Kontum – une action de solidarité

Cette année, le projet d’Éducation au Développement Durable (EDD) de la classe de seconde B de Hô Chi Minh-Ville, était centré sur le thème de la solidarité, en partenariat avec l’association Poussières de Vie. Solidarité entre notre communauté éducative et notre pays d’accueil, solidarité entre nos élèves et les enfants de milieux sociaux défavorisés vivant dans la région de Kontum (la plupart étant des enfants des minorités ethniques Bahnar, Jarai ou Sedang vivant dans les hauts plateaux du Centre).

Les 25 élèves de la classe de seconde B ont travaillé avec Poussières de Vie pour préparer et organiser des activités dans 6 orphelinats de la région de Kontum. Le cross organisé au début de l’année avait permis de recueillir des fonds pour participer au financement de la formation d’animateurs dans les orphelinats. Un voyage de classe, organisé du 21 au 24 février, nous a conduit dans le village Bahnar de Kon Ko Tu, près de Kontum. Pendant trois jours, nous avons visité les orphelinats et organisé des jeux et des activités avec les enfants. Nous avons aussi remis l’argent du cross et participé à des groupes de discussion en français et en anglais avec de jeunes Bahnars.

L’association Pouce-Pousse nous a aidés dans la réalisation de notre projet par l’organisation d’une collecte de cadeaux auprès des élèves du primaire et de jeux au secondaire et pour l’achat de matériel sportif et artistique et de jeux à utiliser pendant nos activités dans les orphelinats. Grâce à Pouce-Pousse, des manuels scolaires inutilisés ont aussi été acheminés à Kontum, au profit du PointCom.

Vous trouverez les articles écrits par les élèves suite à ce voyage : ils vous présentent leur projet, la culture des minorités Bahnar et Jarai et les aspects historiques, géographiques, économiques et environnementaux de la région de Kontum que nous avons découverts.

Un grand merci à Poussières de Vie, Pouce-Pousse et à Véolia Water Vietnam qui a participé au financement de notre projet !

Les élèves de Seconde B, Mme Floquet (Histoire-géographie) et M. Besançon (Sciences sociales)

Sauf mention contraire, les photographies ont été réalisées par es élèves et les professeurs

Sommaire

1. Une action de solidarité à Kontum
2. Aspects géographiques
3. Aspects historiques
4. Aspects économiques
5. Aspects environnementaux
6. Les Jarai
7. Les Bahnars

1. Une action de solidarité à Kontum

A. Poussières de vie

De la joie

L’association Poussières de vie a été créée par Patrick Désir et son ami Olivier Petiot en 2002. Son objectif est d’aider les orphelins et des enfants de la rue d’Ho Chi Minh ville, ils leur donnent les moyens de subvenir à leurs besoins tant personnels que familiaux et en leur permettant d’accéder à un enseignement pratique.

L’association a en effet ouvert à  Hô Chi Minh ville deux PointCom : le premier a ouvert rue Tu Xuong, près du centre ville. Un second PointCom a vu le jour plus récemment, rue Phan Huy Ich, dans une nouvelle zone urbaine de l’agglomération. Un PointCom est un lieu de rencontre pour les enfants des rues (disposant d’une bibliothèque, de jeux…) et un centre d’apprentissage à l’informatique et aux langues étrangères.

L’association est financée par des dons, des entreprises sponsors et des activités propres (organisation d’une kermesse annuelle au zoo d’Ho Chi Minh-Ville par exemple).

B. Les actions de PDV à Kontum

Avec Pheoh

Depuis quelques années, Poussières de vie a développé son action sur les hauts plateaux du centre du Vietnam.

A Kontum, l’association a créé son troisième centre PointCom afin d’apporter une aide aux enfants des minorités ethniques et en particulier la minorité bahnar, en proposant des cours d’informatique, de langue et d’anglais.

De plus, l’association soutient le travail de six orphelinats (Vinh Son 1 à 6) tenus par une congrégation religieuse. Ces orphelinats accueillent des enfants de minorités ethniques, sans famille ou dont les familles ne peuvent s’occuper. Poussière de vie a ainsi développé plusieurs projets afin d’améliorer les conditions de vie dans les orphelinats.

Par exemple,  au

Repas

Vinh Son 4, la situation sanitaire a été améliorée par la construction de nouvelles toilettes, de douches, et un jardin pour filtrer l’eau sale. Au Vinh Son 6, le projet est de construire une nouvelle cuisine et une salle à manger.

L’association organise des activités et forment des jeunes filles bahnars à l’animation dans les orphelinats (formation BAFA). Ainsi, au Vinh Son 2, deux travailleurs sociaux ont été employés pour prendre soin de quelques

L'église

-uns des 200 enfants. Ils ont organisés directement des activités avec les enfants : aller au zoo, peindre un mur avec un artiste, regarder un film avec de jeunes étudiants, organiser une soirée dansante, etc.

Depuis février 2011, une infirmière Bahnar est payée pour visiter périodiquement chaque orphelinat Vinh Son et garder les dossiers médicaux de près de 700 enfants qui vivent dans ces orphelinats. Un médecin français qui travaille à Saigon vient une fois tous les deux mois afin de prescrire des médicaments aux enfants malades. Une séance d’éducation sexuelle et de prévention a également été organisée.

Un gîte éco-responsable a été créé dans le village bahnar de Kon Ko Tu, dans une maison derrière la maison commune Rong. Il reçoit des touristes et fournit des revenus complémentaires à la famille et plusieurs personnes du village (organisation de trekking, de sorties en pirogue sur la rivière…).

Amandine, une volontaire de Poussières de Vie installée dans le village est chargée de la gestion du gîte ainsi que du développement d’une production artisanale locale (tissus ethniques traditionnels). Pheoh est une salariée de Poussières de vie chargée de coordonner tous les projets de l’association à Kontum.

C. Nos activités à Kontum

Notre projet consistait à préparer et animer des activités dans les orphelinats de Kontum au cours d’un voyage qui a eu lieu à la fin du mois de février 2012.

1/ la préparation du voyage

Nous remettons l’argent du cross au responsable des orphelinats

Afin de préparer le voyage et de pour pouvoir aider financièrement les élèves qui n’avaient pas les moyens pour aller à Kontum, nous avons organisé plusieurs activités qui nous ont permis de récolter de l’argent.

Il y a eu le cross de notre lycée qui nous a permis de récolter plus de 50 millions de Vietnam Dongs. Toute l’école s’est mobilisée en courant autour de l’école en faisant sponsoriser chacun de leurs tours par des proches. La moitié de la somme récoltée était destinée aux Fonds de solidarité de l’établissement, visant à aider les élèves en difficulté financière à participer aux voyages scolaires. Un quart a été donné à Poussières de Vie pour financer ses actions de formation d’animateurs des orphelinats à Kontum.

Nous avons également organisé des ventes de gâteaux au moment des réunions parents-professeurs et du spectacle du nouvel an chinois : plusieurs élèves parmi nous ont fait des gâteaux et ont participé à la vente.

