‘’Soyez les ambassadeurs d’une meilleure vie’’

‘’Soyez les ambassadeurs d’une meilleure vie’’ – Retour sur la rencontre avec Ruth et Yaël Halimi

Après la projection du film 24 jours, les élèves de Première et de Terminale du lycée français international de Hong Kong ont eu l’honneur d’accueillir, le lundi 1er décembre 2014, Ruth et Yaël Halimi, deux femmes à l’histoire bouleversante.

24 joursEn janvier 2006, Ilan Halimi, 23 ans, est kidnappé, séquestré et torturé en banlieue parisienne. Les auteurs de ce crime : un groupe de vingt jeunes d’une cité de Sceaux se faisant appeler « le gang des barbares », avec à leur tête Youssouf Fofana. Si Ilan a été enlevé c’est « parce qu’il était juif », explique sa mère. En effet, pour Youssouf Fofana les juifs sont forcément riches et leur communauté est soudée. Il est convaincu que la famille payera sans problème la rançon de 450 000 euros exigée. Ne disposant pas d’une telle somme, les Halimi se tourneront vers la police. Après plus de trois semaines de calvaire pour Ilan et d’intenses recherches par la police, Ilan est brûlé vif dans une forêt de Sainte-Geneviève-des-Bois. Retrouvé agonisant le long du RER C, le jeune homme décède suite à ses blessures dans l’ambulance qui le conduit à l’hôpital. Cette affaire suscita une vive émotion en France en raison du caractère antisémite de ces actes, et des conditions inhumaines dans lesquelles Ilan aura tenté de survivre.

En avril 2014, 24 jours, un long métrage d’Alexandre Arcady, sort au cinéma. Bien que le film n’ait pas eu un franc succès (se classant 16e du box office, la semaine de sa sortie), il retrace parfaitement les conditions d’enlèvement d’Ilan, ainsi que les souffrances de sa famille.

La réaction des élèves, après avoir visionné ce film, est unanime : ce film est marquant, bouleversant et choquant de vérité. L’émotion monte d’un cran lorsque la mère et la sœur d’Ilan rentrent dans la salle. Elles sont en effet venues pour témoigner de ce qu’elles ont vécu, faire part de leurs sentiments et pour répondre aux questions des élèves, ce qu’elles ont fait avec sincérité.

« J’espère qu’Ilan n’est pas mort pour rien », nous dit Ruth. Car si deux des membres de la famille d’Ilan sont présents c’est pour faire prendre conscience aux jeunes du monde entier d’une triste réalité. L’antisémitisme en France et en Europe ne s’est pas évanoui à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Nous nous rappelons des tombes juives profanées, sur lesquelles des croix gammées avaient été taguées en 1990. La mère d’Ilan ajoute que cela prend un tour terrifiant et qu’il ne faut pas rester muet face à cela. Bien que le crime du gang des barbares soit d’abord un crime dicté par des raisons financières, Ilan a été choisi en raison de sa religion. Un élève l’interroge sur son engagement. « Cette tournée me réconforte et apporte quelque chose à Ilan ». Ruth et Yaël, qui seront à jamais traumatisées par ce qu’elles ont vécu, ont trouvé le courage de témoigner, alors que cela les oblige à se remémorer les 24 jours les plus atroces de leur vie.

Le caractère antisémite des actes du gang des barbares est souvent abordé par la mère d’Ilan, elle qui a tant bataillé pour qu’il soit reconnu par les juges. Le procès est alors abordé par un élève, qui demande si les accusés se sont excusés auprès de la famille. La plupart l’ont fait, sauf trois des plus agressifs, dont évidemment Fofana. Il disait sans cesse à la famille qu’ils auraient dû payer la rançon, sans se rendre compte de la gravité de ses actes. Mais d’après Ruth et Yaël, même en payant, ils n’auraient pas retrouvé Ilan.

Aujourd’hui, certains responsables de la disparition d’Ilan sont sortis de prison et Madame Halimi considère que « justice n’a pas été faite ». Les juges ont-ils été trop cléments envers certains d’entre eux ? C’est ce que pense la famille. Malgré tout, aucune vengeance n’est souhaitée par la mère. Ces jeunes sont « paumés » et « il est triste que la société donne naissance à de tels monstres qui ne comprennent même pas ce qu’ils font ».

Les deux femmes sont ensuite interrogées sur ce qu’a changé le décès d’Ilan. Ruth répond alors : « Ilan a permis de sauver des vies ». Sa mort a permis une prise de conscience efficace chez les jeunes. Rappelons que pour appâter Ilan jusqu’aux membres du groupe, une jeune femme l’avait séduit à son travail. Dorénavant « Les jeunes ne font plus de dates1 sans avoir procédé à un minimum de vérifications ». La manière de procéder des policiers a aussi été modifiée : en cas d’enlèvement, une photo de la personne kidnappée est diffusée dans les journaux, à ta télé… ce sont les alertes enlèvement. Dans la cité où Ilan a été retenu, personne n’a appelé la police pour dénoncer des activités suspectes. Un simple appel aurait sauvé la vie de ce pauvre jeune homme. Ruth Halimi va même plus loin sur cette voie : « il suffit d’un homme pour changer le monde ! »

Tout au long de cet échange poignant, les élèves ont su trouver les mots justes pour aborder un sujet sensible. Madame Halimi nous a quitté avec cette très belle phrase: « Soyez les ambassadeurs d’une meilleure vie. » Cette rencontre risque de marquer à jamais la mémoire des élèves et des professeurs.

Olivier FRIBOURG, Première ES1

1 « Dates » signifie rendez-vous en anglais

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