Maxime Pilon et Danièle Weiler, témoins de la présence française à Singapour à travers l’histoire

Aujourd’hui, 10000 français habitent Singapour. « Les français à Singapour de 1819 à nos jours » est un ouvrage produit après 4 années de recherches. Il permet de raconter selon un angle de vue français une l’histoire de Singapour et participe donc à la diffusion de la culture. Nous avons rencontré Maxime Pilon et Danièle Weiler, les 2 auteurs, vrais acteurs du rayonnement culturel de la « cité du lion ».

Maxime Pilon et Danièle Weiler

C’est dans l’une des salles du Lycée Français de Singapour (LFS) que nous reçoivent, souriants, Danièle Weiler et Maxime Pilon. Danièle Weiler est la documentaliste de ce lycée depuis 2001. Auparavant, elle exerçait ses fonctions dans les lycées français de Hong-Kong, de Polynésie française et de France métropolitaine. Maxime PILON est professeur d’Histoire-Géographie au LFS depuis onze ans années scolaires. Il a auparavant travaillé dans des lycées français au Vietnam, à Bombay (Inde) et au Danemark.

Il y a quatre ans, mettant en commun deux projets d’écriture, Danièle et Maxime décident d’écrire un livre retraçant l’histoire des Français à Singapour. Le tableau littéraire singapourien est déjà riche de nombreux ouvrages historiques traitant de certaines minorités installées à Singapour. Pourtant, pas un seul de ces ouvrages n’est consacré à la communauté française, ce qui les motive à combler ce manque.

Afin de se documenter, nos deux historiens se rendent aux archives nationales singapouriennes, aux archives diplomatiques de Paris, aux archives consulaires de Nantes ainsi qu’à Londres. Ils conduisent des entretiens, et passent au peigne fin les archives du Straits Times, le quotidien de l’île. Après les premières trouvailles, ils sont certains que les données seront suffisamment nombreuses pour faire l’objet d’une publication. Ils présentent alors leur idée et leurs ébauches à la maison d’édition française Editions Didier Millet, installées à Singapour depuis les années 1980 ainsi qu’à l’Ambassade de France. L’originalité du projet les séduit, et ils acceptent de soutenir et publier le livre.

Malgré quelques obstacles, comme la difficulté de se procurer des illustrations, le travail et l’obstination de Maxime et Danièle font d’année en année avancer le projet. Des sociétés françaises implantées à Singapour soucieuses de soutenir et de s’associer à cette entreprise financent le projet : les multinationales comme Michelin et Air Liquide par exemple, implantées depuis un siècle à Singapour, ou encore Alstom et des banques. Des entrepreneurs ont compris l’intérêt d’un tel projet culturel et ont accepté de servir de mécène. Dix-sept sponsors ont participé.

Les instants de doute voire même de découragement ont été nombreux. Par exemple, ’ils ont découvert que la plus grande partie des archives consulaires avaient été détruites à cause de rats. Les bêtes avaient entièrement détérioré les documents, témoignant de leur ancienneté et de leur stockage aléatoire à travers l’histoire.

La rédaction enfin terminée, le livre est publié, imprimé et tiré à quelques milliers d’exemplaires, et distribué dans la plupart des librairies singapouriennes, ainsi que plus sporadiquement en France publié par les Editions du Pacifique… Deux versions sont en vente : une version française et une version anglaise. On peut également les trouver sur les sites d’achat en ligne.

Maxime et Danièle sont invités à donner de nombreuses conférences à Singapour, mais aussi à Hong-Kong et à Shanghai, aussi bien en français qu’en anglais. En effet, à travers leurs deux versions de l’œuvre, un lectorat aussi bien anglophone que francophone est visé.

Les français à Singapour

Le but était d’écrire un livre permettant d’arpenter l’histoire de Singapour à travers les anecdotes et les vies de Français ayant joué un rôle ou non dans le développement de la cité-Etat. Ils voulaient aussi faire découvrir ou redécouvrir aussi bien aux Français de Singapour qu’aux Singapouriens eux-mêmes, l’héritage, le patrimoine historique de Singapour sous un angle nouveau, de montrer la contribution française dans ce Singapour cosmopolite. Cet ouvrage est un vecteur et diffuseur de la culture française à Singapour mais aussi de la culture singapourienne auprès des communautés française et singapourienne. On gagera que le pari est réussi.

Lors de l’interview, nous avons pu nous rendre compte de la joie, de la fierté mais aussi de l’émotion des deux auteurs qui ont collaboré activement pendant 4 années. Aucun des deux n’envisageait à l’origine qu’un tel projet leur demanderait autant de temps, d’efforts et de persévérance. Ils ont réussi à mener de pair cette aventure avec leur activité professionnelle respective.

Travailler à deux leur a permis de surmonter les difficultés, et de créer une complicité forte entre eux, évidente lors de notre entretien. Evidente, également, la satisfaction d’avoir réussi à créer un « bel objet » grâce à l’éditeur : couverture illustrée, une reliure cartonnée, un papier épais ainsi que des illustrations élégantes et soignées. Marion Cordonnier, a été choisie par l’éditeur, pour illustrer quelques anecdotes pour lesquelles les auteurs n’avaient pas trouvé de documents iconographiques. Le sentiment d’un objectif à la fois personnel et commun accompli est gratifiant. Ils peuvent être fiers de leur expérience humaine enrichissante pour tous.

Maxime PILON en quelques dates

  • 8 novembre 1970: Naissance à Boulogne  sur mer… « Qui veut rester à Boulogne sur mer » ?
  • Septembre 1996: Première expatriation de 2 ans : arrivée à Hô Chi Minh-Ville au Vietnam
  • Septembre 1998: Deuxième expatriation, arrivée à Bombay, Inde, « Un pays qui m’a transcendé… oui oui…il y a un avant et un après Inde pour moi…. J’ai rencontré une civilisation, une culture, un peuple qui ne peuvent laisser indifférent… Bien loin de Boulogne! »
  • Décembre 2012: Sortie du livre. « Voir des « inconnus » feuilleter le livre, lire des pages et éventuellement l’acheter mais surtout penser que des gens vont lire notre travail et découvrir, apprendre des choses…» est quelque chose de gratifiant.

Danièle WEILER en quelques dates

  • 1969 : Réussite à l’entrée du Concours de l’école supérieure des Arts décoratifs de Paris
  • 1981 : Expatriation à Tahiti pour y enseigner les travaux manuels, les arts ménagers (« Qui veut rester en Seine et Marne ?! ») découverte d’une autre vie, d’une autre civilisation, d’un autre climat…  « une marque pour toute ma vie, surtout que j’ai vécu 4 années sur une île minuscule perdue au milieu du Pacifique »
  • 1993 : Une autre île.. Hong Kong, un autre choc et le métier de documentaliste qui s’affirme. « C’est l’Asie où je me sens bien »
  • 2001 : Arrivée au lycée français de Singapour…
  • 2011 : « 10 ans plus tard, un livre, une collaboration réussie, des émotions de voir son travail apprécié, de se voir d’un autre côté du livre » (surtout pour une documentaliste bibliothécaire)

Hugo PETIT et Opportune SIMON (LFS, Singapour, seconde 2012)

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