30 minutes chrono : questions à Thierry Mariani

Thierry Mariani et les élèves du LFKEn 2014, l’ancien ministre des transports et actuel député des français de l’étranger, Thierry Mariani, a visité notre école. En 30 minutes, il a répondu aux questions que lui avaient préparées les élèves de l’EFK.

M. Mariani, nous voulions vous demander quel est l’objet de votre visite au Japon ?

Je suis venu au Japon en tant que représentant des Français à l’étranger de la zone Asie. Je m’intéresse notamment aux questions économiques et culturelles. J’ai aussi une permanence pour recevoir tous les Français de la région qui le souhaitent et qui désirent s’entretenir avec moi de choses qui les préoccupent. C’est mon 5e voyage au Japon, mais mon premier dans le Kansai.

Au Japon récemment, une loi sur la protection des renseignements de sûreté a été votée. Cette loi est très controversée ici car elle autorise l’État à classer « top secret » certains sujets sans que les citoyens soient informés. Cette loi pourrait permettre à l’État de prendre des décisions arbitraires, sans débat démocratique. Quelle est la situation en France dans ce domaine ?

En tant que parlementaire français, je ne tiens pas à me prononcer sur les lois votées chez nos amis. Ce qui est sûr, c’est que dans le contexte actuel, les États ont besoin de se doter d’une législation qui leur permette de lutter efficacement contre les dangers qui pèsent sur les citoyens, le terrorisme notamment. Nous avons bien adopté un principe de précaution en ce qui concerne la protection de l’environnement. Pourquoi ne pas le faire aussi pour la sécurité de nos citoyens ?

Ainsi, en France, nous sommes en train de renforcer notre législation sur la surveillance des personnes qui pourraient être susceptibles d’être impliquées dans la préparation d’actes terroristes. C’est d’autant plus nécessaire que le danger ne vient plus seulement de pays étrangers, comme c’était le cas par le passé, mais de personnes ayant un passeport français et vivant en France.

Franchement, n’est-il pas légitime d’enquêter sur une personne qui a fait plusieurs séjours en Syrie ou au Pakistan, alors que ce sont des pays qui ont sur leur sol de bases d’entraînement recevant des apprentis terroristes islamistes venus d’Europe ? Je ne vois pas dans quelle mesure une surveillance renforcée des autorités de l’État sur ce type d’individu remettrait en cause la liberté des citoyens, au contraire. Si les services de renseignement avaient eu davantage de latitude d’action, il aurait peut être été possible d’empêcher Mohamed Merah de commettre ses crimes.

Toutefois, si la loi japonaise prévoit des sanctions contre les journalistes qui divulgueraient des secrets d’État, la France n’a pas ce genre de dispositif, bien au contraire. Nous avons une législation très avancée dans le domaine de la liberté de la presse. Nos journalistes sont très protégés et exercent leur métier en toute liberté.

En quoi consistait votre rôle de ministre des transports ?

Le ministère des transports est un grand ministère qui possède d’importants effectifs, à la hauteur de ses très nombreuses missions. Le ministère coordonne la politique des transports dans tous les domaines, ferroviaire, aérien, routier notamment. Il exerce également une tutelle sur les grands opérateurs de transports comme la SNCF ou les industriels du secteur, comme EADS (Airbus). Ce secteur de la production est en effet fondamental pour l’économie de notre pays car il exporte beaucoup à l’étranger.

Il contribue à la gestion et à la planification de l’extension des réseaux. Il gère également les situations de crise, les grèves et les intempéries par exemple. Quand j’étais ministre des transports, j’ai passé trois jours de l’an sur quatre sur le terrain. D’abord quand la France était paralysée par la neige. Ensuite au moment de la grève du personnel de sécurité dans les aéroports qui a paralysé les avions au sol pendant plusieurs jours.

De nos jours, la mondialisation nous donne l’impression qu’il y a un effacement des frontières. Qu’en pensez-vous ?

Il y a effectivement un effacement des frontières. Cela est parfaitement visible à l’échelle européenne par exemple. Nous avons constitué un espace de libre échange tant pour les marchandises que les personnes. L’espace Schengen regroupe ainsi plusieurs pays, 17 aujourd’hui, entre lesquels les citoyens peuvent librement se déplacer. La mondialisation est une réalité qu’il est impossible de nier. Elle est une donnée qu’il faut prendre en compte et à laquelle il faut s’adapter. Il ne sert à rien d’essayer de construire des barrières pour s’y retrancher. Au contraire, il faut s’y intégrer et se donner les moyens d’en tirer le meilleur parti car la mondialisation peut aussi nous apporter beaucoup.

Quand vous étiez député du Vaucluse, vous avez participé à l’élaboration de plusieurs lois concernant l’immigration qui ont été votées en 2007 puis en 2010. Pourriez-vous nous expliquer vos idées sur l’immigration ?

J’ai en fait été rapporteur de tous les projets de lois qui se sont succédé depuis 2002. Il y en a eu sept en tout. Autant vous le dire tout de suite, je suis d’origine italienne. Mon père est venu en France. Il travaillait comme bucheron et il a fini chef d’entreprise. A l’époque, il n’y avait pas de prestations sociales. Les immigrés venaient en France pour travailler et s’intégrer. Il était fondamental de parler la langue du pays et d’en adopter les us et coutumes. C’est la moindre des choses quand un pays vous accueille. Bien que d’origine italienne, je ne parle pas la langue de ce pays, tout simplement parce que mon père voulait que je parle d’abord français.

Aujourd’hui les données ont changé. D’abord l’immigration n’est plus une immigration de proximité. Les immigrés viennent de plus loin et pas toujours pour les mêmes raisons qu’il y a quelques décennies. Notre système social joue un effet de pompe aspirante et donne une grande attractivité à notre territoire. Ainsi une famille qui immigre en France est éligible dès les premiers jours aux allocations familiales. En tant que maire d’une commune de 10 000 habitants pendant 16 ans, qui recevait beaucoup d’immigrés, j’ai constaté le problème sur le terrain. Certains venaient uniquement pour profiter des prestations sociales et non pour travailler. La politique de regroupement familiale, permettait à des personnes de venir en France quand il y avait un membre de leur famille qui y vivait. Elles n’avaient pas besoin de travailler pour obtenir un titre de séjour et ne l’ont parfois jamais fait.

Je pense que la France doit rester un pays d’immigration toutefois il faut en modifier les règles, qui ont déjà commencé à changer mais qui doivent continuer à évoluer. Pour changer la donne, il faudrait ainsi conditionner le versement des prestations sociales de solidarité, comme les allocations familiales, à certains facteurs montrant une bonne intégration en France : un travail, une durée minimum de séjour sur le territoire, 3 ans par exemple, l’apprentissage du français. En revanche, les protections sociales relevant du système de l’assurance, c’est-à-dire de la redistribution des cotisations versées par les travailleurs dans les cas prévus ne doivent pas être modifiées. A partir du moment où il travaille, paye ses impôts et ses cotisations sociales, un étranger doit pouvoir lui aussi bénéficier de la sécurité sociale.

Propos recueillis par Antoine Houplain Fukumoto (3e), Hanami Parent (3e), Lou Cardonnel (4e), Mio Eto (3e), Saya Mizutori (1ère), Marie-line Doi (3e), Mia Legroux (3e), Megumi Soyer Shima (3e), Maya Snoussi (3e), Blanche Ribault (3e), Noé Szigeti (3e), Lufei Quian (3e).

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