La Directrice à l’école

photo directrice AEFEA l’occasion de la pose de la première pierre du nouveau lycée français international de Pékin, Madame Hélène Farnaud-Defromont, la Directrice de l’AEFE, est venue dans notre école. Elle a eu la gentillesse d’accepter de répondre à nos questions.

Paul : Vous êtes diplômée de l’Institut d’études politiques de Paris. Est-ce qu’à notre âge la politique vous intéressait déjà ?

Madame la directrice : Quel âge avez-vous ?

13 ans.

À 13 ans, non, la politique ne m’intéressait pas encore. Par contre, j’aimais bien discuter, échanger des idées, débattre avec mes camarades de classe mais aussi avec des adultes. Ce qui est normalement à la base d’une vocation politique.

Vous êtes également diplômée de l’Institut national des langues et civilisations orientales, le continent asiatique fait-il partie de vos passions ? Parlez-vous chinois ?

L’institut en question s’appelle « Langues O’ ». Effectivement, j’ai intégré Langues O’ en même temps que Science Po, mais ce n’était pas avec une langue asiatique. J’y ai étudié le russe. J’avais appris le russe au lycée à partir de la seconde comme troisième langue, ainsi que l’allemand et l’anglais. J’ai eu envie de continuer après le bac, car c’est une langue que j’aimais beaucoup, mais qui n’est pas facile. En effet, il faut un petit peu plus de temps pour commencer à pouvoir parler, lire, et être à l’aise dans cette langue.

Je connais peu l’Asie, c’est mon premier voyage à Pékin, je n’ai d’ailleurs pas eu beaucoup l’occasion de voyager en Asie. J’irai au Cambodge puis au Vietnam au début 2015, visiter des établissements français, mais je ne suis pas une spécialiste de l’Asie.

En 1994, vous avez intégré le ministère des Affaires étrangères, pouvez-vous nous expliquer, en quelques mots, en quoi consiste ce ministère et quelles y étaient vos fonctions ?

Le ministère des Affaires étrangères est le ministère qui est chargé de tout ce qui concerne les relations diplomatiques entre la France et tous les pays du monde, dont la Chine. Mais aussi dans les grandes organisations internationales comme l’ONU, par exemple, et l’Union européenne.

J’ai passé un concours qui s’appelle le concours du cadre d’Orient qui est un concours du ministère des Affaires étrangères et qui nous mène à une carrière de diplomate lorsqu’on le réussit. Pour le passer, il faut être bon en culture générale, en Histoire, mais aussi en langues. Je l’ai passé en ayant pris comme langue l’anglais et le russe puisque j’avais fait du russe à l’Inalco.

Mes premières fonctions au ministère des Affaires étrangères étaient de m’occuper du désarmement. J’étais au sein d’une direction du ministère qui s’occupe de sécurité stratégique et de défense et je m’occupais à l’époque de la branche désarmement.

Karl : L’AEFE est l’Agence pour l’enseignement du français à l’étranger. Quelles sont les raisons qui ont motivé sa création?

C’est l’agence pour l’enseignement français, et pas du français, à l’étranger. Ce n’est pas tout à fait pareil car ce n’est pas seulement pour diffuser la langue française à l’étranger,  c’est aussi pour permettre à des élèves comme vous, qui vivez à l’étranger, de pouvoir aller à l’école française comme si vous étiez en France. C’est même encore mieux, car vous bénéficiez, en plus, de l’apprentissage précoce des langues étrangères, et du chinois, pour ce qui vous concerne.

Elle a été créée par le législateur, c’est à dire par la loi en France pour pouvoir piloter toutes les écoles françaises qu’il y a dans le monde.

Il existe aujourd’hui presque 500 écoles et lycées dans 135 pays différents et vous êtes 330 000 élèves scolarisés dans un lycée français hors des frontières françaises.

La France est le seul pays au monde qui dispose d’un tel réseau d’écoles universel. Ce qui veut dire, par exemple, que si vos parents déménagent l’année prochaine dans un autre pays du monde, vous êtes assurés d’avoir un lycée français pour pouvoir poursuivre votre scolarité, comme au lycée français de Pékin.

