Saigon dans les flux de la mondialisation

Le port de Cat Lai

Le 15 janvier 2021, notre classe a eu l’opportunité de visiter le port de Cat lai dans le cadre des enseignements de Géographie et de SES. Le but de cette visite était de sensibiliser chacun aux activités portuaires et de visualiser concrètement le fonctionnement d’un port. Celui-ci est géré par Saigon New Port qui met en avant ses qualités logistiques, d’ailleurs son slogan est assez clair : “Come to SNP, come to the best quality services”.

Cat Lai est l’ancien port de Ho Chi Minh aménagé par l’administration française. Il est localisé dans un des méandres de la rivière Soài Rạp avec 12 mètres de profondeur, à l’est de la ville, au sud de la zone industrielle du district 9. Le Port de Cat Lai n’est pas le port principal de la région, parce que le port principal en eau profonde est Vung Tau. Mais il reste important puisque c’est une plateforme qui permet le transit et la redistribution des marchandises vers leur destination finale par les ports en Malaisie, à Singapour et Vung Tau.

Le nouveau port de Cat Lai, financé par la Corée, le Japon et Singapour, est conçu pour pouvoir accueillir 9 bateaux à la fois, les quais s’étendant sur 2 km environ. Les terminaux qui reçoivent les conteneurs sont organisés en fonction des biens et de la destination finale. On compte au total 3 terminaux et une partie en eau peu profonde qui accueille barges et péniches. De plus, le port de Cat Lai regroupe 4 entrepôts pour y stocker des marchandises ne remplissant pas un conteneur ou en attente pour remplir un conteneur. 2 500 conteneurs réfrigérés sont également présents pour garder les produits périssables.

L’équipe logistique du port fonctionne 24 heures sur 24, avec une capacité de chargement ou de déchargement de 80 conteneurs par heure pour chaque bateau. Pour une raison de sécurité évidente, la cadence ne peut pas être élevée au-delà de 80 conteneurs par heure. L’épisode du Covid 19 a mis en évidence des problèmes de logistique si bien que le port a dû procéder à une réorganisation de son équipe.

Le port est relié à l’hinterland par voie terrestre et deux portes permettent d’accéder au site. 20 000 camions desservent le port chaque jour et pourtant la logistique est toujours contrôlée par les hommes et non par un système automatisé. Les principaux employeurs du port sont Samsung et Vinamilk qui aident au développement du port.

Dans un port, un bateau ne peut séjourner longtemps car il ne doit pas prendre la place d’un autre qui arriverait. Pour un conteneur, l’idée est la même, il doit être transféré le plus rapidement possible vers sa destination sans cela il coûtera cher à la société qui les gère. Aujourd’hui les conteneurs sont tous normalisés et les équipements du port tous adaptés à la mesure standard des conteneurs. Leurs caractéristiques sont les suivantes : masse maximale = 32 500 kg, poids du conteneur = 3,900 kg, masse maximale de marchandise = 28 600, volume = 76,3 m cube et longueur = 20 pieds. Par ailleurs chaque conteneur possède un code chiffré qui permet de l’identifier et de connaître sa destination (le code du conteneur se définit par: 4 lettre (ID) – 6 chiffres (ID) – 1 chiffre dans un cadre – 2 chiffres (taille) – 2 chiffres ou lettres (utilité du conteneur)). Il faut savoir qu’un bateau qui relâche à Cat Lai peut transporter jusqu’à 4 000 conteneurs ce qui peut représenter une valeur marchande de 4 millions de dollars.

Comme les marchandises peuvent venir de pays de la région de l’Asie du Sud Est, un service douanier est présent afin de contrôler les arrivages et de faire le tri des marchandises autorisées et d’établir les taxes d’importation. 50 % environ des conteneurs sont contrôlés manuellement mais de plus en plus, c’est avec un scanner qu’on travaille afin d’éviter l’ouverture des conteneurs et d’aller plus vite.

Ainsi, Cat Lai illustre la croissance économique du Vietnam et son intégration économique à l’Asie du Sud-Est.

