De Saigon à Dalat, un voyage EDD

Pour la deuxième année consécutive, les classes de seconde du LFI Marguerite Duras de Hô Chi Minh-Ville ont participé à un projet interdisciplinaire autour du développement durable. L’an passé, le thème choisi était l’eau : les élèves avaient pu analyser les enjeux de l’utilisation de cette ressource rare et appliquer leurs analyses par un voyage dans le delta du Mékong. Cette année, nous avons décidé d’analyser les différentes dimensions du développement durable en les appliquant à une région proche de Saigon : le parc naturel de Cat Tien et la région de Dalat.

Le projet associait trois disciplines scolaires – Histoire-Géographie, Sciences de la Vie de la Terre et Sciences économiques et sociales – et les 38 élèves des deux classes de seconde A et B. Le projet a alterné différentes phases de réflexion, de travail en groupe et de sortie pédagogique. Il s’est concrétisé par un voyage scolaire, pendant la semaine du Développement Durable, du 4 au 7 avril 2011.

Nous avons abordé les thèmes de la biodiversité et l’étude des différents écosystèmes entre Saigon et Dalat, les différentes formes d’agriculture dans la région ainsi que le développement de la filière du café et ses implications économiques, culturelles et sociales. Les élèves ont pu participer à la plantation de cacaoyers réalisée dans le cadre d’un partenariat avec WWF, visiter des exploitations et une usine de transformation de café, découvrir les conditions de vie des Coho, une minorité ethnique vivant près de Dalat, comprendre le fonctionnement d’une exploitation d’agriculture biologique et raisonnée et faire de belles balades à la découverte des écosystèmes de la région.

Nous vous proposons quelques articles écrits à la suite de ce voyage et, si vous désirez en savoir plus, rendez-vous sur le blog du projet.

Bonne lecture !

Sommaire

1. Nam Cat Tiên et sa biodiversité
2. Les militants de la biodiversité
3. Le cacao pour une vie meilleure
4. Une usine du traitement du café
5. Aux sources de l’or vert
6. Les Co Ho, une minorité à l’écart
7. Le centre d’archives de Dalat

1. Nam Cat Tiên et sa biodiversité

Le parc national de Cat Tiên s’étend sur environ 71 hectares de forêt, de plaine et de marais. Ce parc est divisé en deux parties, au nord Cat Loc et au sud Cat Tiên. Au cours de la deuxième guerre d’Indochine, le parc a subi de gros dommages suite au déversement intensif de l’agent orange. Il est situé à 160 km au Nord Est de Saigon. C’est l’un des parcs les plus importants du Vietnam et regroupe une multitude de plantes et d’espèces animales comme des grands mammifères (éléphants). Il protège aussi l’une des plus grandes zones de forêts tropicales humides au Vietnam.

Le parc de Cat Tiên était au départ divisé en trois parcs distincts. En 1978, le Nam Cat Tiên et le Tay Cat Tiên obtiennent le statut de réserve protégée. Cat Loc est classé comme réserve de rhinocéros en 1992 après la découverte de rhinocéros de Java. Le Lac aux crocodiles, dans la partie Nord du parc de Cat Tiên, est une zone de reproduction pour le crocodile du Siam qui a été réintroduit en 2000. C’est l’une des plus grandes parties marécageuses du parc.

Une enquête récente de WWF démontrait que la plus grande menace pour les mammifères et la flore est la perte de leurs habitats. La nécessité de protéger et de conserver intacts leurs sanctuaires tels que Nam Cat Tiên est devenue vitale. Le maintien de la biodiversité est un facteur essentiel du développement durable. Parmi les nombreuses menaces qui pèsent sur le parc, il y a la déforestation, l’empiètement agricole et le braconnage. Le World Wildlife Fund concentre particulièrement ses efforts sur la conservation des lieux et des espèces en voie de disparition qui sont importants pour l’équilibre de l’écosystème. Deux types d’options de conservation de la biodiversité émergent : la conservation dans le milieu naturel, et hors du milieu naturel.

La conservation dans le milieu naturel est souvent vue comme la stratégie idéale, mais elle est rarement possible. Par exemple WWF essaie de protéger les derniers rhinocéros de Java et des éléphants sur le site mais la tâche s’annonce plus que difficile. Certains prétendent (enquête conduite par Mamimalworld) qu’il n’y a plus de femelle rhinocéros dans le parc. Si la preuve est amenée, le parc pourrait perdre son statut de réserve classée au patrimoine de l’UNESCO.

