La contrefaçon : véritable fléau social ?

L’économie s’est de plus en plus mondialisée depuis les années 1990. La Chine est un des acteurs principaux de ce phénomène, notamment Hong Kong, une ville-monde sous l’emprise du gouvernement chinois mais plus libérale d’un point de vue économique. Avec le développement des productions, vient la contrefaçon, un phénomène que beaucoup critiquent, car elle crée un immense manque à gagner pour les entreprises, ainsi que des répercussions sociales au niveau de la population. Mais en quoi l’économie du luxe est-elle vraiment affectée par la contrefaçon chinoise ?

Afin de développer un lieu de vente de contrefaçon, deux critères sont indispensables : du tourisme et du commerce. La Chine et Hong Kong possèdent ces deux ingrédients. En effet, Hong Kong a récemment été classée comme étant la neuvième ville touristique mondiale. De plus, le pays s’est très ouvert au commerce depuis les années 80, c’était donc, et c’est toujours un paradis pour une contrefaçon de masse, dont la production ne coûte pas chère.

En temps que résidents de Hong Kong, nous avons pu concrétiser ces faits, en analysant la situation sur le terrain : le Ladies Market de Mong Kok, situé dans Kowloon, un quartier dont la densité démographique est extrêmement élevée. Ce marché, rempli de touristes, regorge de produits contrefaits tels que des T-shirts, montres, casques audio, jouets ou sacs. Tout le long de Tung Choi Street, chaque vendeur affirme la même chose : tous ses produits sont 100% vrais ! Les prix varient : entre 100 et 150 HKD pour un casque Beats (environ 15 euros), un sac Chanel à 300 HKD (environ 30 euros), des chaussures Tods à 280 HKD (environ 28 euros). A la vue et au toucher, nous avions senti que c’était du faux. Les copies de casques Beats étaient par exemple beaucoup moins confortables que les vrais, voire désagréables à utiliser. De plus nous avons été surpris d’observer un grand nombre de sacs Mulberry ainsi que Louis Vuitton.

Les grandes entreprises françaises perdent de l’argent à cause de la contrefaçon, on utilise le terme de « manque à gagner ». En effet, dans un rapport de l’Union des Fabricants, il est estimé que 4 à 7% du chiffre d’affaires est perdu pour l’ensemble du secteur du luxe français. Pour un exemple plus concret, Lacoste affirme que ses pertes annuelles s’élèvent à 228 millions d’euros, soit 6,2% de son chiffre d’affaires. De plus, les pertes ont été estimées à 200 000 emplois dans le monde, dont 30 000 en France et 100 000 en Europe. Une étude révèle qu’une baisse de 10 points du taux de contrefaçon ouvrirait la possibilité de créer au moins 45 000 emplois.

Cependant, des limites sont à noter. En effet, toutes les entreprises de luxe ne sont pas forcément victimes d’un grand manque à gagner, puisqu’on peut supposer que si un consommateur achète un produit luxueux contrefait, c’est qu’il ne possède probablement pas assez de moyens financiers pour acheter le vrai produit. Or, l’idée est bien de se distinguer socialement, donc ceux qui ont les moyens n’achètent pas de contrefaçon. Toutefois, il est parfois très difficile de distinguer le vrai d’un faux produit de luxe, que ce soit pour le consommateur, comme pour les fournisseurs légaux. Les copies étant très abordables, elles sont donc très répandues et sont souvent de mauvaise qualité. Les consommateurs associent alors cette mauvaise qualité à la marque elle-même, phénomène redouté par les marques de luxe.

En revanche, toutes les grandes marques de luxe ne sont pas d’accord sur le fait que la contrefaçon est entièrement négative et problématique. Le PDG de Prada, Patrizio Bertelli, pense que la contrefaçon est, au contraire, révélatrice de la réussite de la marque. Il argumente aussi qu’au moins, des emplois sont créés dans des usines. Il affirme que cela serait triste pour une marque que personne ne veuille la copier car cela témoignerait du fait que cette marque échoue à transmettre son image positive. Le manque à gagner créé par la contrefaçon est un problème mais ne dévalorise néanmoins pas obligatoirement l’image de la marque. Certains considèrent même cela comme un hommage qui leur est rendu.

Malgré les conséquences de la contrefaçon, il existe certains moyens pour refouler ce phénomène grandissant. Les premiers acteurs de cette lutte sont bien sûr les gouvernements, en effet, selon la loi Perben II, les peines sont de 3 ans de prison ainsi que 300 000 euros d’amende. En bandes organisées, les peines doublent presque : 5 ans de prisons accompagnées de 500 000 euros d’amende.

Certaines entreprises collaborent avec des organismes privés s’occupant de la répression de la contrefaçon en France. Parmi eux sont l’Union des Fabricants ou l’UniFab, le Comité Colbert, l’Agence de Protection des Programmes (APP) et la Société de Gestion Collective des Droits. Afin d’avoir une approche locale, nous avons étudié le travail de l’entreprise STU basée à Hong Kong. Cette entreprise suisse lutte contre la contrefaçon en s’alliant avec les grands groupes français tels que LVMH. De manière plus générale, STU protège les produits de luxe comme les montres, la maroquinerie, les habits, les stylos, les bijoux, les parfums, les cosmétiques et, enfin, les lunettes. Elle possède la particularité de couvrir une grande partie de l’Asie où elle a réalisé 19 812 opérations (perquisitions, arrestations), dont 10 621 en Chine, ce qui représente 54% de la totalité des saisies ! Dans le cas d’une usine, des enfants employés se retrouvent sans travail. M. Dubois, PDG de l’entreprise a donc créé une association, Teacher of Ten Thousand Generations Foundation, qui a pour but de prendre en charge ces enfants et de les éduquer pour que leur avenir soit garanti. Tout en réduisant la production et le marché de la contrefaçon, STU et Teacher of Ten Thousand Generations Foundation mènent des enfants sur un chemin positif en leur offrant la chance d’apprendre et d’exercer un métier en toute légalité.

La contrefaçon reste tout de même un phénomène extrêmement répandu, et un phénomène mondial aux conséquences économiques et sociales graves. Il est donc important, mais impossible, d’éradiquer complètement ce marché noir, dont tant de personnes profitent. La répression de la contrefaçon connait des limites.

Maxime Kennish, Axel Fogliani, Première ES

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