Erwann & Xiang Hong, terminales B/C

Mekong Furniture, au cœur de flux mondiaux

Dans le cadre du cours sur la mondialisation, les élèves de Terminales B et C se sont rendus le vendredi 15 Janvier 2021 sur le 3e site de production de Mékong Furnitures (MK3), afin de s’intéresser à la production de produits manufacturés. En effet, il s’agissait de comprendre par quel processus les flux de matières premières parviennent jusqu’au Vietnam, puis d’étudier et d’observer comment elles sont transformées au sein d’une usine implantée dans la périphérie de la capitale économique du Vietnam, afin d’être renvoyées en France sous la forme de produits finis. L’enjeu était de s’immerger dans le processus de production pour prendre connaissance, notamment, des contraintes qui lui sont intrinsèques.

À l’occasion de notre sortie, nous avons eu la chance de visiter l’une des trois usines du groupe Mékong Furnitures, spécialisé dans la fabrication de meubles, grâce à l’accueil chaleureux de Monsieur Giraudet. Avec leurs unités de production ils approvisionnent à hauteur de 15% l’entreprise Maison du Monde en meubles. Le reste de leurs produits viennent d’Inde, de Chine ou d’autres usines vietnamiennes, ces trois pays étant les trois grandes zones spécialisées dans cette production. L’usine visitée s’organise en trois divisions : la première est consacrée à la fabrication de meubles et de pièces en bois. La deuxième est spécialisée dans la fabrication de panneaux. Dans la troisième sont traités l’acier et le métal.

L’usine MK3 que nous avons visitée abrite 430 des 1 150 employés et est encore en développement. Avec les deux autres sites, Mekong Furnitures remplit 170 à 180 conteneurs par mois, soit 30 000 meubles. Afin de réaliser ses produits, Mékong Furnitures commence par acheter des matières premières. Ils achètent du bois coupé et séché en France contrairement à la Chine, qui préfère réaliser cette transformation chez elle. Leur bois est certifié FSC (Forest Stewardship Council), et PEFC (Programme de reconnaissance des certifications forestières) afin que leurs matières soient des matières durablement gérées. Leurs stocks s’étendent sur 2 000 m² avec du bois brut directement issu de l’arbre et des panneaux. Les panneaux, également appelés MDF, sont des panneaux particules. Ce sont des produits semi-finis. Leur fabrication se résume au processus suivant : du bois va être chauffé puis pressé grâce à des machines qui viennent d’Italie et de Taiwan. Ils traitent également le métal, importé pour fabriquer certains éléments du meuble. Ce métal en provenance de Chine va être peint. Ils recourent également à l’utilisation de bois aggloméré, obtenu par la compression des particules et à l’habillage : on lui applique ensuite de fines feuilles de bois brut pour lui donner l’apparence esthétique de vrai bois. Cette technique est appelée stitching ou habillage.

Les meubles sont produits à la demande. Du moment où la commande est passée, 6 semaines s’écoulent et correspondent au temps de production, auxquelles s’ajoutent 3 à 4 semaines de transport. Il s’agit d’échanges intra-firme. Une fois les produits emballés, ils les chargent via leurs 6 quais de chargement. Leurs produits sont ensuite exportés à Marseille, et réceptionnés grâce à des plateformes de réception qui s’étendent sur 400 000 m² situées à St Martin de Crau. Une fois arrivés en France, ils sont directement envoyés en magasin.

Il nous a été expliqué que le choix du Vietnam comme pays producteur n’est pas anodin. En effet, ce choix est étroitement lié au travail et répond à une certaine logique économique. Les Vietnamiens ont une expérience et un savoir faire certain dans le domaine de production de meubles. De plus le coût de la main d’œuvre au Vietnam reste très compétitif pour attirer les investisseurs étrangers. Chaque ouvrier réalise la tâche qui lui a été assignée : nous avons assisté à un réel travail à la chaîne. Pour fabriquer un meuble, il faut compter environ 8 heures. En revanche, la Chine est mieux placée en termes de prix puisque la main-d’œuvre y est encore moins chère et est donc plus productive. Pour autant, la qualité vietnamienne est meilleure. L’Inde, elle, est reconnue pour son travail artisanal. Les coûts de production, de façon plus générale, y sont moindres. L’acheminement du produit via le processus de production est interrompu à plusieurs reprises par des vérifications fréquentes, qui ont lieu à chaque niveau, afin de s’assurer que le bois soit bien certifié (pour qu’il n’y ai pas d’illégalismes), aspect clé de leur politique.