De nombreux cas de destruction d’habitats d’espèces en voie de disparition requièrent donc la mise en place de stratégies de conservation hors du milieu naturel. Certains estiment que les deux types de conservation sont complémentaires. Par exemple, voici plusieurs années, WWF et Go EAST ont réinséré des cobras dans le parc et regroupé les primates sur une île nommé Dao Tiên pour mieux les protéger.

Go East est une association qui se consacre à la conservation durable de la faune. De juillet 2008 à mars 2010, l’association a construit un centre de réadaptation qui occupe 57 hectares. Ce centre protège et réaclimate les primates. On y retrouve des loris pygmées et des gibbons à joue dorée. Une fois que les primates ont atteint l’âge adulte, s’ils sont en bonne santé, on leur fixe un collier GPS pour pouvoir suivre leur trace et ils sont relâchés dans la nature.

Un singe pygmée nommé Simone et Ellie, un gibbon femelle

Il faudra concilier protection et production durable dans le parc de Nam Cat Tiên en éduquant les populations pour que
l’équilibre des écosystèmes et la biodiversité demeurent.

Etant élèves de seconde, nous avons donc visité la forêt de Nam Cat Tiên mais nous furent un peu déçus de n’apercevoir qu’un paon que quelques secondes. L’exploration s’est ensuite poursuivie vers le lac aux crocodiles. Nous avons bien vu le lac … mais sans la moindre trace de crocodile ! Cher payé pour deux heures et demie de marche à pied. L’autre groupe d’élèves parti sur une autre piste a quand même eu la chance d’apercevoir des primates sur l’île aux singes de Dao Tiên. Notre plus grand moment de frayeur fut lorsque le guide nous expliqua que des cobras avaient été réintroduits dans tout le site !

Edouard Ducoux, Michael Chang

Photographies : Edouard Ducoux; document Dao Tien et gibbons : Go East

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2. Les militants de la biodiversité

Au Lycée Français International Marguerite Duras, les élèves de seconde ont depuis l’année dernière le plaisir de participer à un voyage dans le cadre du projet Education au Développement Durable. Cette année nous, c’est-à-dire les deux classes de Seconde, sommes allés dans la région de Dalat. Pendant le long trajet en bus jusqu’à la ville connue pour ses fraises et son vin, nous avons fait une escale au parc national de Cat Tien, et avons visité l’île aux singes. L’île aux singes, en vietnamien l’île Dao Tien, est située sur la rivière Dong Nai, elle est la base d’un important centre de réhabilitation pour les grands singes.

Le centre EAST : un exemple à suivre

Ce centre a été créé par le groupe EAST, lui même fondé par l’organisation anglaise Ape Rescue Center. Son objectif principal est de faire cesser le commerce illégal d’espèces animales, ceci avec le soutien du gouvernement. Il s’agit d’un projet est international : il a été réalisé grâce à une collaboration entre le Vietnam, le Département des forêts, mais aussi le Centre de sauvetage de Pingtung à Taiwan (qui se charge des soins vétérinaires) et avec Monkey World dont le siège est installé aux Royaume-Uni (qui se charge de la construction des habitats).

Lorsque nous sommes arrivés sur l’île, nous avons eu droit à une présentation PowerPoint par un membre de la fondation qui nous expliqué le pourquoi et le comment du projet ainsi que les caractéristiques principales des singes de l’île. Nous avons appris par exemple que le parc national de Cat Tien s’étend sur 71 920 hectares, qu’il est essentiellement composé de forêts (principalement d’arbres caduques), de plaines et de marais, et qu’il abrite 105 différentes espèces de mammifères, 351 différents oiseaux, plus de 120 différentes catégories de reptiles et amphibiens, 450 différentes classes de papillons ainsi que des centaines d’autres insectes.

Pourquoi ces singes ?

