De Colette à Marguerite

C’est un peu comme avoir une nouvelle coupe de cheveux : il faut du temps pour se l’approprier.

Au début, certains te posent des questions, d’autres te fixent. On ne sait plus très bien qui on est. Combien de temps nous faudra-t-il, à nous les élèves de l’école Colette, pour devenir les élèves du lycée Marguerite Duras ?

Sommaire

QUITTER COLETTE

CHÀO MARGUERITE

QUITTER COLETTE

Ceux qui ont passé leurs années de primaire, de collège ou de lycée ici te diront que leur école, c’était l’école Colette… et que toujours ce sera Colette. Ce nom a une connotation familière et sympathique, et rappelle de beaux souvenirs : les balançoires dans la cour du 124 Cách Mạng Tháng Tám, madame Bonbon et le foyer du 30 Phạm Ngọc Thạch, et l’ancienne villa coloniale, îlot de verdure en plein centre ville, du 113 Hai Bà Trưng. Tout cela n’est plus, le nom lui-même a disparu, mais des groupes Facebook ont été créés pour revendiquer l’identité de l’école : « Tu as été élève à Colette si… », « Même si Marguerite Duras se tape l’incruste, Colette restera Colette ».

Le 113 HBT, ancien site du lycée

En effet, l’année 2010-2011 a été marquée par de grandes mutations. D’abord, un nouvel établissement s’étalant sur 9000 m² : plus moderne, plus vaste, plus scolaire en quelque sorte. Mais l’ambiance familiale de notre ancienne école Colette semble avoir touché à sa fin. Au changement de lieu s’ajoute un changement d’identité. Nouveau nom, nouveau visage…

Le visage d’une femme écrivain dont le cœur balance entre la France et le Vietnam. « J’ai un visage détruit », elle disait. Il y a quelque chose dans son regard et dans ses rides, qui témoigne de son passé. Un front creusé de peines, de chemins et de routes. « Ce vieillissement a été brutal. Je l’ai vu gagner un à un mes traits, changer le rapport qu’il y avait entre eux, faire les yeux plus grands, le regard plus triste, la bouche plus définitive, marquer le front de cassures profondes. […] Ce visage-là, nouveau, je l’ai gardé. » C’est ce visage que l’on voit aujourd’hui, sur la photo offerte au lycée par son amie la photographe Hélène Bamberger.

Marguerite Duras, par Hélène Bamberger

Elle a vécu à 30 km d’ici dans les années 30. A n’importe quel collégien ou lycéen, ce nom rappelle quelque chose, car ses mots ont souvent été étudiés et patiemment décryptés, avec délices ou découragement, pendant les cours de français. « Tu me tues, tu me fais du bien. »

Marguerite Duras. C’est un nom qui racle la gorge, très difficile à prononcer pour les vietnamiens, et qui évoque une certaine dureté. Celle de son enfance, de son adolescence ? Ce nom nous lègue en tout cas sa détermination et sa confiance en elle. Quand on prononce son nom, certains pensent à l’alcoolisme, au communisme… Mais moi, ce que je retiens de cette femme, qui s’est inspiré de ma terre et qui en a inspiré plus d’un, c’est que ce qu’elle a écrit fait réagir, pour le meilleur ou pour le pire, et surtout que c’est une jeune fille qui a vécu et qui a également été lycéenne, près d’ici.

A présent, à chaque passant curieux du nom de notre lycée, on lui racontera son histoire, ainsi que la nôtre.

CHÀO MARGUERITE

Le portail de l’école a changé pendant les vacances de mai : de nouvelles lettrines ont remplacé les mots « D’HO CHI MINH VILLE ». On lit désormais LYCEE FRANCAIS INTERNATIONAL MARGUERITE DURAS.

Dans la cour de l’école, des bâches et une estrade ont été installées. Aujourd’hui, c’est jour de fête. C’est le jour de l’inauguration de l’école, et tous, proviseur, professeurs, élèves et employés, y ont participé à leur manière.

A 9 heures, l’école reçoit les invités. La première partie du programme est une visite guidée du nouvel établissement avec escorte bilingue d’élèves français et vietnamiens de seconde et de première, en grande tenue pour l’occasion.

L’itinéraire débute dans les locaux de l’école élémentaire : une salle de classe de petite section, le dortoir pour les siestes et la salle de motricité. Petite démonstration du TBI, un grand tableau interactif qui affiche l’écran d’un ordinateur et qui a la particularité d’être tactile. Ensuite, après s’être arrêté dans le Centre de Documentation et d’Information ainsi que la bibliothèque destinée aux plus jeunes, dans lesquels sont aménagés des coins de détente et de travail et qui proposent de riches rayonnages de livres dans plusieurs langues, notamment en vietnamien, on se dirige vers le gymnase et la piscine. A votre droite, c’est le terrain de foot. A votre gauche, les terrains de basket. La visite se termine dans la salle de spectacle.

Dix heures sonnent, place à la cérémonie.

Madame Anne-Marie Descôtes, Directrice de l’Agence pour Enseignement Français à l’Étranger, coupe le ruban tenu par un garçon et une jeune fille de 6 ans, habillée en « áo dài ». Madame le Proviseur, puis Madame la Directrice  et  Monsieur Hua Ngoc Thuan, Vice-Président du Comité populaire de Hô Chi Minh-Ville, font un discours pour saluer la réussite de ce nouveau départ, en la présence de Monsieur Jean-François Girault, Ambassadeur de France au Vietnam, et Monsieur Fabrice Mauriès, Consul Général de France à Hô Chi Minh Ville.