Nous avons constaté qu’en Afrique Occidentale, et en particulier à Madagascar, il y avait une forte concentration d’établissements français à l’étranger. Pourriez-vous nous en donner la raison ?

Il y a effectivement 5 pays à travers le monde où nous avons  beaucoup d’écoles et de lycées français. Les 5 pays sont le Maroc, Madagascar, l’Espagne, l’Allemagne et le Liban. Pour chacun de ces pays les raisons de  cette forte concentration sont différentes.

Madagascar, c’est un pays où la France traditionnellement est très présente sur le plan politique et économique. Aujourd’hui, il y a toujours un grand nombre de Français partout dans cette grande île, ce qui explique le grand nombre d’écoles et de lycées français à Madagascar.

Qui décide de l’implantation d’un lycée français à l’étranger et comment l’AEFE s’y prend-elle pour sa réalisation ?

La décision n’est pas, en général, une décision individuelle. C’est l’ambassade de France dans le pays en question, qui dialogue avec le ministère des Affaires étrangères et les autorités du pays qui éprouvent le besoin d’ouvrir une école. Pourquoi ?

Soit, parce qu’il y a beaucoup de Français qui viennent s’installer dans ce pays, et donc beaucoup d’élèves qui ont besoin d’une école. Par exemple, une entreprise qui viendrait s’implanter avec beaucoup d’employés qui arrivent avec leur famille, ce qui impliquerait donc la nécessité de l’ouverture d’une école française.

Soit, parce que, dans le pays en question, de nombreux enfants natifs du pays ont envie d’aller à l’école française. Dans ce cas là, on peut décider effectivement d’ouvrir une école.

Par contre, on  n’ouvre pas tous les niveaux de la maternelle à la terminale d’un coup. On commence, en principe, par les classes de  primaire, car, en général, c’est là qu’il y a le plus grand nombre d’élèves qui se scolarisent, puis viennent les classes de collège et on finit, en général, par les classes du lycée.

Existe-t-il une équivalence AEFE dans les autres pays ?

Il y a, effectivement, plusieurs pays qui ont des réseaux scolaires, mais ils sont tous beaucoup plus modestes et moins étendus que le réseau AEFE. Par exemple, les Allemands, les Italiens ont aussi des écoles à l’étranger mais souvent ce sont des écoles que l’on appelle « écoles d’ambassade », c’est à dire qu’elles sont réservées aux enfants de diplomates allemands ou italiens qui travaillent dans le pays à l’ambassade, ou bien uniquement  à la communauté italienne ou allemande. Ce ne sont pas des écoles qui sont ouvertes aux enfants du pays d’accueil ou à d’autres nationalités.

Il y a  donc, effectivement, quelques réseaux, mais le réseau d’enseignement  français est de loin le plus important.

Quand et où est née l’AEFE ? Quel a été son premier lycée ?

L’AEFE est née en juillet 1990 à Paris. On fêtera, en 2015 ses 25 ans. C’est une décision du parlement français, en accord avec le gouvernement, qui a décidé de créer le réseau AEFE. Elle a été créée alors qu’il y avait déjà beaucoup d’écoles et de lycées français à l’étranger. A Pékin, par exemple, il y avait déjà un lycée français ouvert depuis 1965. Donc en 1990, il avait déjà 25 ans d’existence ! On a donc créé l’AEFE pour réunir toutes les écoles et les lycées français qui existaient à l’étranger.

Paul : Vous avez assisté hier à la pose de la « première pierre ». Êtes-vous présente à chaque lancement de travaux ?

J’étais là hier, et effectivement cette pose de la première pierre était  un grand moment pour tout le monde, car elle était très attendue par tous. On sait maintenant que dans 13 ou 14 mois vous aurez un nouveau lycée à Pékin, et ça c’est formidable, tout le monde s’en réjouit.

J’essaie d’assister, non pas à toutes les poses de première pierre et à toutes les inaugurations, mais à la plupart des cérémonies,  oui.

Que pensez-vous de sa localisation ?

Le quartier m’a semblé très bien, pas trop loin du centre, avec quelques écoles autour déjà installées. Je suis surtout contente de savoir que vous aurez un lycée d’abord qui sera magnifique avec un grand auditorium, des terrains de sport, un verger – c’est quand même formidable – et que vous aurez un air purifié dans l’ensemble du lycée.