Les singes qui font partie du projet EAST sont des primates en danger nés dans le Sud du Vietnam. Ils sont tous victimes du commerce illégal d’animaux sauvages. Il faut savoir que les singes, et notamment les gibbons, sont très prisés sur le marché de la fourrure, de la viande et du cuir. Mais ils sont également exploités pour être domestiqués ou pour servir d’attraction à touristes, surtout le gibbon bébé qui est tout petit et “mignon”. Lorsque les chasseurs prennent un ou plusieurs bébés gibbons, ils prennent également le reste de la famille ce qui est un important facteur de la disparition de ces espèces. De plus les gibbons ne sont pas des animaux faits pour la domestication ! Ils n’obéiront jamais aux ordres donnés par homme comme le ferait un chien et ils sont même souvent dangereux pour l’homme avec leurs dents acérées. Sans compter le fait qu’ils sont très rarement traités avec soin.

L’aide apportée aux singes se fait en trois temps :

– le sauvetage. Les singes maltraités qui sont souvent dans un état déplorable sont soignés et gardés dans des cages propres en compagnie d’un autre singe du sexe opposé.

– la réhabilitation. Les singes sont préparés à revivre dans la nature en autonomie et doivent s’habituer à ne plus avoir de contact avec l’homme avant d’être rendus à l’état sauvage.

– la remise en liberté des animaux qui doivent être aptes à vivre par eux même dans la forêt.

Les gibbons à joues dorées

Le gibbon naît doré mais ses poils passent au noir vers l’âge de 3-4 ans. Pour les femelles, à l’âge de 8 ans, les poils redeviennent dorés, alors que ceux des mâles ne changent pas. Ils vivent essentiellement dans les arbres, dans les forêts tropicales de l’Asie du Sud-est comme au Vietnam. Ils se déplacent à l’aide de leurs deux paires de mains (les pouces de leurs « pieds » sont en réalités opposables, comme des mains), ils se balancent de branches en branches avec tout leur corps grâce à leurs longs bras. Ils marchent à la manière des bipèdes et ont une longue espérance de vie, de 35-40 ans. Le gibbon est omnivore, il se nourrit de fruits, de feuilles, d’écorces mais aussi d’insectes, d’oiseaux, d’œufs, d’araignées.

Lors de notre visite, nous avons eu le privilège d’apercevoir Da et Lat, deux des 21 Gibbons à joues dorées qui sont actuellement en phase de rééducation sur l’île. Lorsque Da a mis les pieds sur l’île pour la première fois, après avoir été longuement enfermé seul dans une cage remplie de déchets, il ne pesait que 4kg, soit la moitié de son poids habituel ! A son arrivée, il a été placé dans une cage en compagnie de Lat, une femelle qui, voyant la faiblesse de son compagnon, qui refusait même de manger, a su maintenir le couple en vie. C’est même elle, et non le mâle comme à l’usage, qui chantait : les gibbons chantent pour marquer leur territoire ou pour appeler leur famille. Les liens familiaux sont très forts chez les joues dorées, car un mâle et une femelle sont liés à vie et n’auront pas d’enfants avec d’autres singes. Da et Lat réapprennent à vivre en autonomie dans la forêt : ils seront bientôt relâchés dans la nature où ils devront être aptes à survivre sans l’aide des hommes.

http://musique.arabe.over-blog.com

Les fondations telles que EAST sont essentielles à la survie d’un grand nombre d’espèces animales actuelles. Elles sont également bénéfiques à l’environnement car elles agissent dans un but purement écologique. La visite de l’île nous a fait réaliser à tous à quel point la mobilisation et l’aide aux espèces animales en voie de disparition est nécessaire. Sans ces quelques organisations et ces nombreux, mais jamais assez, militants, tous nos écosystèmes seraient gravement bouleversés et de nombreuses espèces que nous connaissons ne seraient plus que des souvenirs.

Laïla Souali, Clélia Boissère, Berthille Pierron

Photographies des gibbons : Go East

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3. Le cacao pour une vie meilleure

Dans le cadre d’un projet EDD (Éducation au Développement Durable), les deux classes de Seconde du Lycée Français International d’Ho Chi Minh Ville sont parties pendant 4 jours à la réserve nationale de biodiversité Nam Cat Tien et dans la région de Da Lat. Nous y avons visité une exploitation de cacaoyers, placée sous la tutelle de WWF (World Wide Fund for Nature), une fondation suisse qui s’occupe de la protection de la faune et de l’environnement, présente dans plus de 96 pays avec 5 millions d’adhérents. Bénéficiant d’un programme proche du commerce équitable, cette exploitation de 30 hectares produit du cacao, en partenariat avec la société française de négoce Touton S.A (basée à Bordeaux) qui rachète les fèves issues de l’exploitation, de manière à fournir des revenus aux fermiers locaux et à protéger la forêt près de Madagui.

