Les 44 mois de Syonan-To : « L’île de la lumière du Sud »

Les 44 mois de Syonan – To : « L’île de la lumière du Sud »

Lola Mosseri (3eme D 2010)

Du 8 février 1942 au 20 août 1945, l’île de Singapour, colonie de la couronne britannique, est occupée par les Japonais. Cette base navale britannique est un point stratégique dont les Japonais profitent pendant 2.5 ans. L’acte de reddition de Singapour au Japon est signé le 15 février 1942 dans l’usine de montage et d’assemblage Ford bâtie en 1940 par le Français Émile Brizay. Cette usine se situe sur Bukit Timah, route principale de Singapour à cette époque, proche de la voie ferrée reliant l’île à la Malaisie. Pendant 1h30, nous avons pu nous remémorer, lors de la visite du musée « Ford Factory », les 44 mois d’occupation japonaise de l’île de Singapour.

Alors que les Allemands, commandés par Hitler agrandissent leur espace vital sur le front européen, les Japonais, en Asie, se lancent dans la conquête de l’Asie pour élargir sa « sphère de co-prospérité de la Grande Asie orientale ». Ainsi, ils attaquent la Chine en 1937. En Septembre 1940, les Japonais occupent l’Indochine française qui résiste peu. L’Indochine devient alors un lieu de stationnement et de passage de l’armée japonaise.

En réalité, le Japon s’intéresse plus particulièrement aux ressources naturelles de chaque pays. En effet, l’Empire, vit en autarcie et manque de ressources (pétrole caoutchouc), surtout depuis que les Américains ne leur vendent plus le pétrole et de caoutchouc. Ils ont besoin de matières premières pour faire fonctionner leurs usines. Singapour, à cette époque, est intéressant non pas pour ses ressources naturelles mais pour son port car c’est une base militaire britannique des Empires coloniaux en Asie et le bastion le plus important. En le contrôlant, le Japon pourrait alors transporter plus rapidement des marchandises en territoires conquis.

Le 8 Décembre 1941, l’armée japonaise entre en Malaisie. En 73 jours, la Malaisie est sous le contrôle japonais.

Les raids aériens par les avions japonais étaient fréquents à partir de janvier 1942

En 10 jours les Japonais ont pris le contrôle des airs et des mers

L’armée japonaise pose le pied sur le sol singapourien le 8 février 1942. Les Japonais s’opposent à des défenseurs malais positionnés au pied de Bukit Chandu (la colline d’opium).

Le 1er et 2eme bataillon du régiment malais défendant la colline de l’opium

Face à la résistance acharnée des Malais, Tomoyuki Yamashita,  »le tigre de Malaisie », chef des armées japonaises en Asie du Sud-Est est en colère. Cette bataille est la plus difficile pour prendre Singapour. Les troupes malaises commandées par le Lieutenant britannique Adnan ne se rendent pas. Elles ne veulent pas abandonner et renier leurs uniformes (geste qui aurait été un signe d’humiliation et de faiblesse). Les Japonais combattent aussi contre les Anglais (qui n’ont jamais perdu de batailles dans leurs colonies). Les Anglais résistent mais les Japonais gagnent la guerre avec 30 000 hommes contre 110000 (soit un japonais pour 3 Alliés).

Le 15 février 1942, le jour du nouvel an chinois, Singapour est pris par les Japonais. Le Général Arthur Ernest Percival, officier commandant de Malaya et son ennemi Yamashita signent l’acte de réddition de Singapour au Japon.

Arthur Ernest Percival général Malaya et General Yamashita Tomoyuki,

commandant de l’armée impériale japonaise (Photo du site du musée Ford Factory)

Yamashita Tomoyuki a presque réussi son pari: offrir la reddition de Singapour pour l’anniversaire de l’empereur (le 10 février) .

Les Japonais occupent Singapour du 15 février 1942 au 12 septembre 1945 soit à peu près 44 mois.

L’occupation créée une véritable atmosphère de délation, de suspicion et d’incertitude. Singapour est soumis à l’ordre japonais. Seuls les occupants ont accès à la radio ou aux moyens de communication; l’heure est réglée à celle de Tokyo, les habitants de l’île doivent utiliser le calendrier japonais et doivent apprendre leur langue. En outre, les chinois devaient leur payer 30 000 000 $ de frais d’occupation aux Japonais.

