Tsunami – Témoignages d’élèves du lycée de Tokyo

Témoignages d’élèves du Lycée franco-japonais de Tokyo (LFJT) sur le tremblement de terre du Japon de l’Est du 11 mars 2011 et ses conséquences

Yusuke (5ème CNED) : « J’ai 12 ans et j’habite près de Sendai, dans la préfecture de Miyagi. Avant de déménager, l’an dernier, j’étais élève au LFJT. A Sendai, comme ma maison est sur la montagne, ma famille n’a pas été touchée par le tsunami. Mais près de chez moi, à Tagajou (多賀城), Yuriage (閖上), Minamisanrikucho (南三陸町) et à Kisennnuma (気仙沼), le tsunami a détruit toutes les habitations et environ 8 000 personnes sont mortes.
A Fukushima, un accident dans une centrale nucléaire est arrivé à cause du tsunami et les habitants qui habitaient dans un rayon de 20-30 km autour de la centrale nucléaire ont dû se réfugier ailleurs. Pour l’instant, ils vivent dans des gymnases.
Près de la mer, à cause du tsunami, il reste beaucoup de cadavres. Le ventre est gonflé par l’eau, le visage est plein de boue donc on ne peut pas les reconnaître. Les maisons, les voitures, les bateaux, tout a disparu près de la mer. Il y a plus rien. D’anciens habitants cherchent des membres de leurs familles. Beaucoup pleurent. On ne retrouve pas facilement les corps. Il paraît qu’il y a 30 000 personnes qui sont mortes. »

Marie (4ème) : « A l’heure où le séisme est arrivé, j’étais dans la cour qui se trouve sur le toit du Lycée en train de faire du sport. Tout à coup, les barrières commencèrent à trembler violemment. J’ai cru qu’elles allaient tomber sur nous. J’ai été la première à descendre les escaliers. A ce moment là, j’imaginais que toute l’école, le plafond, les murs, les fenêtres tombaient sur nous. »

Léo (5ème) : « Le vendredi 11 mars, on était en cours d’histoire-géographie. Au début, la terre tremblait peu et je le sentais même pas mais mon copain d’à côté, Marc, me dit qu’il y avait un tremblement de terre. Le professeur le reconnut aussi, alors il nous ordonna d’aller sous les tables. La terre tremblait de plus en plus fort, j’entendais des cris aigus de femmes à côté, des gens qui pleuraient. Je crus un instant que les lumières et le plafond allaient tomber et s’effondrer alors j’avais très peur. »

Elena (5ème) : « On annonça au micro que la secousse s’était calmée et que nous devions mettre les casques pour descendre ensuite dans la cour. »

Léo : « Le professeur ordonna d’aller dans la cour par les escaliers. Il faisait froid et je n’avais même pas pris mon manteau. Les professeurs nous dirent de rester au milieu de la cour à cause du risque d’autres tremblements de terre. »

Elena : « Une fois descendus, tout allait mieux malgré la peur et le froid, car ce jour là, le vent soufflait assez fort. Je continuais à regarder les fenêtres du gymnase car à la moindre secousse, elles bougeaient. Et ce sont ces fenêtres qui m’annoncèrent qu’un nouveau tremblement de terre se préparait. »

Fugo (5ème ) : « Une seconde secousse arriva alors que les élèves se calmaient. Le sol tanguait comme si des vagues passaient sous le sol. La panique revint (…) »

Yo (4ème ) : « Personne ne rigolait. (…) Tous tremblaient et tout le monde regardait les alentours pour se sauver à tout moment. Chaque seconde s’écoula lentement et les arbres se balançaient dangereusement. »

Léo : « Nous ne pouvions pas être bien debout tellement ça tremblait. Je regardais le sol qui bougeait comme une vague. Les fenêtres allaient presque se casser, les antennes des maisons bougeaient d’au moins 90°… »

Elena : « Nous étions tous effrayés. Comme le ciel commençait à s’assombrir, les professeurs nous amenèrent de quoi nous couvrir. »

Julian : « Tous les Japonais de 5ème écoutaient la radio : elle disait qu’il y avait eu un tremblement de terre à Sendai et un tsunami à Fukushima. »

Léo : « Deux grands séismes de force 9 et 7 environ qui causeront de grands tsunamis dans tout l’Est du Japon. »

Yo : « Les téléphones ne marchaient pas. »

