Rencontre avec Maryline Méteyer, médiatrice culturelle

Marilyne Métayer exerce la profession de médiatrice culturelle et metteur en scène au Jardin de verre, un théâtre associatif privé en délégation de service public à Cholet, dans l’Ouest de la France. Elle nous a accordé une visioconférence d’une heure et demi dans le cadre de l’enseignement d’exploration « Littérature & Société », où nous avons étudié le thème : « le théâtre, miroir de la société ».

Qu’est-ce qui vous a poussé à orienter votre carrière dans le domaine du théâtre ?

J’étais dès mon plus jeune âge une adolescente rebelle et le théâtre me permettait d’exploiter différentes identités à chaque rôle joué, et il m’a offert une nouvelle vision du monde. Malgré ma passion, j’ai fait mes débuts dans le professorat, en Lettres en lycée, sans toutefois laisser tomber ma passion. C’est au bout de quelques années, alors que l’on m’a proposé un poste au Jardin de verre, un théâtre de Cholet, que j’ai consacré tout mon temps au théâtre.

Qu’est-ce qu’une journée typique pour vous ?

Je n’ai jamais de journée typique car tous les jours sont différents. Malgré tout, une routine de quatre heures par jour est imposée pour l’administration du théâtre. Je fais de plus en plus d’interventions dans des lycées, afin de mieux informer les élèves sur le théâtre et mon métier. Sinon, je consacre beaucoup de temps à voir des pièces de théâtre.

Quelle est votre pièce favorite ?

A mettre en scène, ce serait Mariage 54 en ce moment, parce que cette pièce me permet de pouvoir faire jouer beaucoup de personnages. Je sélectionne mes pièces selon les réactions du public, pour engendrer des sentiments ou des réflexions des plus inattendues auprès des spectateurs. Sinon, mon genre préféré en théâtre n’existe pas, peut-être pas encore ! Ma pièce préférée n’existe pas encore non plus, mais si j’avais à en choisir une, je choisirai Hamlet de Shakespeare, avec une mise en scène très contemporaine car cette pièce est un recueil de réflexion. Je l’ai vue environ une dizaine de fois.

Quel est l’intérêt de voir dix fois la même œuvre ?

Voir une pièce dix fois ne veut rien dire car le jeu des acteurs, la mise en scène, le décor peuvent être tellement différents à chaque fois que l’on en reconnaîtrait pas la pièce ! A chaque interprétation, on peut interpréter différemment la morale et l’œuvre elle-même ! De même qu’Hamlet est interprété différemment par les personnes qui le voient !

Maryline Métayer, à gauche sur la chaise, est actrice et metteur en scène

Jouez-vous ?

Quand j’étais jeune, j’étais comédienne et danseuse amatrice. Je ressentais le besoin d’aller sur scène pour m’exprimer et incarner des personnages et des caractères différents. J’ai toujours été dans ma jeunesse une adolescente rebelle… Une rebelle citoyenne, pas explosive ! Pouvoir interpréter différents rôles m’a permis de découvrir le monde à travers plusieurs pensées.

Avez-vous des choix particuliers pour sélectionner ce qui va être présenté sur scène ?

Je choisis mes projets de façon à pouvoir faire jouer toutes les personnes du groupe (22 en ce moment) ce qui limite déjà beaucoup le choix des pièces étant donné que peu d’entre elles permettent un si grand nombre d’acteurs. Mon choix est également beaucoup influencé par des contraintes matérielles mais j’aime choisir en général des pièces qui engendrent beaucoup d’émotions et ou le sujet de la famille est souvent présent. Ce sujet est très important à mes yeux, car il me semble, que notre environnement familial est une scène de théâtre au quotidien et pour tous.

Est-ce que vous écrivez ?

J’ai mis en scène environ une vingtaine de pièces qui répondaient toutes aux critères précédents. Je n’ai en revanche jamais écrit de pièces… Aller à la recherche d’auteurs et les faire découvrir au public, cela fait partie de mon métier ! J’ai cependant écrit de court passages dans le but de rallier, d’associer des pièces entre elles.

Êtes-vous épanouie dans votre travail ?

(rires) Je pense déjà être épanouie dans ma vie, donc je le suis également dans mon travail. Cet épanouissement vient du fait que je ne sais jamais ce qui m’attend dans ma journée en me levant le matin, et c’est quelque chose qui me plaît beaucoup !

Avez-vous des budgets limités pour mettre en place vos projets ? Qui les finance ?

Nous sommes face à une crise culturelle liée à la crise financière mondiale ce qui nous force à restreindre davantage le coût des pièces. Lorsque je travaille avec des jeunes, le coût n’est jamais très élevé. Il nous arrive cependant de présenter au Jardin de verre un projet avec des personnalités connues. Alors, le budget augmente considérablement pour atteindre des sommes d’un peu plus de 10 000 euros (notre budget global est de 850 000 euros). J’essaye également d’aller chercher de l’argent auprès du conseil général qui finance parfois certains projets de théâtre. Je peux également demander des financements pour des résidences, lorsqu’une troupe investit le théâtre pendant une longue période pour préparer un nouveau spectacle.

Quelles sont les différences entre votre Jardin de verre et un théâtre municipal ?

Un théâtre public possède une équipe de gestion composée de fonctionnaires et la recette des spectacles revient au trésor public. Un théâtre privé, quant à lui est financé par des fonds privés, et principalement par les spectateurs… Mais nous, nous sommes entre les deux, une association de droit privé, financée pour la majeure partie par des financements publics.

Y a-t-il des différences entre la programmation d’un théâtre municipal et le vôtre ?

Nous avons de petites salles et notre but premier est de montrer des artistes en devenir, avant qu’ils soient connus. Notre deuxième objectif est de nous tourner vers du contemporain, nous avons par exemple, récemment présenté artiste du nom de Philippe Ménard qui est plus spécifiquement un jongleur. Il a sûrement un grand avenir… Parfois, on retrouve les mêmes artistes au théâtre municipal, mais bien des années plus tard.

Pensez-vous que le théâtre est le miroir de la société ?

C’est le titre de notre thème d’étude… Je ne pense pas que le théâtre soit toujours le miroir de la société car pour moi, le théâtre c’est un lieu, un texte, un spectacle ainsi qu’une œuvre d’art comme de langage. On peut cependant partir du fait que celui qui écrit et celui qui met en scène la pièce vivent dans une société bien précise et veulent transmettre un certain message et faire percevoir au spectateur le monde, les défauts comme les avantages de notre société actuelle. Le théâtre offre toujours un miroir déformant de cette société, et c’est au spectateur de chercher dans les symboles une forme de vérité, autre, que seuls l’art et sa vision peuvent donner d’une société. Pour moi, une oeuvre de théâtre cherche en permanence à interroger un ordre social établi, et pose sans cesse la question: comment corriger ce monde, comment faire changer cet ordre social ?

Ne vous arrive-t-il jamais de vous ennuyer en regardant une pièce ?

Ce genre de remarque est assez classique chez les collégiens et les lycéens ! Molière ne vous intéresse pas toujours et c’est normal, c’est pourquoi nous essayons de présenter des spectacles qui touchent les élèves afin de les inciter à venir plus souvent au théâtre !

Merci à vous ! Cette interview nous a permis d’en savoir plus sur le monde du théâtre, au-delà des œuvres en elles-mêmes !

Propos recueillis par Bérangère Desmadryl et Noé Genoud, Seconde A.

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