Enfin, un des groupes a écrit une lettre de demande de financement à l’entreprise Véolia Water Vietnam, qui nous a donné 400 euros afin de participer au financement notre voyage.

Avant le voyage, nous nous sommes partagés en plusieurs groupes pour les différents Vinh Son. Nous avons donc préparés plusieurs activités par groupe avec le matériel dont nous disposions afin que les enfants de orphelinats puissent s’amuser. L’association “Pouce-Pousse” a récolté des cadeaux auprès des enfants de l’école primaire et a acheté du matériel sportif et artistique que nous avons utilisé pendant nos activités et que nous avons donné ensuite aux enfants des orphelinats.

2/ A Kontum

Dortoir

Nous avons passé 4 jours à Kontum, du 21 au 24 février 2012. Nous avons logé dans le gîte créé par Poussières de Vie à Kontum. Nous avons ainsi dormi dans une maison sur pilotis, où nous avions droit à une natte, une couverture, un coussin et une moustiquaire. L’ambiance était très bonne et la nourriture délicieuse.

Danses traditionnelles

Un soir nous avons assisté à un spectacle de danses traditionnelles : les femmes étaient vêtues de leurs longues robes noires et suivaient les hommes qui jouaient du gong, dans une ronde autour du feu. Nous les avons vite rejoints avant de participer à un concours de chant ! Un autre soir, nous avons enchaîné les parties de loup-garou !

Nous avons participé à un trekking le long de la rivière Dak Bla qui passe dans le village. Et plusieurs d’entre nous sont partis avec la famille du gîte et Amandine dans un champ de manioc et nous avons passé plusieurs heures à éplucher la tubercule. Dur travail !

Pour nos activités dans les orphelinats, la classe était répartie en deux groupes. Chaque jour, nous sommes allés dans les différents Vinh Son pour jouer avec les enfants : certains d’entre nous s’occupaient des plus jeunes (dessin, coloriage…) tandis que d’autres organisaient des jeux et des activités sportives avec les plus âgés en utilisant le matériel acheté par l’association Pouce-Pousse.

En fin de journée nous donnions les nombreux cadeaux classés par âge aux enfants des orphelinats.

À l'école

Nous sommes également allés au PointCom de Kontum pour aider de jeunes Bahnars à pratiquer les langues étarngères. Nous nous sommes divisés en deux parties, une partie pour la classe d’anglais et une autre pour la classe de français.

Nous avons également fait des visites très intéressantes : une magnifique église entièrement construite en bois (les Bahnars ont été convertis au catholicisme au XIXe siècle), un séminaire catholique et un musée ethnographique présentant divers objets des ethnies vivant dans la région de Kontum. Nous étions accompagné par M. Son, notre guide d’origine Bahnar, qui nous a montré plusieurs villages Bahnar et un cimétière Jarai.

Toute la classe était très heureuse d’avoir pu participer à ce projet. Merci à Patrick Désir, Pheoh, Amandine et à tous les orphelinats qui nous ont accueillis. Merci aussi à Pouce-Pousse et à Véolia Water qui nous ont aidés dans la réalisation de ce projet.

Laurent Durand, Kevin Dang et Nguyem Lam

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2. Aspects géographiques

Introduction

La terre rouge, typique du Tay Nguyen

Kontum est une province de la région des Hauts Plateaux du Tây Nguyên, située à 530 mètres d’altitude, frontalière du Cambodge et du Laos. Sa capitale est aussi nommée Kontum. La superficie de Kontum est de 9 614,5 km² avec une très grande surface forestière. Nous avons visité le côté rural de la province de Kontum et la ville mais ses limites ne sont pas très visibles à l’œil nu à cause de l’extension de la ville vers les villages Bahnars. Nous sommes restés dans un gîte du village Kon K’tu. Il est situé juste au nord de la maison commune que l’on appelle Nhà Rông, près du fleuve Dak Bla.

Évolution de la population

La fécondité et la natalité sont pourtant très élevées dans la région, en particulier chez les minorités ethniques. Ainsi contrairement à la majorité des vietnamiens, dans presque toutes les familles Bahnar, il y a au moins 5 enfants. La tendance est toutefois à la baisse.

Les enfants du village Ro Ngao

Poussières de vie nous apprend, après le voyage, que des séances de « sensibilisation » à la contraception ont été proposées et les premiers cours ont débuté à la fin de l’année dernière.

A cause du faible niveau de vie et du manque de moyens sanitaires, la mortalité infantile est aussi très élevée à Kontum (ce qui explique aussi la forte natalité parce que la famille a peur de la mort de ses enfants). Malgré le développement des agents de santé dans les hauts plateaux du centre, la mortalité infantile est en diminution mais reste toujours très élevée par rapport à Ho Chi Minh et Hanoi.


Source : GSO

Nous avons traversé la ville deux fois, on remarque qu’elle est beaucoup moins dense qu’Ho Chi Minh Ville, on circule beaucoup vite à Kontum et il n’y a pratiquement pas d’embouteillage.

Situation éducative

Cours de vietnamien dans la commune

Beaucoup d’enfants de minorités ethniques savent parler le vietnamien grâce aux cours dans les maisons communes. Avant de partir en trekking nous avons entendu les élèves répéter après leur professeur un conte de fées vietnamien. Pourtant, la plupart des enfants ont des difficultés pour accéder à ces cours, soit parce que la famille est trop pauvre et ne peut pas payer ces cours, soit par manque de temps parce que beaucoup de jeunes travaillent déjà, soit parce que le lieu d’étude est simplement trop loin de l’habitat.

C’est pour cela que beaucoup d’enfants sont envoyés dans les orphelinats de la région, tenus par une congrégation religieuse. Là les enfants auront accès aux cours de vietnamien et aussi de langue Bahnar. Les orphelinats accueillent non seulement des orphelins mais aussi les enfants dont les parents n’ont pas de moyens de s’occuper.

Les enfants de l’orphelinat Vinh Sonh 6

Mr Son, notre guide nous apprend aussi que la famille ne peut pas fournir tous les repas du jour, mais à l’école tous les repas sont offerts aux enfants. Donc cela attire les enfants à venir à l’école. Pour les adultes les cours de français, d’anglais, de tissage et d’informatique sont aussi proposés.

L’économie

Un peu de mécanisation

Kon Ko Tu est un village Bahnar où les villageois sont en général des paysans qui cultivent le manioc, la canne à sucre, la banane, le coton, le riz et aussi des hévéas. De plus, ils font de l’élevage. Pendant le voyage, notre classe était devisée en deux groupes. Le premier groupe est parti en trekking et le second est allé dans les champs de la famille d’accueil pour cultiver le manioc. Pendant ces activités, quelques kilomètres du village, nous avons appris que les paysans du village ont un revenu annuel de 5 millions de Vietnam đồng (d’après les villageois présents lors des activités de manioc), ce qui est très peu comparé au PIB par habitant du pays qui est de 1200 dollars par an (en 2010).

