Deux fiers hérauts rencontrent l’Ambassadeur

interviewEn poste à Pékin depuis le mois d’août de cette année, Monsieur l’Ambassadeur de France en Chine a tenu à visiter le Lfip.  Il a eu la gentillesse d’accepter de répondre à nos questions.

Interview du jeudi 25 septembre 2014 réalisée au CDI du Lycée français international de Pékin

Karl : Quel a été votre cursus scolaire ?

J’ai été au lycée, comme tout le monde, j’ai appris l’allemand en 1ère langue, et  l’anglais en 2ème langue. J’aimais beaucoup les langues. Par la suite,  j’ai intégré Sciences-po,  puis, j’ai fait du droit et  les Langues Orientales. J’y ai appris les langues indiennes (l’hindi et l’ourdou) mais pas le chinois.

Combien d’années sont requises pour devenir ambassadeur ?

De longues  années. Il faut avoir une expérience diversifiée. On devient ambassadeur à partir de 45 ans. Il faut compter environ 20 à 25 ans d’activité professionnelle avant comme diplomate avant de devenir ambassadeur.

Nous avons lu dans votre biographie que vous étiez un diplomate de carrière, pourriez-vous nous éclairer sur cette appellation ?

Cela veut dire que j’ai toujours été un diplomate. Un diplomate de carrière  s’oppose à un diplomate qui vient d’une autre origine, professeur ou industriel ou autre. Par exemple, le président du groupe  Renault, en 1981, a été nommé ambassadeur à Washington. C’était le choix du Président de la République de l’époque. Il apportait de remarquables compétences pour illustrer notre force industrielle auprès des Américains. Il y aurait d’autres exemples.

Les Américains vont souvent chercher comme ambassadeurs, des gens qui ont aidé à la campagne du Président Américain.

Paul : En quoi consiste le métier d’ambassadeur ?

Le métier d’ambassadeur est toujours un peu difficile à expliquer mais il y a quatre choses qu’il convient de retenir.

D’abord un ambassadeur, représente son pays, le Président de la République, tout le gouvernement et il doit savoir le mieux possible tout ce qui se passe dans son propre pays.

Un ambassadeur, selon les situations, doit pouvoir négocier au nom de son pays.

Un ambassadeur est censé protéger les Français et les Françaises dans les pays où ils se trouvent en cas de troubles, de difficultés, de catastrophes naturelles.

Et puis, l’ambassadeur informe son gouvernement de tout ce qui se passe mais il informe également le gouvernement du pays où il est de tout ce qui se passe dans son propre pays.

Voilà, en gros, les quatre missions de l’ambassadeur : représenter, négocier, protéger et informer.

Vous avez exercé en qualité de 1er secrétaire à l’Ambassade France en Inde, puis en tant qu’ambassadeur au Japon et tout dernièrement vous avez été nommé en Chine. Le continent Asiatique n’est donc pas inconnu pour vous. Toutes ces affectations, sont-elles des choix personnels ou décide-t-on pour vous ?

Le choix d’être diplomate était un choix personnel. Le choix d’apprendre l’hindi et l’ourdou était un choix personnel. Je me disais que j’irais certainement en Asie. Finalement j’ai été en Inde. J’y suis resté trois ans,  et après  cela, je me suis un peu  occupé dans différentes missions. J’ai été nommé, par la suite,  ambassadeur au Japon, non pas par choix personnel, mais parce que le Président de la République de l’époque, M. Chirac me l’avait demandé. J’ai été enchanté d’aller au Japon. Ce pays m’a intéressé et m’a même passionné.

En ce qui concerne la Chine, j’étais entre-temps ambassadeur en Allemagne et en Grande-Bretagne et on a estimé qu’il fallait quelqu’un pour aller en Chine. On m’a demandé alors si cela m’intéressait et j’ai bien évidemment accepté. C’est une chance dans la vie de pouvoir travailler en Chine.

Quelles différences essentielles trouvez-vous entre le Japon et la Chine ?

Ce sont deux mondes très différents. Je crois surtout qu’il faut bien mettre en garde ceux qui veulent comparer  la Chine et le Japon. Il y a des inspirations et une culture japonaise très nourries de culture chinoise. Mais c’est un monde différent. Le Japon a vécu replié sur lui-même pendant 250 ans et il s’est ouvert à l’Occident tardivement. La Chine, c’est autre chose. C’est un pays beaucoup plus central et je crois que c’est très difficile de tirer des comparaisons.

Vous avez également été en fonction en Europe. Existe-t-il des différences fondamentales entre le continent Européen et le continent Asiatique ?

Radicalement. Ce sont des mondes qui se sont ignorés pendant  longtemps et qui aujourd’hui se rencontrent dans la globalisation. Donc notre grand travail, à moi mais aussi à vous, qui êtes de la jeune génération, est de faire en sorte que ces mondes si différents se comprennent et s’entendent. Est-ce que vous apprenez le chinois ?

