A Tokyo, réflexions autour de la crise et ses conséquences

Le lundi 02 avril 2012, à la Maison franco-japonaise de Tokyo, des élèves du Lycée français international ont assisté à un débat sur l’enseignement du management face à la crise. Quatre personnalités se sont exprimées sur le sujet : M. Masset (ambassadeur de France au Japon), M. Ramanantsoa (directeur de HEC Paris), M. Kono (doyen de Keiō Business School), et Mr. Furuno (directeur de l’Institute for Organizational Behavior Research). Un des lycéens présents, Quentin Thiéébaud, résume les principales interventions du débat.

Selon Bernard Ramanantsoa, il faut s’appuyer sur la crise financière de 2008 pour casser la rigidité de fonctionnement des écoles et faire évoluer ces business school afin qu’elles s’adaptent rapidement aux différents contextes économiques que la société est amenée à rencontrer dans le futur. Les échanges entre les business school sont primordiaux afin de solidifier une mondialisation qui reste parfois trop fragile en raison des différences culturelles (d’où les efforts d’HEC Paris qui compte pas moins de 85% d’élèves étrangers dans son cursus MBA). L’introduction de cours de géopolitique permettrait également, selon le directeur de HEC Paris, de sensibiliser les élèves à une « politique mondialisée ». Ils doivent être conscients de l’évolution et de la répartition des démographies ou encore des marchés potentiels futurs.
Le développement d’accords de collaboration est très important afin de former de futurs entrepreneurs et économistes ayant une vision plus globale du monde économique et financier.

De plus, la formation à la création d’entreprise doit être encouragée et devenir l’un des piliers de la formation en business school. Toujours selon M. Ramanantsoa, les business school doivent recruter de manière stricte leurs étudiants mais également leurs professeurs afin de transmettre au mieux tous ces nouveaux paramètres sociaux, politiques et économiques.

En tant que doyen de Keio Business School (qui fête cette année ses 50 ans), Kōno Hirokazu possède un œil avisé sur les problématiques actuelles résultant de la crise. Il a tenu à nuancer le fait que la crise financière de 2008 était considérée comme une crise grave au Japon. En effet, dans les années 1990, l’Archipel a connu la « décennie perdue » suite à l’implosion de la bulle spéculative, ce qui a entraîné une déflation considérée comme forte. La véritable crise pour le Japon commence, selon lui, aux alentours du 11 mars 2011 : le jour du tremblement de terre suivi de près par le tsunami et l’accident nucléaire de Fukushima. Les principaux enseignements soulevés par cette crise sont donc différents pour M. Kono.
Une évaluation des risques au préalable est nécessaire selon lui afin de permettre la stabilité relative d’une économie. Le doyen parle ici de risques naturels, mais également de risques politiques (ex. : coup d’Etat) ou encore de risques financiers (spéculation). Les business school doivent donc orienter leur politique vers la prévention afin de minimiser l’impact négatif d’un événement sur l’économie d’un pays ou d’une région.

Une réflexion au niveau mondial s’impose et, tout comme son homologue de HEC Paris, il prône l’échange entre les différentes business school afin de partager les différentes cultures et expériences des pays d’implantation. (Keio propose des doubles-diplômes en partenariat avec de nombreuses écoles, notamment avec HEC Paris)

De gauche à droite : M. Yōichi FURUNO, M. Christian MASSET, M. Bernard RAMANANTSOA, M. Hirokazu KONO (photographie : Marie EZAOUI - Service communication CCIFJ).

Pour Christian Masset, il y a trois leçons essentielles qui ressortent de la situation économique actuelle.
Tout d’abord, il y a eu un recul des disparités au niveau mondial : les pays émergents se sont affirmés aux niveaux économique et politique lorsque les pays industrialisé de l’OCDE ont en général suivi le chemin inverse. On peut donc constater que ces derniers sont plus fébriles et moins aptes à lutter en temps de crise, ce qui contraste avec la croissance qui reste très élevée dans certains pays du « Sud » malgré une baisse actuelle : le taux de croissance du Vietnam qui était de 8 % en 2007 est descendu à 5,8% en 2011. Celui de la Chine est passé de 11% à 8% entre les mêmes dates.

Les entreprises ont également dû prendre une nouvelle direction, celle du développement durable. En effet, ce paramètre a considérablement émergé avec la crise (malgré son existence plus ancienne) pour s’imposer comme l’un des principaux poste d’investissement des entreprises, grandes ou petites.
Le rapport avec le temps a dû être modifié selon l’ambassadeur : le monde de l’économie et de la finance est passé d’une approche tournée vers le court terme à une approche vers le long terme désormais. Cependant, même si les entreprises doivent effectivement anticiper sur le long terme, il leur est nécessaire de conserver une vision à moyen et court terme pour rester compétitives.

Yōichi Furuno qui travaille en collaboration avec de nombreuses entreprises japonaises a délivré une analyse plus liée aux entreprises de la problématique. Suivant ses déclarations, la société actuelle, plus complexe qu’auparavant, offre de formidables opportunités dont il faut se servir pour la solidifier. Ainsi internet et l’échange culturel sont des facteurs décisifs dans la bonne santé d’une économie aujourd’hui. Il cite en exemple des cadres supérieurs étrangers dans des sociétés japonaises (le plus connu étant Carlos Ghosn) qui, ayant une vision différente de l’entreprise, ont réussi à redresser des entreprises qui plongeaient vers la faillite. Il est donc partisan d’une mondialisation des échanges « d’hommes » : intégrer et mettre en valeur des compétences différentes au sein d’une même entreprise. Au Japon, la tradition côtoyant de près la modernité, l’ancienneté détermine souvent la position hiérarchique. Or ce qu’ont réalisé les entreprises japonaises (notamment les PME) depuis une dizaine d’années c’est la nécessité de placer à leur tête des dirigeants jeunes et tournés vers le futur. L’heure est donc à la valorisation de la méritocratie, et cela passe par un recrutement de plus en plus sélectif à la sortie des business school.

Le nouveau dirigeant se doit donc d’être jeune, ambitieux, qualifié et investi dans son entreprise. Exactement les qualités que messieurs Ramanantsoa et Kono essayent de développer chez les élèves au travers de la formation qu’ils proposent dans leurs business school respectives.

Quentin THIEBAUD, Tle ES

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