Épluchage du manioc

De plus, les villageois s’embauchent les uns les autres pour travailler leurs terres. Les plus pauvres vont donc travailler la terre des plus riches quand leur revenu n’est pas suffisant pour nourrir leur famille. Mais le manioc épuise facilement les terres. Apres le manioc, il faut laisser reposer la terre pendant 10 ans pour avoir un sol fertile.

Les secondes B à l’épluchage du manioc. On épluche le manioc pour mieux « sécher » les toxines et seulement grossièrement à cause de la quantité du manioc à éplucher. Le manioc séché sera ensuite pesé puis vendu. Cette activité est bien amusante mais aussi très fatigante.

Différentes cultures

Occupation de la terre

¾ des terres sont occupées par la forêt. Pourtant, notre guide nous a dit que la niveau de déforestation est très élevé à Kontum. On peut donc imaginer qu’avant Kontum était couvert de forêts. ¼ des terres sont occupées par des logements, 1/8 par des terres agricoles. On peut voir une petite portion de terres réservées aux Bahnars animistes.

Plnatation d’hévéas

Différents des Bahnars, les villages Jarai cultivent du café et du maïs et pratiquent aussi la pêche. Comme les Bahnars, ils possèdent des rizières, des forets d’hévéa et des troupeaux des bêtes domestiques qu’ils gardent en dessous de leurs maisons sur pilotis. Les différentes cultures sont organisées selon la couleur de la terre, son altitude et le besoin en eau de chaque culture. Par exemple le riz, qui doit être inondé, se trouve dans les fonds de vallée et le café se trouve un peu plus en altitude. La terre basaltique, caractérisée par sa couleur rouge, est réservée au café, aux hévéas et à la canne à sucre.

Ce système et cette manière d’organisation présentent plusieurs avantages comme :

  • augmenter la surface disponible en forme d’escalier

  • simplifier l’irrigation des rizières à l’aide de la pente

Schéma fait par Khuu Uyen Van

Lorsque l’on était à KonTum, c’était la saison de récolte des cannes à sucre. Pendant une heure de trajet, de Pleiku à Kon Ko Tu, on a pu voir de cinq à sept camions transportant ces cannes à sucre vers les usines de transformation.

Ici, on observe une grande différence sur l’organisation des terres et aussi une culture diversifiée entre les deux villages.

La déforestation à Kontum

Le village aujourd’hui

Kontum présente aussi de forts déboisements. D’après notre guide, le village Rơ Ngao que nous avons visité était, il y a quelques décennies, entouré par de grandes forêts. A cette époque on trouvait encore des animaux sauvages qui se promenaient dans le village.

Carte d’évolution déforestation de la déforestation

Nguyen Ha Chau, Pham Phuong Ngan et Khuu Uyen Van

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3. Aspects historiques

Au fil des années, la province de Kon Tum s’est transformée. Dans ces pages, nous décrivons l’histoire de la ville de Kon Tum et de la région.

A. Les débuts de Kon Tum

Du côté des légendes

Photo du Père Dourisboure (Archives des missions étrangères)

D’après les contes Bahnars, la région de Kontum a connu de nombreux événements. Kontum au début n’était que le nom d’un village Bahnar. Vers 1800, la ville de Kontum n’existait pas encore. A cette époque, pour les Bahnars, c’était une région près de la rivière Dakbla nommée la Kon Tragor.

Le séminaire de Kontum, construit en 1935 Il mélange influences occidentales et architecture traditionnelle des minorités ethniques

Les ethnies confrontées à des conflits permanents, les gens de la tribu Kon Tragor ramenaient souvent leurs soldats pour coloniser des régions d’autres tribus, pour ensuite les transformer en esclaves. Parmi ces gens de la tribu Kon Tragor il y avait une personne qui s’appelait Jaxi, il avait 2 enfants, Jo Rong et Uong. Ces derniers ne supportaient pas les scènes terribles de massacre et ont décidé de s’isoler dans une maison à coté du fleuve Dakbla. Cette région avec un sol fertile offrait beaucoup d’avantages, c’est pourquoi beaucoup de gens ont migré à cet endroit. Ce qui explique la fondation du village de Kontum. Traduit du Bahnar, Kon Tum signifie le village des tigres (Kon, c’est le village et Tum, le tigre).

D’un point de vue religieux

Notre guide

Les missionnaires catholiques ont joué dans cette région un rôle plus important que nulle part ailleurs au Vietnam. C’est en 1851 que les premiers religieux européens débarquèrent dans cette région. Kontum a été un centre important où ont été formés les missionnaires chargés d’évangéliser les minorités des hauts plateaux.

Un père dénommé Dourisboure, envoyé par le père Stéphane Cuenot, créa des écoles et composa des livres classiques franco-banhars. Les missionnaires venant de la plaine, Kon Tum prend alors une organisation similaire à la plaine : les maisons s’organisent autour de l’église et de la maison Rong traditionelle.

L’église en bois de Kontum, construite en 1913 Les minorités ethniques ont été converties au christianisme

Dourisboure vécut aussi chez les Jarai à A Yun Pa, petit village à une centaine de kilomètres au sud de Kon Tum près d’Ea Hleo, vers Ban Me Thuot. Pendant plusieurs années, des missionnaires ont migré à Kon Tum, cette présence a par la suite facilité le développement de la présence coloniale de Kon Tum à l’aide de l’armée française.

B. Kon Tum après 1945

L’importance de Kon Tum pendant les guerres du XXème siècle

Photo du 1er Bataillon de La 22eme Infanterie

Par sa position géographique au centre du Vietnam, Kon Tum relie le Nord, les hauts-plateaux de Tay- Nguyen et le Sud, c’est pour cela que cette province a eu une grande importance lors des guerres du XXème siècle. Les régions centrales dont elle fait partie ont été un enjeu et un champ de bataille entre les différents camps qui s’opposaient.

Carte de Kon Tum source : Vietnam Tourism

En 1945, Kontum a été libéré par le Viet minh mais peu de temps après, en 1946, les Français ont repris la ville. Puis en 1954, Kontum a été libérée par le gouvernement socialiste avec la victoire de Dak To- Tan Canh.

L’avancée des troupes nord-vietnamiennes du nord vers le sud s’est faite par l’intérieur du pays. La prise de Kontum a permis d’ouvrir une voie vers les hauts plateaux de Tay Nguyen puis vers le sud du pays.

Le développement difficile de Kon Tu

Si Kon Tum a une position très stratégique dans la construction du territoire national, il n’en est pas de même pour son développement économique. Pendant longtemps, la situation géographique de Kon Tum a plutôt été une contrainte à cause de son éloignement par rapport au centre du pouvoir et à cause de son relief et de la forêt tropicale, longtemps considérée comme hostile par les populations de la plaine.

Toutefois, Kontum était un centre commercial traditionnel pour les peaux, les chevaux, et le sésame, à l’interface entre les populations montagnardes et les populations de la plaine. Pendant la colonisation, les plantations de caféiers et de théiers ont été développées dans le cadre d’une économie coloniale. Kon Tum a donc sans cesse été une région mise à l’écart du développement et de la construction du territoire, comme les autres régions montagneuses.

C. La ville de Kontum aujourd’hui

Village de Kon Ko Tu situé à 7 km de la ville de Kon Tum

En 1991, la province de Kon Tum a été officiellement fondée par le gouvernement communiste.

Aujourd’hui la ville de Kon Tum aspire à devenir le centre politique, économique, social et scientifique de la province. La ville est avec celle de Pleiku l’un des deux centres de montagne les plus importants et plusieurs villages qui se retrouvent dans le périmètre de la ville. La région est peuplée par différentes ethnies Dakto, Tan Canh, Gia Rai, Bahnars. Les Bahnars sont l’ethnie majoritaire à Kon Tum, certains vivent encore dans des maisons sur pilotis de forme carrée ou rectangulaire. La ville est donc une zone dense de la culture traditionnelle des ethnies minoritaires (festival, musique, gongs…).

Matthieu Tran, Louis Rostaing, Chong Joo Yun, Le Hoang Nhat

Sources :

Steve Déry, La colonisation agricole au Vietnam, Presses de l’Université du Québec, 2004.

Le Guide Du Routard Vietnam, Edition 2006

Site de la ville de Kontum

Britannica.com

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4. Aspects économiques

Champs de café de la région de Kontum

Kontum a une très faible économie mais tente d’y remédier. Kontum est une région des hauts plateaux du centre du Vietnam couvrant environ 9 900 km². Géographiquement Kon Tum occupe une position clé dans les échanges avec le Cambodge et le Laos. La région de Kontum est peuplée majoritairement par des minorités. Économiquement pauvre, de faible densité, sans grandes ressources minières ni réseau éducatif digne de ce nom, la région est fortement défavorisée. Cependant, une université a été fondée pour tenter de combler ces lacunes. Son principal secteur d’activité est le secteur agricole.

La région dispose d’une économie assez faible mais assez variée comportant notamment le riz (surtout cultivé par les Bahnars sur terrain inondé/les autres ethnies cultivent sur brûlis), le maïs, la patate douce, le sésame, les haricots, la banane, l’orange, la mandarine, l’ananas, l’élevage bovin et porcin (qui est bien développé), l’hévéa, le tabac, le coton, la canne à sucre, le chanvre, le théier, le bois de fer (bois de la forêt), le teck (bois de la forêt), le bassia (bois de la forêt), le santal (bois de la forêt), le shoréa (bois de la forêt), le dipterocarpus (bois de la forêt), l’ébène (bois de la forêt), le ginseng (herbes médicinales de valeur), l’angélique (herbes médicinales de valeur), la cardamome (herbes médicinales de valeurs), le titane, le fer, le chrome, le zinc, l’or, le cuivre et le bauxite.

L’économie de Kon Tum est majoritairement basée sur le café et le manioc. Le Vietnam est entré de manière triomphante dans l’économie du café, il y a quelques années pour se placer 1er producteur mondial de robusta et 2ème producteur de café (toutes catégories confondues), largement devancé par le Brésil, mais très largement devant la Colombie. Rapidement devenu le premier producteur mondial de robusta, sa surproduction a hélas fait chuter le cours mondial à la bourse de Londres en 2000. Ainsi, le Vietnam, pour des volumes de production toujours aussi élevés, gagnait beaucoup moins d’argent et certains producteurs de café se retrouvaient à produire à perte. Heureusement, aujourd’hui, le cours du café se porte mieux et l’économie caféière continue de monter.

Bourse de Londres : cours mondial du café depuis 2001

Le café vietnamien est majoritairement vendu aux Philippines, en Indonésie, en Malaisie, à Cuba, ainsi que sur d’autres marchés émergents tels que le Sénégal, le Bangladesh et la Côte d’Ivoire. Le Vietnam a également des échanges commerciaux avec ses pays voisins tel que le Cambodge et le Laos.

La production de café vietnamienne se concentre dans les provinces de Dac Lac, Lam Dong, Gia Lai et Kon Tum dans les Hauts Plateaux centraux, où au moins 470 000 hectares de terre (514 000 hectares selon certaines estimations) sont dédiés à la culture du café, ce qui représente 85% de la superficie totale affectée à la culture du café dans le pays. La province de Dac Lac est la première région de culture, avec 264 000 hectares.

Pied de café Robusta

Il existe comme une sorte de code entre les deux ethnies les plus importantes de la région de Kontum: les Bahnars cultivent les terres blanches alors que les terres rouges sont réservées aux Jaraïs. Or les terres rouges sont plus propice à la culture du café tandis que sur les terres blanches, c’est le manioc qui pousse le mieux. Ce qui explique pourquoi les Jaraï cultivent le café tandis que les Bahnars cultiveront plutôt du manioc. L’économie du café présente l’avantage d’être plus durable dans le temps et les cultivateurs disposaient, il y a quelques années, de nombreuse aides pour se lancer dans l’économie caféière.

Le café de Kon Tum, le Robusta, ne rapporte hélas pas beaucoup, se vendant à environ 20 000 VND le kilo (cours actuel: 1€ = 27 000 VND), chaque caféier produisant environ 10Kg de café. Cependant, le café extrait de graines digérées par une belette peut se vendre près de 140 000 VND le verre de café (avec glaçons et eau). Le café Robusta, ayant beaucoup moins de goût (pour la plupart des gens) et moins prisé que le café arabica, se voit souvent relégué dans la création en poudre ou “expresso”. Le Robusta a cependant l’avantage d’être plus résistant (au maladies, aux parasites…). (note: certains scientifiques pensent pouvoir créer un hybride Robusta/Arabica).

Tubercules de manioc

Le manioc est cultivé pour sa racine afin de faire des nouilles blanches (utilisé dans les soupes). Après avoir déterré les racines, il faut les éplucher afin qu’ils sèchent au soleil. Le manioc à l’avantage d’être plus productif à court terme, mais a tendance à épuiser rapidement les terres sur lesquelles il est cultivé, provoquant ainsi une infertilité pendant plusieurs années.

Dans les années d’après-guerre et du fait du développement démographique et économique, la région a été très largement déboisée, perdant ainsi une grande partie de ressources sylvicoles de la région. La déforestation a eu pour effet de remplacer la forêt vierge par des plantations (notamment hévéa, manioc et café) et des “forêts” artificielles (dans une tentative de limiter la déforestation, cependant, lesdites forêts artificielles disposent en moyenne de 10 fois moins d’espèces différentes).

Exemple de déforestation d'une colline

Malheureusement pour Kontum, au Vietnam, les minorités ne sont pas vues du meilleur œil par le gouvernement. La région a traversé des troubles en 2001 suite aux révoltes des minorités montagnardes, protestant contre la confiscation de leurs terres pour cultiver le café (par la majorité Kinh), révoltes qui furent réprimées par le régime communiste.