Que pensez-vous de son architecture ?

C’est un très beau projet pensé par l’architecte Jacques Ferrier. Je n’étais pas encore directrice de l’AEFE quand le choix de retenir celui de Monsieur Ferrier a été fait. Plusieurs projets ont été présentés avant. Je trouve que c’est un très bon choix, cela va être un très bel établissement, très moderne, qui sera écologique avec  beaucoup d’espace autour.

Hormis des locaux plus vastes et plus adaptés, qu’est-ce que le nouveau lycée va nous apporter en nouvelles technologies ?

Pour les nouvelles technologies, il faudra en effet regarder au moment où le lycée réfléchira aux équipements informatiques et autres. L’AEFE pousse énormément les établissements à être connectés, car c’est un besoin que  vous maîtrisez et qui vous est  indispensable.  Il est important que les nouvelles technologies soient présentes  dans vos apprentissages.

En ce qui concerne la pollution, le projet a été revu très récemment de manière à intégrer complètement cette question.  Je vois que vous vivez, à Pékin, dans un environnement très pollué. Et comme vous passez beaucoup de temps à l’école, c’est  très important que vous puissiez l’apprécier dans une atmosphère saine avec un équipement adapté dans les salles de classe, les couloirs, la cantine, le réfectoire mais aussi  dans le CDI. Tout cela grâce à  un système de filtration de l’air de façon à ce que vous puissiez respirer un très bon air.

Karl : Vous êtes en charge de 327 000 élèves dans plus de 130 pays. Vous êtes en quelque sorte pour nous une « super proviseure » ! Comment faites-vous ?

Je ne suis pas toute seule ! J’ai des équipes à Paris et à Nantes qui m’aident, qui travaillent de façon collective. Et puis, surtout je me repose beaucoup sur les proviseurs de chacun des lycées, et sur les équipes de direction. Ici, vous avez la chance d’avoir une très bonne équipe. Ce sont eux qui sont en contact au quotidien et je leur fais toute confiance.

Rencontrez-vous des moments difficiles dans l’exercice de votre fonction ?

Difficile ? Non. Je suis très heureuse dans cette fonction, c’est une très belle mission. Je suis toujours ravie, en particulier lorsque je vais sur le terrain, de rencontrer les enseignants et surtout vous, les élèves. Lorsque je vous vois, et  même si parfois, je suis un peu fatiguée avec l’avion et le décalage horaire, je me dis en fait que je n’ai pas de questions à me poser, et que je fais un métier très positif qui est d’ailleurs une chance.

Voilà,  avec vous, je  suis récompensée de toutes mes petites  fatigues.

Quelle était à notre âge votre matière préférée ? Étiez-vous une bonne élève ?

Ma matière préférée à votre âge était l’Histoire et, oui, j’étais une bonne élève.

Cette interview se déroule au CDI. Fréquentiez-vous cet endroit à notre âge ? Qu’y faisiez-vous ?

Oui, bien sûr, je passais beaucoup de temps dans les CDI et les bibliothèques. J’aimais bien lire la presse et les magazines. Les livres, c’était à la maison, et les magasines au CDI ou à la bibliothèque.

Avez-vous un grand souvenir de lecture en quatrième ?

En quatrième, vous me posez une colle ! Ah oui, j’avais un professeur de français qui était formidable et qui faisait du théâtre. Il nous avait fait travailler une pièce d’Eugène Ionesco « Le Roi se meurt », qui a été pour moi un grand choc littéraire, et artistique, parce qu’en plus nous l’avions jouée en fin d’année.

Nous vous remercions Madame la Directrice d’avoir pris de votre temps pour répondre à nos questions.

Merci à vous. Je vous souhaite une très bonne année scolaire. Voulez-vous me rappeler ce que vous allez faire de cette interview ?

Paul : Votre interview sera publiée dans le journal en ligne Asia, mais également pour quelques extraits, dans le journal  papier de l’école « Les Voleurs de l’info » réalisé par les élèves de 6e en A.P. CDI.

Un journal du lycée  s’appelant « Les Voleurs de l’info » ! C’est très sympa comme idée. Bravo !

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