La JMA (Japanese Military Association) ou Kempeitai est la police secrète qui fait régner l’ordre sévèrement. Seulement 3 jours après le début de l’occupation, les Japonais commencent un plan de purification : les opposants aux japonais sont emmenés sur des plages isolées ou dans la jungle et sont fusillés. La Kempeitai installe sur l’île, 6 centres d’interrogations. Là, tous les hommes de 18 à 50 ans (parfois plus jeunes) et surtout des chinois et des eurasiens sont interrogés sous la torture sous prétexte de résister à l’occupation japonaise. 30 000 hommes sont victimes de ces exécutions mais l’armée japonaise ne reconnaît que 6 000 crimes. La résistance des Chinois lors de l’invasion de la Chine entre 1937 et 1945 laisse un esprit de vengeance tenace chez les Japonais. Les Japonais tuent entre 20000 et 100000 Chinois dès leur arrivée.

Les prisonniers de guerre (à peu près 100 000 soldats des forces alliées) sont envoyés aux camps de travaux forcés pour aider à la construction de routes et voies de chemin de fer, notamment en Thaillande. Les familles européennes en camps d’internement où elles sont rationnées en nourriture, manquent de vitamines et de médicaments. Les infections de l’œil et le paludisme sont des maladies courantes.

La police a plus confiance envers les Indiens (qui deviennent d’ailleurs des agents de police) et envers les Malais.

Indian Regiment troops in Malay (Photo du site du musée Ford Factory)

En effet, les Indiens créent leurs propres armées pour aller libérer l’Inde (convoitée elle aussi par le Japon) et le chef de ces armées, l’Indien Chandra Bose, compte sur l’empire japonais pour l’aider à se libérer des britanniques en Inde. Les Japonais considèrent les Malais comme les natifs de l’île.

Face à l’occupant japonais, des réseaux de résistance (comme Force 136, Z special Unit ou MAJA (Military Anti-Japanese Army) s’organisent, sous le commandement de Lim Bo Seng de la Force 136 secteur chinois. Lim Boon Seng est recherché par les Japonais. Pour le protéger, les Britanniques l’envoient en Inde mais il est trahi par un espion au service de l’ennemi. Il est prisonnier, capturé, torturé et tué par les Japonais. D’autres actions de résistance gênent sporadiquement l’occupant.

Singapour souffre peu à peu du manque de nourriture. Les habitants plantent leurs propres fruits et légumes ( ‘Grow more food’ campaign ); les maladies et famines se multiplient. Le marché noir s’installe. De plus, le gouvernement n’a plus de liquidités. Il créé une monnaie fictive qui n’a aucune valeur. En 1943-1944, la pénurie alimentaire est à son comble et Lim Boon Keng parvient à persuader quelques « colonies agricoles » d’aller à Endau (en Malaisie). Les singapouriens y fondent la Nouvelle Syonan.  Ils s’installent des fermes communautaires dans leurs villages traditionnels, en préservant leurs cultures. Contents de leur réussite dans leur premier village, quelques-uns partent en fonder un second, au milieu de la Malaisie à Negri Sembilang qu’ils appellent Bahau (village de Fuji). Sur les 6 000 personnes dont pauvres et orphelins de l’école catholique et eurasiens qui sont partis de Singapour, seulement 3 000 reviendront à la fin de la guerre car les 3 000 restants sont morts, pendant le voyage mais surtout sur place (dans leur deuxième village qui a moins bien fonctionné).

Après les bombardements de Hiroshima et Nagazaki, les Japonais arrêtent la guerre le 15 août 1945 et 5 jours après, les Japonais signent l’acte de reddition à Singapour. La population locale demande son indépendance. Pendant dix jours après la libération, du 2 au 12 septembre 1945, il n’y a plus de gouvernement en place.

Les Anglais reprennent Singapour le 12   septembre 1945 : la population est ravie. Par contre, l’économie est en ruine. La BMA (British Military Administration) devient de plus en plus corrompue à partir de 1946.

Les Anglais attendent 1959 avant de laisser plus d’indépendance à Singapour en lui accordant une constitution propre.

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