Un passé oublié

Après avoir travaillé pendant plusieurs mois sur l’identité ainsi que les écrivains et artistes dans l’exil, nous avons rencontré l’artiste peintre Bao afin de poursuivre notre réflexion. Nous avons donc pu découvrir l’artiste et son œuvre ainsi que sa vie en écoutant son témoignage et en lui posant plusieurs questions.

Quand avez-vous commencé à peindre ? Étiez- vous en France ou au Vietnam?

J’ai réellement commencé à peindre après avoir fait l’école des Beaux-Arts durant cinq ans. J’étais donc en France, mais j’ai peint aussi intentionnellement, dès que j’ai réalisé que j’avais quelque chose à dire, à exprimer.

Y-a-t-il eu un élément déclencheur qui a marqué le point de départ de votre peinture?

Bien sûr, j’ai toujours aimé l’art, mais j’ai réellement commencé à peindre lorsque j’ai réalisé que j’intériorise une histoire et que je devais la raconter : l’histoire de ma famille, de la guerre, de l’immigration, mon histoire. Mais aussi dès que j’ai senti qu’il y avait quelque chose en moi, quelque chose que je voulais exprimer.

Où trouvez-vous les idées avant de réaliser vos œuvres? Une fois que l’idée est précise, quelle est l’étape suivante?

Mes idées viennent naturellement, c’est comme inné pour moi, je ne réfléchis pas et je me lance dans la réalisation de mon œuvre. J’ai également un calepin pour noter mes idées et faire des croquis. Je pense que pour réaliser une œuvre, le plus important est de s’écouter et de se faire confiance. Généralement, mes idées viennent aussi après une sieste mais c’est possible qu’elles viennent même après avoir commencé à peindre. Après avoir trouvé l’idée, je fais des recherches sur mon passé, un passé oublié.

Dans vos peintures, qu’avez-vous réellement envie de partager avec le public? Y-a-t-il des points que vous n’arrivez pas à exprimer ou à partager avec la peinture?

Dans mes peintures, je cherche à partager un témoignage personnel, en tant qu’enfant qui a vécu un exil, et le témoignage de mes parents, pour rappeler que les migrants et les boat people partagent une histoire. Je cherche également à libérer le blocage que peut être la guerre et soulever des événements de l’histoire vietnamienne qui sont parfois peu abordés. On ne peut pas tout raconter, moi par exemple, j’aime bien laisser une part d’interprétation pour le public.

Quel public ciblez-vous actuellement (public plus âgé/jeune, des gens ayant vécu une situation d’exil, des gens qui ne connaissent pas l’histoire des boat people) ?

Pour moi les artistes cherchent à faire ressentir des émotions au public. Je ne cible pas vraiment de public précis mais cependant, j’aime éveiller des choses chez les gens issus d’une famille ayant connu une histoire de migration. J’aimerais que mes œuvres éveillent la conscience des personnes et de leur entourage, encouragent le public à s’intéresser à leur passé.

Pensez-vous que vos œuvres peuvent aider ou influencer des migrants ou des enfants de migrants ?

J’espère grandement que mon travail puisse aider mais aussi qu’il puisse mener à des questionnements et aussi peut être à une conversation.

Avez-vous réalisé des œuvres qui ne font pas allusion aux migrants ou à la guerre du Vietnam ?

Oui, après les Beaux-Arts, durant environ 4 ou 5 ans, je testais de nombreuses techniques et je n’ai réalisé aucune œuvre liée à la guerre. Au début de mon travail en tant qu’artiste, mes œuvres étaient très et parfois trop variées.

Votre technique ou votre style ont-ils évolué après votre retour au Vietnam?

Mon retour au Vietnam a été une réelle révélation pour moi et il a marqué une vraie évolution dans mes œuvres. Après l’école des arts, je n’ai presque pas peint pendant près de dix ans et en retournant au Vietnam, je suis devenu très productif. Ma technique a beaucoup évolué grâce à une volonté d’originalité et grâce à la maturité : j’ai pu créer et réinventer quelque chose de nouveau et creuser plus profondément dans mon passé. J’ai par exemple réalisé un autoportrait en cambouis ainsi que des tableaux entièrement faits de peinture à l’huile noire.

Plusieurs de vos œuvres ont été censurées au Vietnam, pouvez-vous nous en dire plus? Que pensez-vous de la censure?

La censure représente une réelle contrainte pour les artistes. Une fois par exemple, d’autres artistes et moi avions préparé une exposition et cinq minutes avant le début, des personnes sont venues pour nous dire que nous n’avions pas réussi à réunir toutes les autorisations, sans plus d’explication. Nous avions compris que c’était une forme de censure. Au Vietnam certains sujets liés à l’histoire comme les boat people, sont encore tabous.

Propos recueillis par Hanaé Gratiot et Niko-Linh Janssen. Photos : Pyrène Maruta

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