Ainsi 88 % des minoritaires tombent sous la médiane de la richesse du pays, et 72 % font partie du quart de la population la plus pauvre du Vietnam. Aussi, malgré une nette amélioration des conditions de vie constatée dans le pays, le développement des minorités est plus lent que celui de l’ethnie Kinh (l’ethnie majoritaire). Ainsi un fossé d’inégalités se creuse entre l’ethnie majoritaire et ethnies minoritaires. De plus, les infrastructures d’éducation sont également moins développées dans les zones d’ethnies minoritaires, réduisant ainsi les chances des minoritaires d’obtenir des meilleures conditions de vie.

Maison Banhar typique

Hélas, les inégalités ne s’arrêtent pas là. Les ethnies minoritaires sont également moins bien pourvues en infrastructures médicales : moins de médicaments, de cliniques, d’hôpitaux… Il en résulte que les morts causées par des infections et maladies aujourd’hui facilement et communément guéries sont beaucoup plus élevées chez les minoritaires que chez les majoritaires car seulement 38 % des jeunes enfants minoritaires disposent d’une vaccination complète (couvrant toutes les maladies pouvant être mortelle jusqu’à 2 ans) contre 73 % (le double) de jeunes enfants Kinhs. Cependant, il ne faut pas négliger les avancées sociales ayant eu lieu dans la région, en effet, pour les minoritaires, on est passé d’un revenu moyen de 1 500 000 VND/mois à 3 000 000 VND/mois. Ces progrès sont majoritairement dus à l’explosion de l’économie caféière dans la région.

Luc Rigaud, Alexandre Wotawa et Jakub Skorupinski

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5. Aspects environnementaux

Vue aérienne

Kon Tum, qui se trouve dans les hauts plateaux du Viet Nam, était à la base une zone montagneuse peuplée par des minorités ethniques. Au XIXe siècle, cette région fut visitée par des missionnaires européens, majoritairement Français. En 1848, ils commencèrent alors à convertir les populations locales et à coloniser la zone. La ville de Kon Tum est alors fondée en 1852.

Danse fêtant les 40 jours avant Pâques

Depuis, la ville s’est développée, accueillant des Kinh, des Bahnars, des Jarais et beaucoup d’autres minorités ethniques. Cette ville est très religieuse, avec sa multitude d’édifices religieux et ses différentes congrégations.

Nous allons étudier les liens entre les populations, la religion, le développement de la ville et la déforestation des zones aux alentours.

Nous sommes allés sur place lors d’un voyage scolaire, le voyage lié au développement durable que font les secondes tous les ans. Lors du trekking et de notre séjour dans un gîte écologique ‘vert’, nous avons pu recueillir plus d’informations pour compléter notre exposé sur l’aspect environnemental de la région de Kon Tum.

A. Le gîte ‘vert’

Gîte où nous étions hébergésPendant notre séjour à  Kon Tum nous étions logés dans un gîte touristique situé dans le village bahnar de Kon Ko tu. Ce gîte est une maison sur pilotis traditionnelle, comme les autres maisons du village, et est construit de bois et de bambou parfaitement intégré dans l’environnement local. C’est pour cela que nous pouvons parler de gîte écologique.

Maison commune Rong

Cet habitat écologique consomme très peu d’énergie, n’utilise pas de chauffage ou de climatisation, mais est très bien aéré grâce aux fentes dans les murs. De plus, s’il fait trop froid, nous avions à notre disposition des couvertures cousues par les femmes du village.

Ce tourisme peut être qualifié de « tourisme vert » ou « responsable », car le touriste est accueilli chez l’habitant, dans une maison traditionnelle, en plein cœur d’un village bahnar. De plus, on respecte au maximum le lieu où on est hébergé, on ne crée pas de déchets, et ce gîte profite à tout le village, car l’argent des touristes va au guide, au propriétaire du gîte, aux gens qui travaillent au gîte (cuisinières, femmes de ménage). Les touristes peuvent aussi acheter des couvertures et d’autres produits tissés par les villageoises, ou encore payer les villageois pour faire un tour sur la rivière dans leur barque etc.

Quand il n’y a pas de tourisme, tout le monde continue son travail habituel, car ce tourisme n’est pas stable et ne peut assurer des revenus tous les mois. Ce tourisme est un revenu d’appoint qui ne se substitue pas aux activités agricoles (exemple : la culture du manioc) mais il est très important car les revenus agricoles sont insuffisants. Le manioc est en effet planté au même endroit tous les ans, donc au bout de plusieurs années la terre devient de plus en plus humide et la production baisse.

Ce tourisme peut encore être développé et promu, pour pouvoir en faire profiter les villages voisins aussi, ou pour créer de nouveaux produits artisanaux qui pourraient même être vendus en ville.

Lors du voyage nous avons aussi rencontré Amandine, une étudiante française qui fait son stage dans le cadre de sa dernière année d’étude d’école de commerce auprès de l’association Poussières de vie. Pendant le stage, Amandine est hébergée par la famille qui tient le gîte dans le village. Son stage consiste à aider à développer le tourisme et promouvoir le développement d’activités artisanales au village.

B. La population et la déforestation

Épluchons le manioc

De grands pans de forêts ont été détruits par la guerre surtout au sud du Viêt-nam. Aujourd’hui, c’est une déforestation galopante qui ravage le pays tout entier, surtout en vue de l’exportation (illégale) de bois, notamment vers la Corée, ou le Japon, comme le notent les observateurs de la région. De 43%, le couvert forestier du Viêt-Nam serait ainsi tombé à environ 27%, 5 millions d’hectares détruits sur les 14 millions originaux.

La pression démographique ainsi que le taux de fécondité élevé des population ethniques obligent la population à construire de nouveaux habitats, nécessitant pour cela des coupes de bois, une ressource que l’on a longtemps crue illimitée, désormais bientôt épuisée. Le développement  de la ville et la conversion religieuse des populations ethniques ont créé un grand réseau entre les villages et la ville, longtemps non existant. Les Kinh avec l‘esprit de la société actuelle et une mentalité commerciale, visant à gagner de l’argent, s’installent dans cette ville et exploitent les terres

Arbres découpés transportés vers la ville

rachetées aux populations ethniques.

Avant l’arrivée des missionnaires, les arbres et la forêt étaient sacrés : tout grand arbre abattu était accompagné d’un rituel de remerciement, et les arbres n’était abattus que pour les besoins du village. Depuis que les populations ethniques sont devenues chrétiennes, la forêt a peut être moins d’importance spirituelle et est donc moins respectée. Elle est victime d’une exploitation plus ou moins organisée avec l’accord des autorités à plusieurs échelles.

La forêt qui fournissait tout ce dont la population avait besoin est désormais surtout une source d’argent en plus, de matière première pour du bois qui servira à bâtir des églises et des bâtiments pour la ville, ou encore des meubles et des objets de décoration. Des centaines d’hectares d’arbres sont alors abattus, pour être exportés, et pour laisser place à des champs de maïs, ou encore des rizières, mais des entreprises mettent aussi en place des forêts d’hévéas ou des cult

Montagnes rasées pour laisser place à agriculture

ures destinées à être vendues à l’étranger.

Kon Tum n’est malheureusement qu’un exemple dans une déforestation qui ravage tout le Vietnam et l’Asie du Sud Est. Cette question complexe est liée au développement économique et à la population. De vrais défis pour préserver ce qui reste des forêts, adopter une politique de développement durable qui apporte des réponses socio-économiques tout en prenant en compte les aspects religieux et culturels sont aujourd’hui à relever.

Nhi Blanchard – Srey Dao Lenain – Jules Simoneau – Kathy D

Sources :

www.hagl.com.vn

Notes prises lors du voyage.

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6. Les Jarai

Jarai n°44 (Source carte : http://www.matonkinoisevoyages.com)

Les Jaraï, appartenant au groupe linguistique malayo-polynésien, comptent de nos jours près de 318 000 habitants.

Pendant les guerres du XXe siècle qui ont secoué le Vietnam, ils ont souvent été l’objet des attentions des différents camps qui s’affrontaient et un enjeu de taille pour le jeune Etat v

une maison commune « moderne » dans un village Jaraï

ietnamien.

Principalement localisés dans les hauts-plateaux vietnamiens et, dans la région de Kontum, à l’ouest de la ville, les Jaraï ont un mode de vie bien différent du nôtre. Ils vivent essentiellement de la culture du riz et du café. Les maisons sur pilotis sont faîtes de bois, de terre rouge et de feuilles pour toit. Les bêtes familiales sont gardées en dessous. Bœufs, poules et chiens courent les allées de terre rouge et les excréments d’animaux jonchent le sol du village.

Le vêtement traditionnel est réservé aux cérémonies, comme celle du mariage ou encore du décès.

Les Jaraï ont une tradition matrilinéaire (le lignage passe par la mère et non le père). Les jeunes filles gardent l’initiative dans la demande en mariage par l’intermédiaire d’un entremetteur et la promesse et scellée par un bracelet de bronze. Le mariage n’a lieu qu’entre personnes de noms de famille différents. Le couple reste chez la femme et les enfants prennent le nom de la mère. La fille, qui hérite de ses parents et dont elle doit se charger de l’entretien, s’occupe aussi du culte des ancêtres.

Le rituel matrimonial passe par trois étapes :

  • le rite d’échange des bracelets entre le garçon et la jeune fille devant les deux familles et l’entremetteur.

  • Les enfants avec le style vestimentaire de nos jours

    Chua Hpiêu ou l’interprétation d’un songe qu’auraient fait le garçon et la jeune fille, permettant de prédire l’avenir du couple. Ce rite a une grande influence sur la décision finale.

  • Vit Sang Ami ou “le retour chez la mère” englobant la cérémonie d’accueil du marié chez sa belle-famille et la visite rendue par celle-ci le lendemain des noces.
    Quelques temps après le mariage, le couple peut aller s’établir à part.

Avant la colonisation, les Jaraï étaient tous animistes, croyant que les démons peuplaient l’univers. Des sacrifices étaient faits pour apaiser les esprits. De nos jours, une partie des Jaraï se sont convertis au christianisme. Pendant notre voyage à Kontum, nous avons visité un cimetière Jaraï.

Pendant notre voyage à Kontum, nous avons visité un cimetière Jaraï. En effet, le rituel de la mort est complexe et reste traditionnel. On enterre tous les membres de la famille dans le même tombeau, capable de recueillir au total vingt membres, jusqu’à ce qu’un entremetteur juge qu’il est temps de le changer. La famille en deuil entoure le mort d’une natte puis on lui met un masque, nouveau visage pour une autre vie.

une cérémonie traditionnelle (source : www.lehoi.cinet.vn)

Masque funéraire

Les tombeaux sont constuits sous la forme de petite maison, entourée de statues en bois viellant le mort. On emmène le cercueil près du tombeau en laissant au mort de la nourriture et autres produits de base dont un homme aurait besoin pour vivre. On considère en effet que l’âme du mort est encore présente. On joue du gong et on fait brûler un feu rouge vif que les jeunes entretiennent pendant trois jours et trois nuits. Si la flamme est interrompue, le mort ne sera pas libéré et restera prisonnier sur terre.

Tombeau mêlant animisme et catholicisme (St Paul)

Trois ans plus tard, une fête d’abandon de la tombe est organisée. Elle consiste à marquer la fin du deuil en invitant tous les villageois (on sacrifie des bêtes et on boit de l’alcool de riz dans des jarres). La famille est maintenant libre. Le mort et le veuf/la veuve peuvent maintenant recommencer une nouvelle vie chacun de leur côté dans un monde différent.

Marion Bellier, Paul Meas, Jade De Montalembert & Isabelle Vien

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7. Les Bahnars

Carte des groupes ethniques du Sud-Vietnam (source : CIA)

Les Bahnars font partie des nombreuses minorités ethniques du Vietnam, vivant dans les hauts plateaux de la région de Tay Nguyen, aux alentours de la ville de Kon Tum. Ils appartiennent à la famille Mon-Khmer. Depuis longtemps, cette population peuple les lieux avec une autre minorité qui vit dans cette région, les Jarai, et suivent ainsi les traditions que transmettent leurs ancêtres.

Les Bahnar vivent tous dans des villages plus ou moins éloignés de la ville de Kon Tum. Aujourd’hui nous pouvons séparer cette minorité en deux groupes : les animistes et les catholiques. En effet à l’arrivée des missionnaires français au XIXe siècle dans la région, de nombreuses familles furent converties au catholicisme. Mais les villages les plus éloignés sont restés très animistes et reçoivent peu de visites d’étrangers. Nous avons donc pu collecter plus d’informations sur les villages catholiques et notre guide, Monsieur Son, nous a fourni quelques éléments sur les Bahnar animistes.

À l'orphelinat Vinh Son 6

Nous avons eu l’occasion de visiter un village Bahnar et nous avons pu constater que leur vie reste très rustique et traditionnelle. Toutes les maisons sont sur pilotis, la plupart sont en bois même si, pour éviter que le bois pourrisse et pour que la maison soit plus solide, les Bahnar construisent désormais des maisons en briques. On retrouve les maisons sur pilotis dans beaucoup de minorités ethniques, les raisons en sont toujours les mêmes : se protéger contre les bêtes sauvages, le bas des maisons servant aussi d’étable pour les animaux de ferme (vaches, cochons et poules). Avant la tombée de la nuit, les femmes Bahnar stockent le bois autour de la maison. On peut aussi y trouver des cercueils que la famille prévoit à l’avance.

Maintenant un petit tour chez les Bahnar animistes. Ils ont un génie pour chaque fleuve, source, montagne, etc. Ils suivent exactement les traditions des ancêtres. Ils croient en trois monde : celui des vivants, des morts et celui des génies. Pour eux, le monde des morts est parfaitement similaire au notre : les esprits vivent toujours dans le village et, comme les vivants, les morts ont aussi besoin de nourriture, de vêtements, d’une maison et d’argent. C’est pour cela que la famille du mort l’enterre avec les objets nécessaires à sa vie future et construit une hutte au-dessus de la tombe, qui représente la maison de l’esprit.

Maison traditionnelle bahnar sur pilotis, le « Rung »

Les Bahnar sont des gens très pieux envers leurs ancêtres et envers ceux qui ont quitté le monde des vivants pour rejoindre celui des morts. Quand il y a un mort, tout le village doit assister aux cérémonies. Toute la famille est mobilisée pour les préparatifs : les femmes doivent préparer la nourriture alors que les hommes vont dans la forêt pour trouver un gros tronc d’arbre pour la fabrication d’une tombe pour le mort. Les veufs et les veuves doivent porter le deuil pendant un an.

Maison sur pilotis avec stockage de bois en dessous

La conception du monde des génies pour les Bahnar est à peu près la même que la notre car ils le désignent comme les « les cieux, en haut ». Les cieux sont l’endroit où résident les Génies les plus puissants. Les Génies ont une vue déformée, c’est-à-dire qu’ils ne voient pas comme nous. Par exemple, les Mânes, les âmes des morts, voient une gourde mais les Génies verront un buffle. Les Génies vivent de la même façon que les Bahnar, ils ont aussi une maison, des objets, etc. Ils viennent de temps en temps dans le monde des vivants pour recevoir leurs offrandes. Ils sont invités par les vivants à venir s’installer à côté de l’officiant lors des sacrifices qui leur sont offerts. La différence essentielle entre le monde des vivants et le monde des Génies est que la vie de ces divinités se déroule six mois avant la nôtre. À côté des génies protecteurs, il y a des esprits malfaisants : ce sont des génies féroces à qui les Bahnar ne demandent rien, ils cherchent simplement à les chasser.


Chez les Bahnar ce sont les femmes qui décident ! Envie de venir vous installer ici mesdames ? Pas si vite, même si ce sont les femmes qui ont le pouvoir, ce sont quand même elles qui travaillent le plus !

Femmes Bahnar en train de danser une danse traditionnelle autour d'un feu

Très tôt le matin, elles partent dans les champs cultiver le manioc, principale culture de la région. Les femmes Bahnar sont également de très bonnes tisseuses de tissu traditionnel.

Ici, ce sont elles qui choisissent leur mari, les parents ne sont là que pour faire respecter les traditions et les rites. Pour les mariages, les familles doivent s’échanger une vache et les deux familles doivent inviter tout le village. L’homme vient s’installer chez la femme pendant un an ; la femme partira plus tard dans la famille de son époux.

Gong Bahnar « Cens»

Après la naissance du premier enfant, le couple peut s’installer dans sa propre maison. Quand un nouveau-né atteint l’age d’un mois, la coutume veut qu’on organise la cérémonie dite « hlom don » au cours de laquelle on lui perce les lobes d’oreille. C’est un rite qui permet de protéger l’enfant des mauvais signes à sa mort. Une fois les lobes percés, l’enfant est considéré comme membre de la famille. La coutume Bahnar impose au mari de rester au foyer auprès de son épouse et de ses enfants.

Les Bahnar n’avaient pas de monnaie, leur commerce se faisait par du troc, des échanges de bœufs, de bijoux, de jarres ou de gongs qui restent des instruments très importants dans leur tradition. Selon les Bahnar les meilleurs gongs viendraient du Laos, pays frontalier du Vietnam, la frontière ne se situant pas loin de Kontum, ce qui favorise le commerce entre les deux pays et surtout entre les minorités Bahnar du Vietnam et celles vivant au Laos.

Pendant le voyage, nous étions logé dans un gîte tenu par une famille Bahnar, dans le village de Kon Ko Tu, nous avons ainsi pu découvrir la vie quotidienne des Bahnars.

Un matin, nous avons accompagné la famille dans un champ de manioc, principale culture et source de revenus

Les Bahnar ont un niveau de vie toujours plus faible que les Vietnamiens et la situation est difficile pour les jeunes. Nous avons aussi eu l’occasion de discuter avec des Bahnar en apprentissage de la langue française et de la langue anglaise : nous avons constaté qu’ils ont une grande facilité d’apprentissage des langues étrangères ! Mais comme il y a un grand manque de centres d’étude et peu de travail dans la région, la plupart des Bahnar retournent travailler dans les champs avec leur famille après avoir fini leur scolarité et très peu d’entres eux poursuivent des études universitaires. C’est tout l’enjeu de l’action de Poussières de Vie à Kontum : aider les enfants Bahnar les plus défavorisés à acquérir des qualifications et à trouver un travail qui leur permettront d’améliorer leurs conditions de vie, qui restent encore aujourd’hui très modestes.

Mantienne Julie, Méthais Abimaëlle, Dang Guay Jessica et Lê Kim-Ly

Sources :

Notre guide Bahnar pendant le voyage : M. Son

Đặng Nghiêm Vạn, Chu Thái Sơn, Lưu Hùng, Les ethnies minoritaires du Vietnam, Edition The Gioi, 2010.

Musée d’Ethnographie du Vietnam « Nha mo tay nguyen « (maisons funéraires des peuples des hauts plateaux du Vietnam)

http://www.offroadvietnam.com/eng/13-45.php#17

http://fr.wikipedia.org/wiki/Bahnar

http://www.vietnam-culture.com/bahnar-ethnic-group.aspx

nationmaster.com


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Une action de solidarité à Kontum

I. Poussières de vie

L’association Poussières de vie a été créée par Patrick Désir et son ami Olivier Petiot en 2002. Son objectif est d’aider les orphelins et des enfants de la rue d’Ho Chi Minh ville, ils leur donnent les moyens de subvenir à leurs besoins tant personnels que familiaux et en leur permettant d’accéder à un enseignement pratique.

L’association a en effet ouvert à  Hô Chi Minh ville deux PointCom : le premier a ouvert rue Tu Xuong, près du centre ville. Un second PointCom a vu le jour plus récemment, rue Phan Huy Ich, dans une nouvelle zone urbaine de l’agglomération. Un PointCom est un lieu de rencontre pour les enfants des rues (disposant d’une bibliothèque, de jeux…) et un centre d’apprentissage à l’informatique et aux langues étrangères.

L’association est financée par des dons, des entreprises sponsors et des activités propres (organisation d’une kermesse annuelle au zoo d’Ho Chi Minh-Ville par exemple).

II. Les actions de PDV à Kontum

Depuis quelques années, Poussières de vie a développé son action sur les hauts plateaux du centre du Vietnam.

A Kontum, l’association a créé son troisième centre PointCom afin d’apporter une aide aux enfants des minorités ethniques et en particulier la minorité bahnar, en proposant des cours d’informatique, de langue et d’anglais.

De plus, l’association soutient le travail de six orphelinats (Vinh Son 1 à 6) tenus par une congrégation religieuse. Ces orphelinats accueillent des enfants de minorités ethniques, sans famille ou dont les familles ne peuvent s’occuper. Poussière de vie a ainsi développé plusieurs projets afin d’améliorer les conditions de vie dans les orphelinats.