Néanmoins, la chaîne de valeurs de Mekong Fournitures doit faire face à de nombreuses contraintes d’un point de vue environnemental et logistique, notamment en cette période de pandémie mondiale. En effet, le Vietnam est aujourd’hui en pénurie de conteneurs, ces derniers étant concentrés dans les ports des deux grandes puissances commerciales que sont la Chine et les États-Unis. En raison du manque du volume de conteneurs, les usines Mekong Fourniture se voientt obligées de stocker leurs produits finis dans leurs entrepôts jusqu’à un retour à la normale du commerce maritime. À cela viennent s’ajouter les contraintes liées à la pandémie actuelle qui ont entraîné une forte augmentation du prix des conteneurs.

En ce qui concerne la question environnementale, nous évoquions plus tôt que le bois à l’origine des meubles produits étaient des matières durablement gérées, soit certifiées par deux labels environnementaux, le FSC et le PEFC. Cette double certification garantit à l’entreprise que sa chaîne d’approvisionnement n’ait rien à se reprocher sur le plan social, les employés travaillant dans les forêts n’étant pas exploités, mais aussi sur le plan environnemental en évitant de participer activement à la déforestation. Cette politique s’inscrit dans les objectifs RSE (Responsabilité sociétale des entreprises) du Groupe pour respecter les fondements du développement durable. Cependant, l’aspiration à un bilan environnemental nul est à nuancer. En effet, l’approvisionnement en matières durables gérées au Vietnam n’étant pas possible, ainsi que des arbres tels que le chêne, l’entreprise se voit donc contrainte d’acheter son bois à l’étranger, comme en Europe ou encore en Nouvelle-Zélande et au Chili. De plus, les meubles construits au Vietnam ont pour but d’être renvoyés dans les magasins Maison du Monde situés en Europe pour être commercialisés. Cette multiplicité des échanges intra-firmes implique davantage de transport entre les différents lieux qui composent la chaîne de production et de ce fait un bilan carbone plus important.

Finalement, il est essentiel, et cela constitue un enjeu constant pour les usines Mekong Fournitures, d’attirer les ouvriers et de leur offrir un emploi stable pour que ces derniers aient un emploi durable. Cependant, les entreprises de meubles sont de nos jours en concurrence au Vietnam quant aux nombres d’ouvriers spécialisés dans ce domaine. C’est pourquoi, leur attractivité aux yeux des travailleurs est cruciale. Dans la cas de la sous-traitance de Maison du Monde, l’importance est donnée sur le plan social : les ouvriers en plus de leur salaire reçoivent aussi tous les mois un sac de riz. Des mesures sont prises également quant aux machines et produits qui sont utilisés par les ouvriers pour fabriquer les meubles, le but étant qu’aucun facteur ne puisse nuire à leur santé. Par exemple, les meubles sont peints à la peinture à l’eau.

Pour autant, malgré les limites auxquelles est confrontée Mékong Fournitures et dans le contexte sanitaire actuel, l’entreprise a comme projet d’innover. En effet, son objectif est de s’adapter à une demande nouvelle: la commande sur Internet, qui représente aujourd’hui une part importante de leur chiffre d’affaires. Au niveau des effectifs, ils projettent au terme de 2022, d’embaucher 300 ouvriers en plus. Enfin, ils envisagent dans l’idéal de remplir 100 à 120 conteneurs par mois, juste sur ce site, puisqu’actuellement, l’usine que nous avons visité n’arrive qu’à 50 / 60 boites par mois.

L’entreprise Mékong Furnitures est un exemple pertinent lorsqu’il s’agit d’étudier le processus de production industrielle, de produits manufacturés. Qu’il s’agisse des flux de matières premières, du processus de transformation ou de production, des défis contemporains ou des contraintes intrinsèques à ce secteur, il semble que cette entreprise incarne parfaitement les différents enjeux existant autour de l’activité industrielle.

Morgane et Romane, terminales B/C

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *