Sur les traces de Marguerite Duras

Un voyage scolaire à Sadec a été fait par les Secondes du Lycée International d’Ho Chi Minh ville, afin de découvrir une étape importante de la vie de Marguerite Duras dont le nom est officiellement porté par ce lycée depuis le 17 mai 2011.

Sadec, amour et souvenirs…
Sa Dec se situe dans la province de Dong Thap, sur le Delta du Mékong, au Sud de Vietnam où Marguerite Duras a vécu pendant 3 ans de sa vie, c’est à dire de 1928 à 1932, elle était encore adolescente. C’est ici qu’elle a passé son enfance et qu’elle a rencontré son amant vietnamien d’origine chinois, Huynh Thuy Le.

Nous avons commencé la visite  par le lycée où la mère de Marguerite a enseigné. Depuis 1975, après la libération, ce lycée français de filles est devenu l’école mixte Trung Vuong de Sadec. Trung Vuong est une école primaire vietnamienne de 31 classes accueillant 1286 élèves. A Sa Déc, il y a 3 primaires, 1 collège, et 1 lycée. Même si l’étude se fait en vietnamien, le français est toujours une langue qui fait partie du programme scolaire. Il y a 5 classes de Français avec 154 élèves qui apprennent la langue et 3 professeurs de français. L’école a été construite vers 1945 et a été rénovée en 1980, La mère de Marguerite Duras a été directrice de l’école de 1928 à 1932.

On voit que l’éducation de l’école est très stricte, comme le montre un panneau de doctrine attaché sur les murs disant «  HOC VA HOC NUA HOC MAI » qui signifie « Etudie encore, étudie pour toujours ». Les élèves portent des uniformes, le haut blanc avec un foulard rouge, le bas est bleu, short pour les garçons et jupe pour les filles. Nous avons été impressionnés par la sonnerie de l’école qui semble créer une atmosphère très sérieuse : il s’agit en fait d’un tambour frappé par le gardien.

La Salle de réunions est fournie en équipements modernes mais, comme la plupart des salles, elle n’a pas de climatisation. Les meubles sont anciens et abimés et la majorité des meubles est fabriquée en bois comme autrefois. Cette salle sert aussi d’infirmerie même si elle ne prend qu’un petit coin de la salle.

Nous avons visité une classe francophone : les salles de classes sont petites, le sol en carrelage, leurs portes sont faites de bois usé et la peinture s’est écaillée. Les salles sont très petites, moins de 5m de largeur et de longueur. Les tables sont de bois et de fer, très basses, et en piteux état. Par contre, chaque classe possède une télévision écran plasma et nous pouvons voir une photo de Ho Chi Minh accrochée au mur de chaque salle, ainsi que des cartes de géographie et un tableau de craie. Aucune climatisation dans les salles, seulement des ventilateurs. Au fond de la salle de classe, une petite armoire est utilisée pour conserver les cahiers des élèves, les livres de chaque matière, et quelques fournitures scolaires. La tenue du matériel scolaire est très importante, les tables sont propres et bien rangées.

La deuxième découverte fut la maison de l’amant, un personnage très important dans la vie de Marguerite Duras. Il fut son premier amant. Il s’appelait Huynh Thuy Le, un vietnamien d’origine chinoise. Sa maison se trouve au 255A, Rue Nguyen Hue, elle a été construite en 1895 par le père de l’amant et il l’a restaurée en 1917 afin de lui donner un style plus occidental sous l’influence de la colonisation française. La maison faisait près de 700m2, mais aujourd’hui elle ne fait plus que 200 à 300m2. Elle avait été transformée en poste de police avant son ouverture pour le public en 2009. Maintenant on peut aussi y dormir, elle comporte quatre chambres de deux lits chacune, pour des couples en lune de miel qui seraient tentés d’y passer une nuit. Cependant les salles n’ont aucune décoration particulière, elles sont simples et petites.

A l’entrée de la maison, l’effet n’est pas aussi grandiose, la cour et le portail sont abimés. Seulement quelques plantes décoratives, des balançoires mal entretenues. La maison est écrasée entre d’autres constructions, ce qui a un effet rapetissant. Sur les côtés de la salle d’accueil, des photos de l’amant et de Marguerite Duras prises du film L’amant montrent que la maison a été conservée dans un but essentiellement touristique.

Mais plus tard nous avons pu voir que cette famille était de la grande aristocratie chinoise. La porte de la maison est ornée de poignées chinoises faites de bois richement décoré. Un autel se présente devant l’entrée avec un vase qui contient des fleurs faites de feuilles d’or. Toute la décoration dans la maison est ainsi faite de dorures. A l’arrière de la maison, la deuxième pièce possède un grand lit-table carrée de 2.5 m de côté, on peut voir que la table est très décorée et sculptée, mais les incrustations de nacre ont été volées. Le sol est recouvert d’un carrelage importé de France, les murs sont gravés, peints de fleurs et de symboles chinois, avec des vitraux qui semblent être inspirés du style français. Il y avait même un phonographe et une télévision, ce qui était très coûteux à l’époque. Le phonographe nous a fait particulièrement penser à Marguerite Duras, c’était le premier cadeau offert par l’amant.

La famille était aussi très superstitieuse, par exemple le sol est incurvé car ils croyaient que cela gardait l’argent dans la maison. Ce qui frappe le regard du visiteur, c’est lorsque on rentre dans la salle d’accueil, On voit cet immense autel du génie Hoang Kong et ses quatre animaux. Ils “protègent” la maison et apportent un bon « feng shui » et de la chance à ses habitants.

On a ensuite été voir la pagode Kien An Cung. Elle a été construite entre 1922 et 1924, son architecture est adaptée du style chinois. La porte de la pagode est très bien entretenue. On peut sentir l’encens a l’entrée de la pagode. De nombreux autels honorant les empereurs vietnamiens et les génies chinois. Des armes en or sur les cotés, devant les empereurs. Tous les murs et les colonnes de la pagode sont richement décorés. D’innombrables tortillons d’encens sont attachés au plafond de la pagode, et servent à faire des vœux.

La dernière visite a été pour le tombeau de l’amant. Huynh Thuy Le a été enterré à Sa Dec. Selon les coutumes, sa femme aurait dû être enterrée près de lui, mais elle est morte aux Etats Unis en 2004. Le tombeau est en rénovation et les nouvelles couleurs ne sont pas très belles. L’ancienneté est tout de même reconnaissable grâce a une entrée chinoise. Les barrières et poteaux sont faits de béton sculpté imitant la forme de bambous. Une première stèle indique qui repose en ces lieux, puis derrière celle-ci on peut voir une grande tombe en pierre.

Ce voyage a été très intéressant, et nous a permis de nous préparer pour l’inauguration du lycée. Il était important pour nous de connaitre en profondeur la vie de cet auteur français, Marguerite Duras, et tous les éléments qui avaient fait partie de son adolescence devenue aujourd’hui mythique.

Léna PASCHY, Lan Vy TRAN et Fabien HERRY

2 comments for “Sur les traces de Marguerite Duras

  1. Elsa
    28 octobre 2011 at 23:05

    Merci pour ce voyage qui m’a transporté en Asie, moi qui n’y suis jamais allée.
    Je vous souhaite de grandes études dans ce lycée qui ne peut que vous mener vers l’excellence, au vu du nom qu’il porte.

  2. Mr Truong Minh Duc
    6 février 2013 at 04:44

    J’ai connu  » l’amant » de Marguerite Donnadieu, Mr Huynh Thuy Lê, quand il avait habité à Paris 9è, rue de Bellefond, juste au dessus de la rue Pierre Sémard où j’ai moi-même habité.
    Sadec est la ville où ma grand-mère maternelle habitait, juste en face de la maison de Mr Lê ( comme on l’appelait suivant la coutume vietnamienne ) . En 1955 & 1956, J’ai passé deux ans au lycée Félix Faure de Beauvais dans l’Oise où j’ai connu l’un des fils de Mr Lê.
    Voilà, que de souvenirs
    Salutations

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