Hong Kong dans la spirale de la surpêche

Dans le cadre du cours d’Ecologie et Territoire au LFI de Hong-Kong, nous nous sommes intéressés à la surpêche dans notre ville. Dans le quartier de Sheung Wan ou sur le port d’Aberdeen, nous avons mené l’enquête.

Sheung Wan est le quartier où l’on trouve le plus de magasins traditionnels qui vendent, notamment, des ailerons de requins(crédit : VDFD)

Sheung Wan est le quartier où l’on trouve le plus de magasins traditionnels qui vendent, notamment, des ailerons de requins(crédit : VDFD)

La surpêche est la surexploitation des fonds marins. Cela existe à Hong Kong mais aussi dans le reste de l’Asie et dans bien d’autres endroits tout autour du monde. Malheureusement, depuis plusieurs décennies, la pêche ne se fait plus aux simples filets ou à la canne à pêche. Ces éléments de la pêche traditionnelle, ont été remplacés par d’énormes bateaux qui traînent derrière eux un très vaste filet qui s’étend jusqu’au fond de l’océan. Le problème de ce type de navire, appelé un chalutier, est qu’il ravage et prends avec lui toute vie présente dans l’océan. Le filet emporte donc avec lui des tonnes de poissons et fruits de mer mais beaucoup ne sont ni utiles ni consommables. Ces pêcheurs ne conservent environ que 60% de leurs prises et jettent le reste par-dessus bord quand il est déjà trop tard.

On peut parler d’efficacité car la pêche s’accélère et plus de personnes peuvent potentiellement être nourries sur Terre, sachant que la population s’accroît de jour en jour. Mais, c’est aussi problématique au niveau durable. Cette surexploitation s’attaque énormément à la vie marine, il y a de moins en moins de poissons ou d’animaux marins dans la mer, et les conséquences sont énormes. Si cette méthode de pêche est maintenue, rapidement tout fond marin sera totalement vide, pas seulement des animaux mais aussi des organismes vivants comme les coraux et autres, car les chalutiers récupèrent vraiment tout.

En classe, nous avons donc créés trois questionnaires ayant chacun un objectif différent ; un s’adressait aux vendeurs d’ailerons de requins, un autre permettait d’aller à la rencontre des vendeurs sur les marchés de poissons et de fruits de mers et finalement un dernier nous donnait l’occasion d’interroger les clients de ces marchés. Nous sommes ensuite allés sur le terrain et avons questionnés vendeurs ou acheteurs dans le marché de Sheung Wan.

Certains vendeurs ont conscience des problèmes écologiques… et beaucoup ne s’en soucient pas tant qu’ils font de l’argent. (crédit : VDFD)

Certains vendeurs ont conscience des problèmes écologiques… et beaucoup ne s’en soucient pas tant qu’ils font de l’argent. (crédit : VDFD)

Nous avons été surpris de découvrir que les clients, venant à peu près tous les jours ou tous les deux jours sur le marché aux poissons, qu’ils soient Hongkongais ou d’ailleurs en Asie, n’étaient globalement pas au courant de l’origine des produits ou bien des techniques de pêche de ce qu’ils achetaient, et n’avaient d’ailleurs jamais entendu le terme de ‘surpêche’ pour la plupart. Ils nous ont aussi parlé de la hausse des prix dans la dernière décennie, particulièrement, et étaient aussi au courant de l’augmentation du taux de pollution à Hong Kong, qui continue à croître jour après jour. Étonnement, la moitié des clients se souciaient très peu de la pollution et n’en avait pas peur, tandis que l’autre moitié était soucieuse pour l’avenir.

Sur ce même marché nous avons aussi interrogés les vendeurs. Ceux-ci étaient bien plus réalistes et heureusement bien plus informés que leurs clients, mais avaient différentes opinions. Nous avons questionné quatre vendeurs. Deux n’étaient pas rassurés par la surpêche et étaient inquiets car ils connaissent les méthodes des chalutiers, tandis que les deux autres semblaient à l’aise et ne pas se soucier de ce sujet. Pourtant aucun ne s’inquiétait du taux de pollution à Hong-Kong et ils ont tous prétendus que la pêche était sans danger. Selon eux, les techniques de pêches de leur poisson étaient toutes ‘au filet’ dans différentes zones de l’Asie-Pacifique. Nous leur avons parlé du concept de la pêche durable, mais les prix semblaient être un barrage pour ces marchands qui nous disaient qu’ils appréciaient l’idée et la soutenait, mais que le beau poisson est bien plus cher et est bien plus difficile à obtenir que celui qu’ils ont.

 Dans le port d’Aberdeen, une chaloupe ramasse les déchets entre les navires de pêche. Il y a encore beaucoup à faire… (crédit : VDFD)

Dans le port d’Aberdeen, une chaloupe ramasse les déchets entre les navires de pêche. Il y a encore beaucoup à faire… (crédit : VDFD)

Finalement une partie du groupe est partie dans les magasins vendant du poissons séché de plus haute qualité, mais aussi et entre autres des ailerons de requins, un ingrédient très populaire à Hong Kong car il témoigne en effet de l’aisance sociale d’une famille. La soupe à l’aileron de requin était jusqu’à récemment un des mets les plus fréquents lors des repas de mariage locaux ou pour de grandes célébrations. C’est un ingrédient très luxueux et soi-disant raffiné dans la culture hongkongaise, mais c’est un grand problème car il provoque la disparition des requins à très grande vitesse et dans des conditions horribles. Beaucoup de vendeurs ont refusé de répondre… Mais nous avons eu de la chance et avons eu quelques réponses à nos questions. En moyenne, l’aileron de requin représente de 2 à 50% du chiffre d’affaires de ces magasins, et les kilos reçus par mois de cette marchandise sont en moyenne de 101 kg par magasin. Globalement, c’est un marché en régression. Certains vendeurs pensent que ce marché fait parti du patrimoine de Hong Kong et que le prix des ailerons a beaucoup augmenté. Si la plupart des magasins ont refusé de répondre et étaient parfois désagréables et peu ouverts (ou même mentaient en disant qu’ils ne vendaient pas d’ailerons… à un mètre de leur étalage), ceux qui répondaient étaient bien au courant que les requins sont une espèce en voie de disparition, et ils savaient que leur marché est très mal vu à l’échelle internationale… mais ils ont tous avoués que c’était parce que cela enrichissait rapidement leur ‘business’. Ils semblaient se méfier beaucoup des medias et n’aimait pas du tout s’exposer publiquement. C’était très intéressant de voir que, en fin de compte, ils étaient plutôt honteux de d’exposer autant de leur point du vue sur ce produit car ils sont lucides sur les faits…

Inès Ostheim-Dzerowycz, Seconde.

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