Oui

Vous serez donc des gens qui peuvent permettre à ceux qui ne parlent pas chinois de comprendre ce qui se trouve dans la tête des Chinois. Ce que les Chinois veulent, comment ils fonctionnent, comment construire ensemble. Parce que c’est ça l’idée. Il faut qu’à une époque où nous sommes chacun très souvent repliés sur soi-même en disant : « je suis français », « je suis anglais », ou «  je suis allemand », on ne se replie pas trop et qu’on comprenne ce que pensent les autres et quelles en sont les raisons.

Le 1er Aout de cette année, vous avez pris vos fonctions à Pékin. Pourriez-vous nous parler d’une journée type d’un ambassadeur de France en Chine ?

Je vais d’abord commencer par hier où je suis rentré de Paris. J’avais des consultations avec les autorités chinoises qui sont venues en visite à Paris et  que j’ai accompagnées.

 Je suis allé, ensuite, à Shanghai où Mme Martine Aubry effectuait une visite. Je suis rentré hier après-midi, et j’ai fait tout ce que je n’avais pas fait durant les jours où j’étais absent, à savoir traiter  des dossiers qui s’entassaient, et voir mon équipe avec qui j’ai fait une importante réunion de préparation  concernant la  visite de notre Ministre, qui doit venir dans trois semaines.

Aujourd’hui, j’ai pris un petit déjeuner avec un journaliste, ensuite j’ai eu une réunion avec l’ensemble des chefs de service de l’Ambassade pour faire le point sur la situation de quelques dossiers. Après cela, je suis allé voir un collègue ambassadeur, celui de l’Union Européenne, pour me présenter à lui, car il est nouveau tout comme moi, afin que nous puissions travailler ensemble.

Après cela, j’ai encore déjeuné avec un journaliste. Maintenant, je viens vous voir, je visite le lycée parce que c’est important, presque 1 000 élèves français. La formation et l’éducation que l’on vous donne sont très importantes pour votre avenir.

J’ai rencontré à la fois, le Proviseur, le Proviseur adjoint, les équipes éducatives, l’inspectrice, les parents d’élèves. Il faut que je connaisse l’environnement dans lequel je me trouve.

Mais ce n’est pas terminé. Je vais rentrer et je vais donner d’autres interviews. Une à deux journaux chinois, même si je ne parle pas chinois, mais il y aura un interprète, et une autre à un autre journal chinois, mais en anglais cette fois-ci.

Après cela, je vais voir le président d’une grande entreprise française qui travaille dans le secteur de l’énergie, et je finirai ma journée par une réunion sur la communication toujours en préparation de la venue de notre Ministre.

Voilà une journée d’un ambassadeur. Comme vous le voyez, c’est très varié. Mais c’est cette variété qui rend ce métier  très sympathique et très intéressant.

Etiez-vous auparavant déjà venu à Pékin ?

J’ai souvent accompagné le Président Chirac à Pékin, car j’étais en charge  du dialogue stratégique franco-chinois. Je peux vous dire que  cela a énormément changé. La Chine est un pays fort,  un pays qui a du succès, c’est un pays qui a des ambitions, et je me répète, c’est à nous de préparer l’avenir et à vous de le porter.

Que pensez-vous de la pollution à Pékin ?

C’est une très belle journée aujourd’hui. Je me demande pourquoi on parle de pollution !

Je pense que les Chinois vont régler ce problème car c’est l’intérêt de tout le monde, c’est l’intérêt du peuple chinois qui le demande. Je suis assez confiant, cela va prendre un peu de temps mais les Chinois ont une  grande volonté  d’y parvenir et ils vont certainement se donner tous les moyens.

C’est pour cela que nous avons eu raison de construire un grand lycée, car les gens vont venir quand le problème de la pollution sera réglé, et occuper toutes les places du lycée.

Notre nouveau lycée doit voir sa première pierre posée très prochainement, serez-vous présent à ce moment-là ?

En principe c’est notre Ministre des Affaires étrangères et du Développement international qui posera la première pierre, je serai donc forcément à ses côtés.

Que pensez-vous de ce  projet ?

C’est un projet qui est très beau. J’ai vu la maquette. Très ambitieux, il va résoudre beaucoup de problèmes qui étaient ceux d’une dispersion des efforts des uns et des autres, sur plusieurs sites. Je crois que vous aurez beaucoup de chance. Il va y avoir des équipements pédagogiques, il va y avoir un stade, un gymnase, un auditorium. Ce sera un lieu de rencontres où l’on portera l’éducation et la culture françaises.

Nous vous recevons au CDI, antre de la littérature dans notre lycée, pourriez-vous nous dire quelle lecture vous a le plus marqué lorsque vous étiez au collège en 4ème ?

Lorsque j’étais au collège en 4ème, j’avais une professeure de français qui était Mme Sanchidrian, je m’en rappelle très bien, il y a des noms que l’on retient, je l’aimais beaucoup, elle était remarquable. On lisait beaucoup de littérature classique parce qu’on n’avait pas de tablettes, de jeux vidéo. Je pense que cela a un peu changé par rapport à aujourd’hui.

On lisait Racine à l’époque. Je ne sais pas si vous avez étudié Racine en 4ème. Mais par ailleurs, je lisais largement Tintin, Spirou.  D’ailleurs,  j’ai relu le Lotus bleu avant de revenir en Chine.

Je lisais aussi beaucoup de Jules Verne. J’aimais  beaucoup. Ah oui, c’est bien !

Avez-vous une passion ?

J’aime beaucoup les langues.

Votre emploi du temps chargé vous laisse-t-il le temps de pratiquer votre passion ?

Je vais me mettre au chinois, j’ai appris le japonais quand j’étais au Japon, suffisamment pour faire des discours en japonais. J’espère que je pourrai faire la même chose en chinois, mais je crois que c’est encore plus difficile. Vous confirmez ?

Oui

Comme de nombreux ambassadeurs, vivez-vous à l’intérieur de l’Ambassade ?

Oui

Que pensez-vous de l’architecture ?

Je découvre cette architecture et je trouve que c’est plutôt bien fait, il y a de beaux volumes, de l’espace. Et de ce point de vue-là, je trouve que c’est bien représentatif. Il faut qu’on donne le meilleur de nous-mêmes. Vous pensez que c’est une œuvre qui est plutôt bien réussie ?

Nous ne sommes jamais entrés à l’intérieur. Mais nous  la trouvons très belle à l’extérieur.

Et bien il faudra venir me voir.

A notre âge que rêviez-vous de faire ?

Je rêvais de travailler pour servir l’Etat. Je voulais être préfet. Après j’ai découvert que j’aimais beaucoup les langues et être avec des gens qui étaient différents de moi, c’est-à-dire qui n’étaient pas des Français. J’ai découvert cela avec le temps.

Alors je me suis dit, « pourquoi ne pas être diplomate, pourquoi ne pas vivre à l’étranger » ?

J’aurais très bien pu aller dans une entreprise privée qui envoie ses cadres et son personnel à l’étranger. Je l’aurais fait très volontiers.

 Je crois qu’il y a un grand enrichissement personnel à être avec des gens différents, on découvre alors mieux qui on est soi-même.

Mais ça vous le vivez déjà, depuis longtemps, toi depuis 11 ans, et toi depuis 2 ans.

Vous avez été distingué de la Légion d’honneur en avril 2010, cette décoration vous a-t-elle encore plus motivé ?

C’est souvent la marque de l’âge, la décoration. On vous décore quand vous avez un certain âge et que vous avez fait certaines choses. Voilà, cela m’a fait plaisir, mais il ne faut pas y accorder trop d’importance.

Cette interview va être publiée dans le journal en ligne Asia, alimenté par 12 lycées français de la Zone Asie Pacifique, mais aussi dans le journal « Les voleurs de l’info » réalisé en aide personnalisée au CDI avec des élèves de 6e. Auriez-vous des conseils à donner à un futur ambassadeur ?

Et bien, je lui conseillerais d’apprendre les langues et d’apprendre l’histoire. Parce que si on ne sait quelle est l’histoire des gens que l’on a en face de soi, on a beaucoup de mal à comprendre comment ils pensent et comment ils travaillent. C’est important pour des étrangers de savoir ce qu’est l’Histoire de France, comment notre pays s’est constitué, comment il se renouvelle,  comment on est plus ou moins fort ou faible dans tel ou tel domaine.

Je crois que c’est important d’apprendre l’Histoire sur la longue période. Et avec des peuples comme celui de la Chine, qui pensent dans le long terme, c’est très important de comprendre quelle est leur Histoire, quels ont été leurs traumatismes, quelles ont été leurs grandes périodes, leurs fiertés. C’est ça, l’Histoire.

Nous permettez-vous de vous poser une dernière question ?

Bien évidemment.

Avez-vous des Ferrero Rocher dans votre bureau ?

J’ai cinq enfants, et souvent pour se moquer de moi et me faire rire, ils me donnent des Ferrero Rocher. Voilà.

Mais je ne crois pas qu’il y en ait dans mon bureau.

Merci d’avoir répondu à nos questions. Nous sommes très honorés d’avoir pu réaliser avec vous, Monsieur l’Ambassadeur, cette interview.

Karl Cauver, Paul Dormoy et Camille Dormoy, Classe de 4e

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