Kingue (4ème) : « Des consignes ont été données par le Proviseur : après à peu près une heure, on nous indiqua d’aller dans le gymnase et on nous divisa par classe. J’attendis une heure au lycée avant de pouvoir en sortir avec l’aide d’un père d’un ami de mon frère. Certains élèves étaient contraints de rester la nuit dans le gymnase du lycée (1) car la route était bloquée, les trains étaient arrêtés, tous les moyens de transport inutilisables. Nous sommes rentrés en marchant. »

Elena : « Avec ma mère, nous rentrâmes chez nous, nettoyâmes la maison qui était en désordre et allumâmes la télévision. Un tsunami avait englouti plusieurs villes et villages. »

Fugo : « J’arrivais chez moi fatigué après une marche assez longue puis je regardai les informations passant à la télévision. Je ressentis un stress pour l’explosion qui avait eu lieu dans une centrale nucléaire à Fukushima. »

Kingue : « Nos parents pensèrent que c’était trop dangereux de rester à Tokyo donc nous sommes partis à Kyoto (2) pour rester à l’écart des trop gros tremblements de terre et des particules radioactives. Certains sont même partis du Japon comme par exemple en France ou à Singapour. »

Yo : « J’ai ressenti beaucoup de peine en voyant le nombre de morts augmentant. Et les familles qui ont perdu leurs parents, leurs frères et sœurs ou même leurs enfants. J’ai peur que le Japon soit détruit par la nature incontrôlable et que notre futur soit envahi par cette peur. »

(1) 80 élèves du secondaire encadrés par des personnels du LFJT ont passé la nuit au Lycée. Parmi les parents venus chercher leurs enfants, certains sont restés aider tandis que d’autres adultes et personnels ont raccompagné, à pieds, des élèves jusqu’à leurs domiciles où leurs parents les attendaient.

(2) L’Ecole française du Kansai (EFK) a accueilli du 14 mars au 1er avril une moyenne de soixante élèves du LFJT, de la maternelle à la terminale. En plus des équipes locales, 13 enseignants et 3 personnels du LFJT sont venus spontanément encadrer les élèves à Kyoto, en bénéficiant de l’aide de l’EFK et du soutien de l’AEFE.

Les photographies ont été prises à Uriage

L’illustration à la une est empruntée à Sylvain Decaux et a été réalisée pour Tsunami, le projet.

Poème

Mathilde TISTCHENKO était élève au Lycée franco-japonais de Tokyo (LFJT), en 4ème A, lorsque le tremblement de terre du 11 mars 2011 est survenu. Rapatriée en France, elle est aujourd’hui élève au Collège Saint Philippe Neri à Juan les Pins.  A peine scolarisée dans son nouvel Établissement, elle a participé à un Concours de poésie sur le thème de la métamorphose, sous le patronage du Rotary Club de la ville d’Antibes.  Son poème a été remarqué et primé par le Jury. Le jeudi 9 juin, à la Maison des Associations d’Antibes, de chaleureux applaudissements ont accompagné la jeune lauréate lorsqu’elle a reçu son prix constitués de livres.

A la suite des témoignages des élèves du LFJT, ASIA publie ce beau poème :

Un vendredi spécial

Le matin, je suis partie,

Comme d’habitude,

J’ai retrouvé mes amis.

C’est dans l’après-midi,

Que tout a basculé :

Grand tremblement et tsunami.

Le séisme a secoué la terre,

Une forte magnitude,

A fait bouger la mer.

La grande vague, cette mer meurtrière

A tout pris sur son passage,

Maisons, routes, enfants, pères et mères.

Cette centrale nucléaire, Fukushima c’est son nom

Empoisonne l’air,

Et provoquera la panique sur le Japon.

Tout était si propre et ordonné,

D’un coup, d’un seul,

Mon pays s’est sali et brisé.

Mon Japon, tout pollué,

Ne retrouvera jamais son ancienne beauté.

– – –


Écoutez le Concert Tsunami et demain qui a eu lieu le 11 avril 2011 au Théâtre du Rond Point  à Paris en solidarité avec le Japon


Tsunami et demain bởi Tsunamietdemain

L’association des Anciens des lycées français du monde (ALFM), avec l’appui de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE), est partenaire de cette opération. Vous trouverez toutes les informations relatives à cette soirée et plus généralement à la situation au Japon sur le site de l’AEFE.
Nous invitons également les responsables d’établissements scolaires ou d’associations à nous faire part de leurs initiatives et éventuellement des dons récoltés en envoyant un message à : solidaritejapon@alfm.fr

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