Thanyarak: hôpital de l’espoir pour les toxicomanes !

Le pays des Sourires est aussi le pays de la drogue. Ce fléau sans cesse combattu n’a pas fini de faire des ravages en Thaïlande. Le LFIB n’y a pas échappé : depuis une dizaine d’année, il a connu plusieurs cas d’élèves toxicomanes, dont certains particulièrement graves. Des mesures ont été prises, et une campagne de prévention a été mise en place. C’est dans le cadre de cette campagne qu’une visite à l’hôpital Thanyarak, spécialisé dans les soins aux toxicomanes, a eu lieu le 4 avril dernier. J’ai eu la chance d’y participer.

Le plus grand hôpital pour toxicomanes de Thaïlande

Parti du lycée, nous voici arrivé à l’hôpital après une heure de route. Vu de l’extérieur, l’imposant bâtiment principal ne laisse rien deviner des drames vécus par ceux qui y sont soignés, avec son vaste parc où l’on aperçoit des pensionnaires roulant à vélo à l’ombre des arbres, entre les rangées d’édifices blancs et légèrement défraîchis.

Vue du bâtiment principal

Nous entrons dans un vaste hall, guidé par une infirmière. À gauche, une grande salle d’attente bondée. Les familles attendent : enfants et vieillards, hommes et femmes s’y mélangent. Celui où celle qu’ils accompagnent ne rentrera peut-être pas avec eux, si les médecins le décident et s’ils peuvent payer les 200 baths [4,5 €] par jour que coûtent les soins. Les patients ressortent dans ce tableau par la tunique bleue qui est leur uniforme.

On nous projette le film officiel de l’hôpital, qui semble avoir été monté par le même réalisateur que l’hommage au roi du cinéma. On y apprend que l’institut Thanyarak a été fondé en 1958, sous l’impulsion de la famille royale et du gouvernement, conscient de l’importance de « sauver la nation du fléau de la drogue ». Le centre a connu une rapide expansion; en 2010, 7500 toxicomanes y ont été soignés. Il fait aujourd’hui figure de modèle en Thaïlande et dans le monde, et collabore avec 5 autres centres dans le pays.

Emportés dans le tourbillon de la drogue

Mais qui sont donc ces patients ? Nous en avons rencontré deux : Somchai, 25 ans, et Lek , 30 ans, tous deux originaires de la province de Pathum Thani. Ils se présentent à nous cravatés et souriants. Qui croirait que quelques mois plus tôt ils étaient complétement accro à l’amphétamine, ou Ya Baa, « drogue folle » comme on l’appelle en Thaïlande ? Tous deux ont commencé « pour essayer, faire comme les copains », tous deux n’ont très vite plus pu se passer de cette drogue aux effets euphorisants mais éphémères, tous deux ont connu ce sentiment de toute-puissance suivi de fatigues terribles. Incapables de travailler, mentant à leur familles, endettés pour pouvoir payer leurs 4 à 5 pilules quotidiennes, à environ 250 baths chacune (l’équivalent du salaire thaï moyen par jour), ils étaient au fond du gouffre quand ils se sont fait arrêter. Ils ne parlent pas de leur séjour en prison, mais Somchai nous confie que c’est sa mère qui a du payer la caution de 10 000 baths [225 €]. Sous décision du tribunal, il doit passer 4 mois à Thanyarak.

L’histoire de ces deux hommes est un « classique » à l’hôpital, où la grande majorité des patients sont des hommes de 15 à 30 ans. Près de 70% d’entre eux prenaient de l’amphétamine, tandis que 20% étaient alcooliques. De toute la visite, le plus choquant était peut-être de voir des jeunes de 15 ans, voire moins, qui devraient aller à l’école, qui pourraient être dans notre classe… Comment en sont-ils arrivé là ? Quel avenir auront-ils ? Pourront-ils jamais guérir ?

Photo de groupes avec des patients

Soigner une addiction : tout un programme !

À cette troisième question, l’hôpital Thanyarak a pris le risque de répondre : « Oui c’est possible ! » D’abord grâce à des soins médicaux ; car les patients arrivent souvent dans un état de santé critique. Mais les médicaments ne suffisent pas pour guérir. Des psychologues sont chargés d’aider les malades à trouver la force en eux-mêmes de surmonter leur addiction, car s’ils n’ont pas la volonté de changer, on ne peut rien faire pour eux. L’esprit d’équipe est très important : des séances collectives leur permettent de partager leur expérience et leurs peines, de se confier. Ils sont répartis par groupes d’une quarantaine de personnes avec qui ils partageront leur quotidien pendant plusieurs mois. Chaque soir, une réunion-bilan est organisée où l’on revient sur les succès et échecs de la journée, où toutes les tensions sont mises à nu. Ainsi, l’harmonie est maintenue, chacun se sent soutenu et soutient les autres à son tour. Lek et Somchai nous confient qu’ils se sont fait beaucoup d’amis à Thanyarak.

Enfin, l’aspect social n’est pas négligé. Un dialogue se crée avec les familles et les patients apprennent un métier. Somchai, par exemple, à découvert les joies de la cuisine et s’initiera bientôt à la menuiserie. Depuis quelques années, on peut même suivre des études universitaires à l’hôpital. Après leur départ, ils sont suivis pendant un an par téléphone. Tout ça pour leur garantir un futur et éviter qu’ils ne retombent dans la drogue. Lek nous explique qu’après 4 mois de traitement, il est sorti. Mais dehors la pression était trop forte, alors il est revenu. Il est aujourd’hui responsable d’un groupe.

N’allez pas non plus croire que la vie là-bas est une sinécure. Les pensionnaires doivent se plier à des règles très strictes, et des corvées attendent les réfractaires. Les visites, par exemple, sont très encadrées : une seule par semaine, une demi heure seulement. Pour Somchai, qui a une petite amie, ce n’est pas tous les jours facile. Malgré tout, la plupart des patients sont heureux d’être à Thanyarak, où les conditions sont bien meilleures qu’en prison.

Ces méthodes semblent porter leur fruit : en moyenne 70% des patients internes sont guéris, et 50% des externes. Des chiffres encourageants, qui montrent qu’à force de volonté, de courage et de sacrifices, triompher de son addiction n’est pas qu’un rêve !

Kristóf ALMASY – Seconde C

Photographies par D. Gérard

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