Par exemple,  au Vinh Son 4, la situation sanitaire a été améliorée par la construction de nouvelles toilettes, de douches, et un jardin pour filtrer l’eau sale. Au Vinh Son 6, le projet est de construire une nouvelle cuisine et une salle à manger.

L’association organise des activités et forment des jeunes filles bahnars à l’animation dans les orphelinats (formation BAFA). Ainsi, au Vinh Son 2, deux travailleurs sociaux ont été employés pour prendre soin de quelques-uns des 200 enfants. Ils ont organisés directement des activités avec les enfants : aller au zoo, peindre un mur avec un artiste, regarder un film avec de jeunes étudiants, organiser une soirée dansante, etc.

Depuis février 2011, une infirmière Bahnar est payée pour visiter périodiquement chaque orphelinat Vinh Son et garder les dossiers médicaux de près de 700 enfants qui vivent dans ces orphelinats. Un médecin français qui travaille à Saigon vient une fois tous les deux mois afin de prescrire des médicaments aux enfants malades. Une séance d’éducation sexuelle et de prévention a également été organisée.

Un gîte éco-responsable a été créé dans le village bahnar de Kon Ko Tu, dans une maison derrière la maison commune Rong. Il reçoit des touristes et fournit des revenus complémentaires à la famille et plusieurs personnes du village (organisation de trekking, de sorties en pirogue sur la rivière…).

Amandine, une volontaire de Poussières de Vie installée dans le village est chargée de la gestion du gîte ainsi que du développement d’une production artisanale locale (tissus ethniques traditionnels). Pheoh est une salariée de Poussières de vie chargée de coordonner tous les projets de l’association à Kontum.

III- Nos activités à Kontum

Notre projet consistait à préparer et animer des activités dans les orphelinats de Kontum au cours d’un voyage qui a eu lieu à la fin du mois de février 2012.

1/ la préparation du voyage

Afin de préparer le voyage et de pour pouvoir aider financièrement les élèves qui n’avaient pas les moyens pour aller à Kontum, nous avons organisé plusieurs activités qui nous ont permis de récolter de l’argent.

Il y a eu le cross de notre lycée qui nous a permis de récolter plus de 50 millions de Vietnam Dongs. Toute l’école s’est mobilisée en courant autour de l’école en faisant sponsoriser chacun de leurs tours par des proches. La moitié de la somme récoltée était destinée aux Fonds de solidarité de l’établissement, visant à aider les élèves en difficulté financière à participer aux voyages scolaires. Un quart a été donné à Poussières de Vie pour financer ses actions de formation d’animateurs des orphelinats à Kontum.

Nous avons également organisé des ventes de gâteaux au moment des réunions parents-professeurs et du spectacle du nouvel an chinois : plusieurs élèves parmi nous ont fait des gâteaux et ont participé à la vente.

Enfin, un des groupes a écrit une lettre de demande de financement à l’entreprise Véolia Water Vietnam, qui nous a donné 400 euros afin de participer au financement notre voyage.

Avant le voyage, nous nous sommes partagés en plusieurs groupes pour les différents Vinh Son. Nous avons donc préparés plusieurs activités par groupe avec le matériel dont nous disposions afin que les enfants de orphelinats puissent s’amuser. L’association “Pouce-Pousse” a récolté des cadeaux auprès des enfants de l’école primaire et a acheté du matériel sportif et artistique que nous avons utilisé pendant nos activités et que nous avons donné ensuite aux enfants des orphelinats.

2/ A Kontum

Nous avons passé 4 jours à Kontum, du 21 au 24 février 2012. Nous avons logé dans le gîte créé par Poussières de Vie à Kontum. Nous avons ainsi dormi dans une maison sur pilotis, où nous avions droit à une natte, une couverture, un coussin et une moustiquaire. L’ambiance était très bonne et la nourriture délicieuse.

Un soir nous avons assisté à un spectacle de danses traditionnelles : les femmes étaient vêtues de leurs longues robes noires et suivaient les hommes qui jouaient du gong, dans une ronde autour du feu. Nous les avons vite rejoints avant de participer à un concours de chant ! Un autre soir, nous avons enchaîné les parties de loup-garou !

Nous avons participé à un trekking le long de la rivière Dak Bla qui passe dans le village. Et plusieurs d’entre nous sont partis avec la famille du gîte et Amandine dans un champ de manioc et nous avons passé plusieurs heures à éplucher la tubercule. Dur travail !

Pour nos activités dans les orphelinats, la classe était répartie en deux groupes. Chaque jour, nous sommes allés dans les différents Vinh Son pour jouer avec les enfants : certains d’entre nous s’occupaient des plus jeunes (dessin, coloriage…) tandis que d’autres organisaient des jeux et des activités sportives avec les plus âgés en utilisant le matériel acheté par l’association Pouce-Pousse.

En fin de journée nous donnions les nombreux cadeaux classés par âge aux enfants des orphelinats.

Nous sommes également allés au PointCom de Kontum pour aider de jeunes Bahnars à pratiquer les langues étarngères. Nous nous sommes divisés en deux parties, une partie pour la classe d’anglais et une autre pour la classe de français.

Nous avons également fait des visites très intéressantes : une magnifique église entièrement construite en bois (les Bahnars ont été convertis au catholicisme au XIXe siècle), un séminaire catholique et un musée ethnographique présentant divers objets des ethnies vivant dans la région de Kontum. Nous étions accompagné par M. Son, notre guide d’origine Bahnar, qui nous a montré plusieurs villages Bahnar et un cimétière Jarai.

Toute la classe était très heureuse d’avoir pu participer à ce projet. Merci à Patrick Désir, Pheoh, Amandine et à tous les orphelinats qui nous ont accueillis. Merci aussi à Pouce-Pousse et à Véolia Water qui nous ont aidés dans la réalisation de ce projet.

Laurent Durand, Kevin Dang et Nguyem Lam

Sources :

– site internet de Poussières de Vie : http://www.poussieresdevie.org/

http://www.desrevespleinlemonde.com/

– photos : Mme Floquet et M. Besançon

3 comments for “Kontum – une action de solidarité

  1. SEGUELA
    18 mai 2012 at 05:33

    Magnifique article : quel contenu !

  2. ariane coiana
    28 mai 2013 at 14:45

    Merci à ce superbe article qui m’a permis de savoir de quelle ethnie j’appartiens. J’ai été adoptée.Ariane

  3. Chabé Claude
    2 février 2014 at 22:03

    Etions en Octobre 1996 à l’Orphelinat du  » Père THO »
    92, Nguyen Hue à KOMTUM – VIET NAM.

    Lui avons écrit, sans suite de sa part…le 14 Juillet 2007.

    Nous souhaitions aider son oeuvre et savoir se qu’il devient ?

    D’avance, merci.

    Claude & Simone Chabé
    13, rue des Alpes
    38120 SAINT-EGREVE (France). tél.: 0476755024 / 0686336047

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