Les cacaoyers sont plantés sous la “canopée”, c’est-à-dire, dans la forêt sans déraciner d’autres arbres, car le cacaoyer est une plante qui a besoin d’ombre pour se développer. De plus, l’Etat vietnamien a interdit la culture intensive du cacao : il autorise la culture à condition que celle-ci n’implique pas de déforestation. François BOUVERY, bénévole à Vietadventure (une entreprise organisant des évènements sportifs tout en respectant l’environnement) et par ailleurs commercial dans la société Touton S.A, nous a accompagnés durant cette visite. Il nous a expliqué que Touton S.A est une société de trading de cacao et d’autres produits, qui finance les petits producteurs, souvent issus de minorités ethniques. Ici la minorité concernée est celle des Mạ : près de 35 familles participent à ce projet. Cette société les forme et les aide à obtenir de meilleurs revenus en diversifiant leur production tout en respectant la biodiversité des forêts en association avec WWF. Toutefois ces organisations font en sorte que les exploitants ne deviennent pas dépendants de ces aides en leur enseignant des méthodes sans vraiment intervenir.

Nous avons alors participé à la plantation de cacaoyers pour aider le chef de l’exploitation Kanum. Nous avons dû porter des sacs de 50 kilos (25kg de compost mélangé à 25kg de terre et) jusqu’au site de plantation. Après avoir bien transpiré, est venu le temps de planter les jeunes arbres. A l’aide de bêches nous avons creusé des trous d’un demi mètre cube, pour y replanter les arbres et combler les trous avec le compost.

Dans 4 ans, quand les arbres que nous avons plantés produiront enfin des cabosses de cacao, Touton S.A pourra les racheter aux producteurs comme Mr. Kanum (voir photo plus bas) pour ensuite les revendre à l’entreprise belge de transformation de cacao en chocolat Grand Place, basée en Belgique, au Vietnam et au Japon.

Mais avant de revendre le cacao, il y a plusieurs étapes à respecter. En premier lieu, il faut bien évidement récolter la cabosse. Il faut ensuite couper en deux la cabosse pour récupérer les fèves de cacao. Une fois les fèves extraites, on les fait sécher au soleil, puis fermenter.

Mais pourquoi les acteurs (les fermiers, la fondation WWF, les sociétés Touton SA et Grand Place, et les autorités vietnamiennes) ont-ils choisi le cacao plutôt que d’autres cultures ? Tout d’abord, parce que le cacao, contrairement à d’autres plantes comme l’anacardier, n’épuise pas le sol (il ne le vide pas de ses bienfaits), et donc, permet aussi une protection de l’environnement et de la biodiversité. Par ailleurs, un des plus grands producteurs de cacao, la Côte d’Ivoire est en période d’instabilité politique. De ce fait, le prix du cacao est élevé et le cacao vietnamien, a donc de grandes chances de se faire une place dans le commerce mondial du cacao.

L’exploitation de Mr. Kanum a produit cette année 500 kg de fève/ha vendues au prix de 50.000 VND/kg. Ce qui revient donc à 750 millions de đongs de chiffre d’affaire (charges, frais, etc… exclus), soit 36 000 dollars. Afin de valoriser davantage leur production, les exploitants peuvent se munir de labels. Pour le cas de Mr. Kanum, la société Touton SA pense au label Alliance Rainforest. Celui-ci est orienté vers le commerce équitable dans le café, cacao et thé, en garantissant un produit de qualité et respectueux de l’environnement (gestion de l’eau, des sols, etc…), de la faune et la flore. Pour cela, Touton SA aide les producteurs en les formant à devenir autonomes et compétitifs tout en protégeant leurs droits et en essayant d’améliorer leurs conditions de vie.

En conclusion, nous pouvons dire que ce projet s’inscrit dans l’esprit du développement durable. On le voit d’abord par le souci de la protection de la forêt : en effet, la de déforestation est très importante au Vietnam depuis 10 ans à cause du commerce du bois ; de plus, on plante des arbres, qui eux éliminent le dioxyde de carbone pour rejeter du dioxygène, ce qui est favorable à la baisse du taux de pollution de l’air, si minime soit il. Au niveau social, ce projet a pour objectif de faire vivre en tout près de 35 familles plus démunies que les Kinh, la population majoritaire du Vietnam. Enfin, le projet participe à une grande chaîne économique qui met en relation plusieurs sociétés (Touton SA et Grand Place), et permet de diversifier l’économie agricole vietnamienne presque trop dépendante du café et du riz.

Emma Leroy Deval, Damien Chesneau, Thimothée Nguyen, Romane Point

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4. Une usine du traitement du café

Pourquoi a-t-on choisi de visiter une usine de café? Quel rôle joue le café dans la région du Lam Dong ?

Le Vietnam est connu pour sa production de café classée derrière le Brésil en terme de productivité: il a exporté 18 millions de sacs de café en 2010 derrière les 48 millions du Brésil. “La libéralisation économique et l’autonomisation des paysans, encouragées par la flambée des prix du café, ont entretenu tout au long des années 1985-1995 la croissance des bassins caféiers de Gia Lai, du Dak Lak et du Lam Dong. Au centre de la stratégie économique, le café est apparu à la fois comme une arme essentielle pour combattre la pauvreté et comme une stratégie pour enrichir ses différents acteurs. Le produit intérieur du Dak Lak dépend par exemple à 47 % du café » d’après « Les forêts au Viêt Nam, Recul ancien et défrichements contemporains » de Frédéric Durand & Frédéric Fortunel, in Vietnam Contemporain, IRASEC, Les Indes Savantes, sous la direction de S. Dovert et B. de Tréglodé. Cette citation nous montre que le café occupe donc une place importante dans l’économie vietnamienne ainsi que l’économie des familles des paysans vietnamiens.

Pendant le deuxième jour du voyage à Dalat, les élèves de seconde ont visité une usine de transformation de café pour découvrir les différentes étapes du traitement de café et son impact économique, social et environnemental.

Sur le trajet Madagui-Dalat, nous nous sommes arrêtés dans la commune de Loc Son, district de Bao Loc, où nous avons visité une usine de l’entreprise ACOM (Atlantic Commodities Vietnam), une filiale de ECOM (groupe agro-alimentaire suisse ayant de nombreuses filiales dans le monde). Installée en 2002, ACOM comprend une usine à Bao Loc et un entrepôt dans la province de Binh Duong, qui est limitrophe de la ville de Ho Chi minh-Ville. Avec 150 salariés, travaillant en 3 équipes (3×8), l’usine produit et exporte 25 à 30 tonnes de café par an avec une meilleure qualité pour s’adapter à l’augmentation des exigences des clients (le marché mondial). Elle reçoit alors les certificats : UTZ, 4C et Rainforest.

En visitant l’usine, nous apprenons que le traitement du café est divisé en 6 étapes. D’abord, on vérifie l’humidité du café vert : celui qui a un taux d’humidité élevé va être séché dans des fours utilisant comme combustible les enveloppes des grains de café. Puis, lors d’une deuxième étape, les grains sont nettoyés dans le but d’enlever toutes les poussières et les cailloux. Ensuite, les grains sont triés en 3 tailles différentes (13-16-18 mm) et en poids grâce au “gravity separator”. A la 5ème étape, les grains sont polis (de manière sèche ou humide) puis sélectionnés par leur couleur grâce à un système de lasers.

Cette usine prend en compte aussi son impact social et environnemental. Ainsi elle forme les producteurs dans le but économique d’augmenter leur productivité. De même, elle traite l’eau usée qu’elle utilise ainsi que les fumées qu’elle rejette, pour limiter la pollution de l’environnement.

Les différents labels

UTZ : indique la création d’un marché ouvert et transparent pour les produits agricoles. Il a pour ambition de mettre en place des chaînes d’approvisionnement agricoles durables, qui répondent aux besoins et aux attentes croissantes des agriculteurs, de l’industrie agro-alimentaire ainsi que des consommateurs.

R.A (Rainforest Alliance) : repose sur les trois piliers du développement durable : la protection de l’environnement, l’équité sociale et la viabilité économique. Il encourage les producteurs à cultiver et gérer leurs terres de façon plus durable.

4C : couvre 28 principes sociaux, économiques et environnementaux pour tous les acteurs de la chaîne d’approvisionnement de café vert. Cette certification assure l’accès aux bonnes pratiques de café.

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5. Aux sources de l’or vert

Le Vietnam est le 2e exportateur mondial de café. Les hauts plateaux du Vietnam sont les principales zones de plantations de café. Le 6 Avril 2011, nous avons eu l’opportunité d’aller voir en détail une exploitation du café situé à 1 heure de Da Lat. Nous avons rencontré l’exploitant qui nous a fait visiter son lieu de travail et nous a expliqué en quoi consistait son métier.

L’exploitant appartient à la majorité ethnique des Kinh qui quittent les plaines et le delta pour rejoindre les hauts plateaux dans le but de profiter de l’économie croissante liée au café. Originaire de Long Xuyen dans le delta du Mékong, et de religion chrétienne, il est installé sur les hauts plateaux depuis 4 ans. C’est le seul exploitant du champ. Il plante, cultive et cueille les cerises de café sur 6 hectares ! Il n’a pas eu de formation professionnelle, il a appris ce métier simplement en regardant et en imitant les autres exploitants.

Son exploitation appartient à une congrégation de religieuses d’Ho Chi Minh-Ville. Elle recouvre 6 hectares dont 2 hectares plus érodés qui demandent plus d’entretien. L’exploitant cultive principalement du café robusta et produit environ 6.4 tonnes par an. Son travail est manuel mais aussi partiellement mécanisé pour le décorticage.

Pour produire, l’exploitant utilise l’eau des nappes phréatiques et en même temps, il creuse autour du plan une sorte de bassin pour conserver l’eau de la pluie. Et il utilise comme engrais les excréments de vache (ce qui lui permet d’économiser sur ce type de dépenses et d’éviter la pollution liée aux engrais chimiques). Il n’utilise des pesticides que lorsque quand cela est nécessaire. D’abord, l’exploitant cueille les graines, puis il passe à l’étape de séchage. Ensuite il décortique et garde les peaux pour en faire du compost. Il y a deux floraisons par an lors du Tet à deux semaines d’écart. La récolte a lieu début septembre. La première floraison donne plus de graines que la seconde.

Un grand arbre produit environ 70kg de graines par récolte. Les grains sont stockés dans des sacs de 50 kilos. Les bonnes graines seront vendues aux usines de Bao Loc que les sœurs, propriétaires de l’exploitation, choisissent. Les grains de plus faible qualité sont vendus aux collecteurs.

L’année 2011 a été particulièrement bonne au niveau économique et son niveau de vie s’est beaucoup amélioré. En effet, cette année, le prix du café a quasiment doublé : le prix du café en 2010 était de 25.000 VND alors que le prix est actuellement de 48.000 vnd le kilo. L’exploitant bénéficie de cette augmentation et il espère pouvoir vendre autant dans les années qui suivent.

Sur les hauts plateaux, le café est devenu une source non négligeable de revenus des agriculteurs vietnamiens. Voila pourquoi le café est considéré comme une richesse, de l’ « or vert ».

Tai Tran, Kévin Ta, Ounkham Sundara et Jean Huy Lamy

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6. Les Co Ho, une minorité à l’écart

Nous allons vous présenter la vie de la minorité ethnique Co Ho qui habite dans les alentours de Dalat. Le village des Co Ho où nous sommes allés se situe sur une crête, dans la montagne, aux alentours de la ville de Dalat. Nous avons pu constater que cette minorité ethnique vit différemment des Vietnamiens qui habitent en ville.

C’était un jeudi matin et c’était notre dernier jour de voyage à Dalat. Après un trajet en bus de trente minutes, nous sommes arrivés au début d’une piste menant au village Co Ho. La piste traverse des forêts de pins et sillonne collines grimpantes et vallées. Sur le chemin, nous avons dû franchir plusieurs obstacles : traverser des rivières sur des troncs d’arbres, grimper puis redescendre dans des vallées encaissées sur 12 km… C’était assez épuisant !

Durant la marche, nous avons pu observer plusieurs récoltes au fond des vallées : des plantations de pommes de terre, d’avocats, de fraises, de carottes, de fleurs, de thé mais surtout de café. Sur les pentes, la forêt disparaît par endroit. Les villageois brûlent des arbres pour gagner des terres pour leurs récoltes mais aussi pour lutter contre les risques d’incendie pour protéger le village. Nous avons également pu constater des entailles dans plusieurs arbres autour du village : bien que cela soit illégal, la résine des arbres est récupérée pour fabriquer du parfum et de la poudre à fusil.

Arrivés au sommet, nous sommes entrés dans un village quasi-désert. Un des guides qui nous accompagnait nous a donné des informations globales sur les Co Ho. Les Co Ho appartiennent à la famille linguistique austroasiatique des Mon-Khmer, la plus anciennement installée au Vietnam. Cette famille compte près de 15 ethnies dans la région des hauts plateaux. Il existe plusieurs sous-groupes de Co Ho comme les Srê, les String, les Chil, les Lach et les Nop. Ce village appartient au groupe des Chil.

Les Co Ho vivent dans des maisons en bois, avec des toits en chaume et en taule. Très petites et très étroites, ces maisons ne sont pas totalement closes car elles sont fabriquées avec des planches de bois. Le sol n’est pas recouvert et l’équipement intérieur est très rudimentaire.

Les maisons sont disposées en rond et laissent un grand espace pour des fêtes, des cérémonies.

Pendant ces cérémonies, les Co Ho portent des tenues vestimentaires particulières, mais pendant les jours normaux, ils portent des habits semblables à la majorité ethnique Kinh. Du fait de l’influence française pendant la période coloniale, les Co Ho sont chrétiens : ils descendent à Dalat pour la messe tous les dimanches. Mais ils croient aussi aux esprits tels que le génie du soleil, de la montagne et de la rivière et pratiquent des cérémonies rituelles (sacrifice de buffle par exemple).

Le chef de village est un homme même si traditionnellement, la femme joue un rôle important dans la vie sociale. En effet, auparavant, la société était matrilinéaire : le nom de famille et les biens étaient transmis par les femmes. Mais du fait des contacts avec d’autres cultures (celle des colons français et celle des Kinh) la filiation est devenue patrilinéaire. Une famille est souvent composée de 5 à 7 personnes vivant sous le même toît (modèle nucléaire).

Le village vit de l’agriculture : de fruits et de légumes (comme des avocats, de la salade, des patates, des carottes, des fraises), des fleurs et de plus en plus de la culture de café robusta. Mais il reste très pauvre. Il n’a pas d’école, les enfants doivent marcher 10 km jusqu’à une école qui leur est réservée à Dalat. Les enfants y apprennent le vietnamien, bien que les villageois parlent aussi leur dialecte, une langue sans écriture.

Lorsque nous avons visité le village, nous avons été étonnés de le trouver totalement désert ! Cela a renforcé le sentiment de désolation que l’on peut avoir en constatant comment les Co Ho semblent encore éloignés des Vietnamiens des villes et du développement du pays.

Laura Nguyen, Mi Bui, Valentin Penot

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7. Le centre d’archives de Dalat

Pendant le voyage EDD interdisciplinaire à Da Lat qui s’est déroulé du 4 au 7 avril 2011, nous avons travaillé sur la biodiversité, l’écosystème, le commerce équitable. Nous avons également visité le centre d’archives IV du Vietnam qui se situe au 2 Yet Kieu à Da Lat.

Les archives nationales du Vietnam sont réparties et conservées dans un des 4 centres d’archives :

  • centre d’archives I à Hanoi : archives impériales et coloniales qui concernent la région du Nord jusqu’à Quang Binh, avant la révolution de 1945
  • centre d’archives II à Saigon : archives coloniales qui concernent la région du Sud de Bien Hoa à Ca Mau
  • centre d’archives III à Hanoi : archives contemporaines, documents officiels de 1945 jusqu’à aujourd’hui
  • centre d’archives IV à Da Lat : archives qui concernent les 19 provinces du centre du Vietnam, des archives coloniales en français et les « moc ban ».

Le centre d’archives IV était autrefois le logement de Tran Le Xuan, la belle soeur du président Ngo Dinh Diem. Le site contient 3 villas nommées Bach Ngoc, Hang Ngoc et Lam Ngoc et sa superficie est de 13 000 m2. Nous avons été accompagnés dans Bach Ngoc. Derrière la villa, se trouvait une piscine, la guide nous a appris que pour son bain, Tran Le Xuan y versait 3000 m3 d’eau chaude pour lutter contre le froid de l’époque (8-10°C) mais aussi pour montrer sa richesse. Un mystère reste encore entier jusqu’à aujourd’hui: on n’a toujours pas découvert quelle était la méthode utilisée pour chauffer l’eau et la garder chaude sachant qu’aucun engin n’a été trouvé sous la piscine.

D’après les archives, pour faciliter les fuites en cas d’attaque, les villas avaient des tunnels qui ont été construits jusqu’à 2 km de l’aéroport pour permettre une évacuation rapide pendant la guerre du Vietnam.

Derrière la villa Lam Ngoc, il y a également un jardin, de style japonais, avec un bassin ayant la forme du Vietnam. On peut remarquer un petit pont qui sépare le pays en deux et qui symbolise la partition du pays, au niveau du 17ème parallèle, entérinée par les accords de Genève de 1954.

Le site est devenu le 4ème centre d’archives national. Le centre de recherches fut d’abord ouvert le 25/8/2006 puis l’inauguration du centre d’archives pour les touristes a eu lieu le 15/12/2007. Les archives nous ont appris beaucoup de choses. A l’entrée de la 1ère salle, on trouve la copie d’un document officiel, un décret signé par Ho Chi Minh et daté du 3/4/1946 qui atteste l’importance des archives pour le Vietnam. D’après ce document, la destruction des archives, des documents officiels sans la permission de l’Etat est interdite. Les archives peuvent être en français ou en ancien vietnamien (chu nom). Certains documents officiels ont été gardés comme témoignage et comme symbole pour la liberté ; d’autres seulement pour leur signature par un personnage important.

Edit signé par Ho Chi Minh le 3/4/1946

La collection des « Moc Ban de la dynastie des Nguyen » (caractères gravés sur bois) a été reconnue par l’UNESCO comme patrimoine international le 31/7/2009. Dans la collection, il y a 34 618 planches appartenant à 152 livres. Pour mieux les classer, toutes les planches sont numérotées sur la tranche. Les « Moc Ban » vietnamiens sont inspirés d’objets semblables dans des pays proches du Vietnam (Chine, Corée) mais contrairement aux autres pays, ces livres ne sont pas religieux mais traitent de politique, d’économie, d’affaires militaires ou juridiques, d’éducation, d’histoire ou de littérature à l’époque de la dynastie des Nguyen. L’Etat y accorde une importance particulière, non seulement parce qu’ils nous permettent d’apprendre plus sur nos ancêtres et leur culture, mais aussi parce que la dynastie des Nguyen était la dernière dynastie du Vietnam. La conservation des œuvres posait un vrai problème au début (fissures,…) mais devient maintenant performante grâce à des machines qui permettent de régler la température et l’humidité de la salle de conservation. Cette collection est considérée comme le trésor du centre d’archives IV.

Mais les archives ne sont pas toujours sérieuses On y conserve aussi des caricatures publiées dans des journaux étrangers de l’époque, qui dénoncent la vie toujours luxueuse, somptueuse et mondaine de Tran Le Xuan alors que le pays était en guerre. On peut reconnaître sur la caricature anglaise reproduite ci-dessous le président Kennedy en train de tirer un pousse-pousse dans lequel est assise Tran Le Xuân avec une robe imprimée avec le signe du dollar et à la main un sabre ensanglanté . Le président américain se tourne vers Le Xuan pour lui dire « we don’t think this is the way to win ».

Tran Thi Lan Vy, Vo Quynh Anh

Photographies : Lan Vy

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1 comment for “De Saigon à Dalat, un voyage EDD

  1. N'GORAN
    24 novembre 2014 at 22:43

    Je suis N’GORAN, je vie à Abidjan (la capitale économique) en Côte d’Ivoire (Afrique de l’ouest).
    C’est avec joie que j’ai parcouru ce journal « ASIA »; et je félicite tous les élèves qui ont participé à ce projet interdisciplinaire leur permettant de découvrir d’autres localités rurales et de comprendre la vie active dans une certaines dimensions toujours en étudiant. Je suis moi-même cultivateur depuis mon enfance quand bien-même que je travaille à la capitale.
    Bref, veuillez transmettre mes salutations sincères à vous qui lisez mon commentaire et à tous les élèves de l’école.

    Malheureusement mon commentaire vient tardivement mais je ne peux me passer de ne rien écrire. Je serai ravi de recevoir une réponse de vous.

    A plutard

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