Madame Roiné, Proviseur du LFI Duras

Les élèves de CM2 se placent à leur tour devant les micros et conquièrent la scène ainsi que le cœur de tous. A la surprise générale, ils chantent en chœur l’hymne national vietnamien, suivi de la Marseillaise. Enfants vietnamiens, enfants français, et d’autres pays encore mêlant leurs voix avec harmonie.

Laïla, métisse d’origine marocaine aux cheveux bouclés s’avance ensuite sur scène. Sa voix retentit : « L’homme élégant est descendu de la limousine, il fume une cigarette anglaise.  Il regarde la jeune fille au feutre d’homme et aux chaussures d’or.» Les ventilateurs et les brumisateurs peinent dans la chaleur tropicale. La voix chaude de Laïla résonne, traversée de quelques effets Larsen. Parfois, le mirage d’une brise effleure la foule. «  Et je serai toujours là à regretter tout ce que je fais, tout ce que je laisse, tout ce que je prends, le bon comme le mauvais, le car, le chauffeur du car avec qui je riais, les vieilles chiqueuses de bétel des places arrière, les enfants sur les porte-bagages, la famille de Sadec, l’horreur de la famille de Sadec, son silence génial. », termine Laïla.

Après les lectures, « India Song »

Quelques douces vibrations d’un violon attirent alors notre attention, ce sont les notes d’« India Song », jouées par un musicien du Vietnam. Puis Paul, jeune garçon élancé d’origine vietnamienne, lit le même passage que son amie, cette fois-ci dans sa langue maternelle.

A onze heures, on entend de grands applaudissements : c’est la fin. Invités et professeurs se retrouvent, dans ce qui est au quotidien la cantine du primaire, autour d’un buffet de mises en bouche. On lève les verres au lycée Marguerite Duras.

Thy Anne, 1ère ES

Le portail de l’école a changé pendant les vacances de mai : de nouvelles lettrines ont remplacé les mots « D’HO CHI MINH VILLE ». On lit désormais LYCEE FRANCAIS INTERNATIONAL MARGUERITE DURAS.

[photo entrée nouveau lycée]

Dans la cour de l’école, des bâches et une estrade ont été installées. Aujourd’hui, c’est jour de fête. C’est le jour de l’inauguration de l’école, et tous, proviseur, professeurs, élèves et employés, y ont participé à leur manière.

A 9 heures, l’école reçoit les invités. La première partie du programme est une visite guidée du nouvel établissement avec escorte bilingue d’élèves français et vietnamiens de seconde et de première, en grande tenue pour l’occasion.

[photo d’élèves en grande tenue]

L’itinéraire débute dans les locaux de l’école élémentaire : une salle de classe de petite section, le dortoir pour les siestes et la salle de motricité. Petite démonstration du TBI, un grand tableau interactif qui affiche l’écran d’un ordinateur et qui a la particularité d’être tactile. Ensuite, après s’être arrêté dans le Centre de Documentation et d’Information ainsi que la bibliothèque destinée aux plus jeunes, dans lesquels sont aménagés des coins de détente et de travail et qui proposent de riches rayonnages de livres dans plusieurs langues, notamment en vietnamien, on se dirige vers le gymnase et la piscine. A votre droite, c’est le terrain de foot. A votre gauche, les terrains de basket. La visite se termine dans la salle de spectacle.

[photo plan du lycée, photo TBI, photo CDI, etc?]

Dix heures sonnent, place à la cérémonie.

La directrice de l’AEFE coupe le ruban tenu par un garçon et une fille de 6 ans, habillée en « áo dài ». La proviseure, puis la directrice de l’AEFE font un discours pour saluer la réussite de ce nouveau départ.

[photo discours]

Les élèves de CM2 se placent à leur tour devant les micros et conquièrent la scène ainsi que le cœur de tous. A la surprise générale, ils chantent en chœur l’hymne national vietnamien, suivi de la Marseillaise. Enfants vietnamiens, enfants français, et d’autres pays encore mêlant leurs voix avec harmonie.

[photo enfants qui chantent]

Laïla, métisse d’origine marocaine aux cheveux bouclés s’avance ensuite sur scène. Sa voix retentit : « L’homme élégant est descendu de la limousine, il fume une cigarette anglaise. Il regarde la jeune fille au feutre d’homme et aux chaussures d’or.» Les ventilateurs et les brumisateurs peinent dans la chaleur tropicale. La voix chaude de Laïla résonne, traversée de quelques effets Larsen. Parfois, le mirage d’une brise effleure la foule. «  Et je serai toujours là à regretter tout ce que je fais, tout ce que je laisse, tout ce que je prends, le bon comme le mauvais, le car, le chauffeur du car avec qui je riais, les vieilles chiqueuses de bétel des places arrière, les enfants sur les porte-bagages, la famille de Sadec, l’horreur de la famille de Sadec, son silence génial. », termine Laïla.

[photo Laïla, Paul, violoniste?]

Quelques douces vibrations d’un violon attirent alors notre attention, ce sont les notes d’« India Song », jouées par un musicien du Vietnam. Puis Paul, jeune garçon élancé d’origine vietnamienne, lit le même passage que son amie, cette fois-ci dans sa langue maternelle.

A onze heures, on entend de grands applaudissements : c’est la fin. Invités et professeurs se retrouvent, dans ce qui est au quotidien la cantine du primaire, autour d’un buffet de mises en bouche. On lève les verres au lycée Marguerite Duras.

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