au XXe siècle, et dont le développement fulgurant durant les années 1960 reposait sur des mesures protectionnistes de nationalisation de l’économie. Dorénavant, la Corée a de nouveaux objectifs et compte bien   devenir un acteur de la mondialisation encore plus éminent dans les années à venir, en maximisant sa compétitivité tout particulièrement grâce à la multitude d’accords de libéralisation qu’elle envisage d’entreprendre prochainement.

Alice Muller, Terminale ES

Lycée français de Séoul

2 comments for “Le libre-échange en Corée

  1. Muller Julian
    13 décembre 2010 at 19:41

    Bravo pour cet article de grande qualité !

  2. Ettoumi
    1 juillet 2011 at 04:16

    bonsoir, je n’ai pas encore lu tout l’article mais il semble intéressant, en fait je suis intéressé par les relations commerciales qu’entretient la corée du sud spécialement avec le Maroc ( c’est l’objet de mon mémoire de fin d’études Master: Echanges internationaux et OMC), SVP, si vous disposer d’autres articles veuillez m’aider en me les envoyant je mettrais à votre disposition plusieurs articles très interessants. Bon courage

    Merci d’avance

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *